Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe du jour de Noël à Notre-Dame de Paris

Vendredi 25 décembre 2015 - Notre-Dame de Paris

- Is 52, 7-10 ; Ps 97 ; Hé 1,1-6 ; Jn 1,1-18

Frères et Sœurs,

Cette fête de la Nativité que nous célébrons depuis cette nuit et dont nous prolongeons la joie par cette eucharistie est une fête tout à fait exceptionnelle et unique. Les moyens de communications sociales s’efforcent de nous faire croire qu’il y a l’équivalent dans d’autres religions en évoquant la fête d’Hanoukka pour les juifs, qui est la fête des lumières, ou en évoquant l’anniversaire de la naissance du prophète pour les musulmans. Ils oublient simplement qu’il ne s’agit pas de la même chose. C’est un peu comme lorsqu’ils parlent des religions du livre, mais on ne sait jamais de quel livre il s’agit… Si les traditions musulmanes considèrent que le Coran est le livre, les autres religions ne sont pas des religions du Coran !

Quand nous célébrons la naissance du Messie, Fils de Dieu, nous ne sommes pas dans le même registre que les autres religions car aucune, ni le judaïsme, ni l’islam – pour ne parler que des religions monothéistes qui sont proches de nous – aucune n’a jamais prétendu que Dieu se soit fait homme. Au contraire, elles ont établi leur fonctionnement, leur perfection, leur prière sur la certitude que Dieu est tout à fait différent. Nous savons par la tradition juive que la certitude se répandait qu’on ne pouvait pas voir Dieu sans mourir ; sans parler de la tradition musulmane pour laquelle la prière est un geste de foi qui exprime le désir du cœur mais qui n’établit pas de relation personnelle.

Dieu, nous dit l’évangile, personne ne l’a jamais vu. C’est bien ce que pensent et ce que croient les traditions monothéistes. L’incarnation du Verbe éternel dans la personne de Jésus de Nazareth introduit un facteur nouveau tout à fait exceptionnel : le Fils unique, lui qui est Dieu, « Le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu » (Jn 1,1) le Fils unique, lui qui est Dieu, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui nous a fait connaître ce Dieu inconnaissable. C’est pourquoi notre prière et notre vénération pour l’enfant nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire n’est pas un simple geste de compassion, d’émotion, d’attendrissement devant ce qui est attendrissant dans la naissance d’un enfant. C’est un acte de foi auquel les bergers dans la nuit de Bethléem qui ont été les premiers appelés par les anges ont été invités. C’est un acte de foi auquel nous invite le début de l’évangile de saint Jean.

Cet homme, Jésus de Nazareth, dont nous fêtons la naissance et dont nous contemplons les premiers moments de sa vie humaine, cet homme est Dieu. Puisque cet homme est Dieu, notre foi prend dans la contemplation de sa naissance un enracinement et une dimension perceptibles. Nous croyons en un Dieu qui a voulu partager la condition humaine. Nous croyons en un Dieu qui a voulu se faire proche des hommes comme l’illustrera la parabole du bon samaritain qui nous montre comment ce bon samaritain s’approche de l’homme abandonné au bord du chemin et dont la vie s’échappe. Le Dieu auquel nous croyons n’est pas un Dieu inaccessible. Il n’est pas un Dieu sans réaction, indifférent à ce qui arrive à l’homme. Le Dieu auquel nous croyons est celui qui est venu partager notre condition humaine pour que nous puissions partager la condition divine. Nous tous qui avons part à sa divinité, « nous avons reçu grâce après grâce » (Jn 1,16). « A tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom » (Jn 1,12).

Bien sûr, comme le dira plus tard saint Paul, nous sommes des enfants par adoption. Nous ne sommes pas des enfants par nature. Nous ne sommes pas nés enfants de Dieu, nous avons été adoptés dans le Christ pour partager sa condition de Fils de Dieu. Et donc, le Dieu auquel nous croyons est un Dieu qui veut depuis l’origine la vie et le bonheur de l’homme. Ça ne peut pas être un Dieu de la mort. Ça ne peut pas être un Dieu au nom de qui on met à mort. Ça ne peut pas être un Dieu assoiffé de sang humain. Ça ne peut pas être un Dieu qui se réjouit du sacrifice de ses enfants parce que le seul sacrifice qu’il accepte, c’est le sacrifice qu’il fait de lui-même en la personne de son Fils unique. Il n’attend pas de nous que nous nous suicidions pour lui. Il attend de nous que nous vivions. Le Dieu auquel nous croyons est le Dieu de la vie.

C’est pourquoi en cette Année de la miséricorde, il est si important que nous reprenions conscience de cette volonté de Dieu de conduire l’homme au bonheur malgré les difficultés de l’existence, malgré les combats auxquels il peut être confronté, malgré les échecs, malgré la mort qui nous frappe dans nos proches.

Nous avons vu se lever une lumière dans la nuit et nous savons que Dieu a visité son peuple. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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