Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à l’occasion de la retraite des prêtres de Paris à Tressaint – Samedi de la 3ème semaine du Temps ordinaire - Année C

Samedi 30 janvier 2016 - Foyer de Charité de Tressaint (22104 Dinan – Diocèse de St Brieuc)

Le récit de la tempête apaisée par Jésus, réveillé par ses disciples alors qu’il dormait dans la barque est le signe de la puissance du Christ sur les éléments du monde, mais c’est aussi une invitation à croire en sa présence à nos côtés, même lorsque des signes éclatants viennent à manquer.

- 2 S 11,1-10.13-17 ; Ps 50, 12-17 ; Mc 4,35-41

Le Règne de Dieu qui est annoncé dans la parabole du semeur et les paraboles qui ont suivi, va commencer à se manifester et à surprendre les disciples par l’étrangeté de ses manifestations. En effet, alors qu’ils sont pris dans une forte tempête et qu’ils craignent pour leur avenir : « Maître nous sommes perdus » (Mc 4,38), ils doivent accepter de voir Jésus dormir au fond de la barque, comme si ce qu’il leur advenait ne l’intéressait pas, comme si ces événements ne faisaient pas partie de la mission du Christ et de la manifestation de son règne. Il va falloir que par la puissance de sa parole, il leur montre qu’il est vraiment celui qui fait obéir ce que nul homme ne peut faire obéir : le vent et la mer. Il faut que par la force de sa parole, il leur montre qu’il est vraiment le maître de l’univers et le maître du monde, que cette maîtrise de l’univers et du monde n’est destinée à apaiser les inquiétudes provoquées par les péripéties de la vie des disciples mais au service du salut de l’humanité. Ils doivent découvrir que la présence du Christ dans leur vie ne se manifeste pas par des signes immédiatement perceptibles. Elle reste comme endormie, assoupie et sans aucune apparence de mouvement. Il faut qu’ils découvrent que Jésus est présent alors qu’il paraît absent et que cette présence ne se manifeste pas par les signes habituels des relations humaines mais par une relation de foi : « N’avez-vous pas encore la foi ? » (Mc 4,40) Avez-vous besoin que Jésus accomplisse de grands signes pour montrer qu’il s’occupe de vous ? Êtes-vous hermétiques à la présence silencieuse du Christ qui ne se révèle qu’à ceux qui croient en lui ?

Au long des tempêtes de notre vie, combien de fois avons-nous reproché au Christ d’être comme absent ? Comme quelqu’un qui ne s’intéresse pas à ce qui nous arrive ? Combien de fois avons-nous été tentés de le bousculer pour qu’enfin, il jette les yeux sur nous et s’occupe de nos affaires ? Combien de fois avons-nous entendu cette parole du Christ : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (Mc 4,40).

Le passage de cette inquiétude très humaine et très compréhensible qui saisit les hommes devant les événements les affectant à travers leur histoire et leur existence, le passage de cette émotion et de cette crainte à la confiance radicale, même devant l’absence de signe constitue le passage d’une simple séduction à la foi profonde. Ce passage, les disciples commencent à le faire sous la conduite du Christ. L’évangile de saint Marc nous révèle qu’ils ne comprendront pas avant la Pentecôte, que le règne de Dieu n’est pas le règne d’Israël, que le règne de Dieu n’est pas la domination, la supériorité de la force sur la violence des événements et de la vie. Le règne de Dieu est en nous, discret. C’est sur celui qui dort, ou qui semble dormir, que nous pouvons appuyer notre foi et affronter les difficultés de l’existence.

Le passage de la séduction à la foi, de la peur à la confiance, c’est le passage à la paix dans notre vie : le Christ est là. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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