Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe du rassemblement des Sixièmes à ND - 3e dimanche du temps Ordinaire – Année C

Samedi 23 janvier 2016 – Notre-Dame de Paris

La lecture de la Parole de Dieu au cours de l’eucharistie n’est pas une lecture comme les autres. Cette Parole s’adresse directement à ceux qui l’écoutent jusqu’à pénétrer leur cœur et les aider à vivre. La liturgie rejoint chacun en particulier. L’Année de la miséricorde est une invitation à vivre le pardon, la réconciliation et la paix.

- Ne 8, 2-4a.5-6.8-10 ; Ps 18 ; Lc 1 ,1-4 ; 4, 14-21

Chers Amis,

Les Juifs avaient été dispersés en exil, ils avaient dû fuir leur pays loin de Jérusalem et du temple. Après quelques dizaines d’années, ils ont pu revenir. Une fois revenus, ils ont pu à nouveau lire la Parole de Dieu sur le temple. C’est ce que nous avons entendu tout à l’heure, quand Esdras lisait le livre de la Loi. Ils étaient tellement heureux de pouvoir enfin entendre la lecture de la Loi qu’ils pleuraient. Mais il y avait bien longtemps qu’ils n’avaient pas entendu cette parole et ils ne la comprenaient pas. Il fallait donc leur traduire et leur expliquer cette parole.

À Nazareth, le jour du sabbat, Jésus va à la synagogue. Comme tous les jours de sabbat, à l’office de la synagogue, on lit un passage de la parole de Dieu. Quand il y a un invité, on le prie de faire cette lecture pour lui manifester la bienvenue. C’est ainsi que Jésus lit le passage du livre du prophète Isaïe. Comme pour ces ancêtres, il faut que quelqu’un explique ce que cela veut dire. Alors, il ferme le livre et il donne une explication. Elle est courte mais forte : « Aujourd’hui, s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Lc 4,21).

Chaque dimanche, quand nous nous rassemblons pour célébrer l’eucharistie, nous commençons par écouter la lecture de la parole de Dieu. Le prêtre ou le diacre qui a proclamé la parole de Dieu, explique ensuite ce qu’on a entendu pour nous aider à comprendre et surtout pour nous aider à accueillir cette parole dans notre cœur, pas simplement comme une lecture publique mais comme une parole de Dieu qui nous est adressée à chacun et à chacune d’entre nous. C’est une parole qui est destinée à pénétrer notre cœur et à nous aider à vivre. C’est pourquoi il est essentiel d’entendre cette parole, de ne pas arriver après sa lecture, car à ce moment-là, on a manqué quelque chose de très important.

Alors, qu’est-ce que Jésus nous dit aujourd’hui ? La parole de Dieu n’est pas simplement quelque chose de passé, du temps de Moïse ou du temps d’Esdras, ni même du temps de Jésus. Elle n’est pas quelque chose que l’on répète mécaniquement sans se demander à quoi elle peut servir. La parole de Dieu s’accomplit, c’est-à-dire qu’elle réalise ce qu’elle annonce : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture ». Aujourd’hui ce n’est pas moi qui vous raconte des histoires, c’est Jésus lui-même qui parle à votre cœur. Moi, je vous adresse des paroles pour toucher votre intelligence, votre esprit, pour que vous puissiez vous poser des questions, que vous puissiez accueillir le message que Dieu veut adresser à chacune et à chacun d’entre vous, mais c’est Dieu lui-même qui parle à nos cœurs. Quand l’Église célèbre la liturgie, ce n’est pas un spectacle humain, c’est une parole que Dieu adresse aux hommes. Cette parole est une parole d’espérance parce que l’Esprit de Dieu a reposé sur le Christ et qu’il l’a « envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, … annoncer une année favorable » (Lc 4,18), une année de grâce, une année de miséricorde.

C’est ce que le Pape François a fait en nous appelant à vivre cette Année de Miséricorde, une année où Dieu nous fait miséricorde, c’est-à-dire où il nous pardonne ce que nous avons pu faire de mal contre lui ou contre nos frères ; une année où il nous invite, nous aussi, à faire miséricorde, c’est-à-dire à pardonner à ceux qui nous ont fait du mal, comme nous le disons dans la prière du Seigneur « pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Mais si nous pouvons pardonner, c’est parce que nous sommes d’abord pardonnés. Si nous pouvons surmonter nos reproches, nos regrets, c’est parce que Dieu a surmonté le mal que nous lui avons fait, parce que Dieu a surmonté le mal que nous faisons à nos frères. C’est donc une année de joie à laquelle le Saint Père nous a appelés, une année de pardon, de réconciliation et de paix.

Chers amis, en ce jour où vous êtes rassemblés des classes de sixièmes de Paris, le Seigneur Jésus vous a accueillis à Notre-Dame des Victoires. Il vous accueille à Notre-Dame de Paris. Il veut vous pardonner ce que vous avez fait de mal. Surtout, il veut vous inviter à devenir à votre tour des témoins du pardon en pardonnant à tous ceux qui vous entourent, en regardant chacune et chacun de ceux que vous voyez tous les jours, avec les yeux de l’amour de Dieu qui ne voit pas que le mal mais qui voit le bien inscrit au cœur de tout homme.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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