Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à l’occasion de la retraite des prêtres de Paris à Tressaint – 4e dimanche du Temps ordinaire – Année C

Dimanche 31 janvier 2016 - Foyer de Charité de Tressaint (22104 Dinan – Diocèse de St Brieuc)

La visite de Jésus à la synagogue de Nazareth pose deux questions : d’où vient sa parole ? A qui est destinée cette parole ? Jésus manifeste que sa parole vient de Dieu et qu’elle s’adresse à tout homme. L’Année de la miséricorde est une invitation pour tous les chrétiens à témoigner de la joie du pardon dans leur milieu de vie.

- Jr 1,4-5.17-19 ; Ps 70,1-3.5-6.15.17 ; 1 Co 12,31 – 13,13 ; Lc 4, 21-30

Frères et Sœurs,

L’évangile de saint Luc commence le récit du ministère public de Jésus par cette visite à la synagogue de Nazareth. Cet épisode est une sorte de prélude à ce que Jésus va vivre au long de sa mission. Comme les habitants de Nazareth, celles et ceux qui vont entendre son enseignement et voir les signes qu’il va accomplir seront saisis par l’étonnement ; ils s’étonneront des paroles de grâce qui sortiront de sa bouche. Comme les habitants de Nazareth, les scribes et les pharisiens seront saisis de fureur quand ils comprendront qu’à travers le ministère de Jésus, c’est l’ouverture universelle de l’alliance qui est commencée. Ils le pousseront hors de la ville, sur une montagne où il sera exécuté, comme les habitants de Nazareth « poussent Jésus hors de la ville pour le précipiter en bas de l’escarpement » (Lc 4,29). De la même manière, après sa mort et sa résurrection, Jésus passera au milieu d’eux en allant son chemin.

Ainsi, cette visite à Nazareth est une sorte de résumé de l’histoire que l’évangile de saint Luc va nous rapporter au long des dimanches de cette année liturgique. Il vaut la peine de nous arrêter sur deux questions posées à travers cette visite à la synagogue de Nazareth. La première question : d’où vient cette parole ? Vient-elle du fils de Joseph ? La deuxième question : à qui est destinée cette parole ? Est-elle réservée au peuple d’Israël ?

La première question s’exprime à travers l’étonnement des auditeurs devant cet homme qu’ils ont connu enfant et dont ils pensaient qu’il était tout simplement l’un des leurs, sans que rien n’ait laissé prévoir qu’il devienne prédicateur. D’où cet étonnement : ce qu’il dit est-il le produit de son éducation à Nazareth ? D’où cela peut-il venir ? Jésus répond à cette question, en se désignant lui-même : « aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Lc 4,21). Il s’approprie la prophétie d’Isaïe sur le Messie serviteur. L’Esprit de Dieu repose sur lui pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres et proclamer une année de grâce. Il dit : c’est moi. Pour confirmer cette identification, il se désigne comme un prophète. Aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays (Lc 4,24). Nazareth est si retirée au fond de la Galilée que plus tard on dira : peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth. Cette parole est-elle le fruit de la communauté de Nazareth ou bien vient-elle d’ailleurs ? Chacun en Israël sait que le prophète ne parle pas en son nom propre, il parle au nom de Dieu. C’est Dieu qui met dans sa bouche les paroles qu’il prononce. De même, quand il s’agit d’exprimer à qui est destinée cette promesse de salut, Jésus s’appuie sur les grands prophètes connus de tous, Elie et Elisée, pour montrer comment déjà la mission prophétique en Israël franchissait les frontières, passait outre à l’incapacité d’agréger les étrangers au peuple élu en allant poser des signes en terre de Sidon ou au profit de Naaman le Syrien.

Cette parole que nous recevons vient de Dieu. Cette parole que nous recevons est destinée à l’humanité entière, si bien que nous sommes invités - nous qui l’entendons aujourd’hui et qui essayons de nous l’approprier, chacune et chacun pour notre propre compte - à répondre aux questions posées par la rencontre de la synagogue de Nazareth.

Comment recevons-nous cette parole que nous proclamons dans la liturgie, cette parole entendue, cette parole que j’essaye de vous commenter ? Comment la recevons-nous ? Comme une parole humaine ? Comme une parole que l’Église propose vaille que vaille, comme elle peut d’année en année ? Ou bien comme une parole que Dieu nous adresse, une parole portée par le prophète au nom de Dieu et destinée à ceux qui vont l’entendre ? A qui imaginons-nous que cette parole s’adresse ? A chacune et à chacun d’entre nous dans le secret de notre cœur ? Aux communautés chrétiennes rassemblées pour l’écouter ? Au-delà des frontières visibles de l’Église historique que nous constituons, comment comprenons-nous que cette parole de Dieu s’adresse à tout homme ? Et si elle s’adresse à tout homme, comment comprenons-nous notre mission, non seulement pour écouter la parole comme parole de Dieu, non seulement pour nous nourrir de cette parole de Dieu, pour essayer de l’assimiler et de la transcrire dans notre manière de vivre, mais encore comme une parole que nous devons porter à toute l’humanité ? Ce que vous recevez dans le secret sera publié au grand jour. Cette parole de Dieu que nous recevons à l’abri des murs de nos églises est faite pour être partagée au grand jour dans l’humanité, à tous les hommes de ce temps et de tous les temps.

Cette année, le Pape François nous a invités à vivre une année de grâce. Là aussi, on peut s’étonner, comme les gens de Nazareth, des paroles qui sortent de sa bouche… D’où viennent-elles ces paroles ? Est-ce le fruit de longues méditations profondément organisées pour lancer cette année de la Miséricorde ? Est-ce une parole de Dieu qui nous est adressée ? Il nous est annoncé une année de grâce de la part du Seigneur. Si c’est une parole de Dieu qui nous est adressée, accueillons-nous joyeusement cette parole de Dieu comme une opportunité ? Mais surtout, comment comprenons-nous que cette annonce d’une année de grâce renferme une portée universelle ? Elle n’est pas simplement un temps fixé pour que les chrétiens bénéficiant d’une mesure de clémence inhabituelle puissent arranger leurs affaires avec plus de facilité. Ce n’est pas une parole de repos, c’est une parole de mission ! C’est une parole qui vise les publicains et les pécheurs comme Jésus les visait déjà ! Non seulement il les visait mais il les visitait et il partageait leur table et leur pain, et il se faisait proche d’eux au point d’avoir pris rang parmi les pécheurs.

Au long de cette année, nous sommes invités généreusement à accueillir avec grande joie la miséricorde que Dieu veut nous manifester. Plongés dans cette joie du pardon, nous sommes invités non pas à fermer nos portes pour préserver la faveur que nous avons reçue, mais à devenir à notre tour des acteurs de la miséricorde envers tous ceux qui nous entourent. Allons-nous provoquer la fureur ou simplement l’agacement ou la colère ? Qu’importe ! Si nous sommes habités par l’Esprit du Christ, si nous suivons le chemin du Christ, avec lui nous « passerons au milieu des hommes en allant notre chemin » (Lc 4,30).

Amen.

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