Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Célébration de l’appel décisif des catéchumènes adultes à ND – Année C

Samedi 13 février 2016 - 10h00 - Notre-Dame de Paris

D’une certaine façon chaque catéchumène a un jour formulé intérieurement la prière de Bartimée. Des médiations de tous ordres y ont contribué. Devenir chrétien, c’est devenir témoin de la foi et reconnaître la nécessité de vivre dans la grâce de Dieu et la présence du Christ. Le baptême est une conversion, un appel à devenir une créature nouvelle dans le Christ, à changer sa manière de vivre. Les sacrements d’initiation sont sources de grâce, de joie et de paix.

- Ep 4,17-32 ; Ps 24 ; Mc 10,46-52

Chers amis,

Chacun d’entre vous, à un moment ou à plusieurs moments de sa vie, a formulé en lui la prière de Bartimée : « Fils de David, aie pitié de moi ! » (Mc 10,47). Cette prière, qui monte du cœur de la détresse de l’homme, est la prière que chacun d’entre nous est malheureusement souvent appelé à prononcer devant la détresse dans laquelle il se trouve, ou dans laquelle il voit que se trouvent ses contemporains. Cet appel de détresse, en lisant les lettres que vous m’avez adressées, j’ai pu voir comment il était monté de votre cœur à partir de situations très différentes de votre vie, mais toutes marquées par l’expérience de l’impuissance dans laquelle vous vous trouviez de trouver vous-mêmes la solution aux problèmes de votre existence. Ce cri de détresse, ce cri du cœur, s’il a pu monter à vos lèvres, c’est dans la plupart des cas parce que dans le tréfonds de votre mémoire, restaient les traces d’un signe de la foi dont vous aviez été les témoins et les bénéficiaires, soit par le biais de votre entourage familiale, soit par la tradition de grands-parents qui vous ont appris quelques prières, soit encore par le témoignage des chrétiens que vous avez pu rencontrer et dont vous avez pu apprécier comment la foi au Christ avait transformé leur vie.

C’est une occasion pour nous de mesurer comment notre cri vers le Christ, mais aussi la réponse du Christ à ce cri, l’appel qu’il a adressé à chacune et à chacun d’entre vous passe par des médiations, des intermédiaires qui ne sont pas toujours conscients d’ailleurs du rôle qu’ils jouent, mais qui jouent cependant bien un rôle important. En parcourant vos histoires, à travers les lettres que vous m’avez adressées, j’ai vu comment les liens humains de votre vie pouvaient avoir nourri le premier moment du dialogue initial avec le Christ. Nous devons garder mémoire -si par hasard nous étions tentés de les oublier- de ces personnes qui ont été messagers dans notre vie. Ces grands-mères qui vous ont appris une prière, alors que dans votre propre famille personne n’y songeait, ces conjoints à travers lesquels vous avez découvert que l’évangile était une puissance de vie, et dans l’amour desquels vous avez découvert une nouvelle dimension de l’amour. Ces enfants aussi, vos enfants, qui vous ont indiqué le chemin de la foi alors que vous pensiez que vous les conduisiez dans la foi. Après plusieurs années d’accompagnement aimant d’un père ou d’une mère, ces enfants ont été le révélateur de la présence du Christ. Il faudrait évoquer encore ces amis, ces compagnons d’étude ou de travail à travers lesquels le message du Christ a pris une forme visible au point de vous atteindre.

Si chacun de nous est ainsi tributaire d’une chaîne de transmission, d’un témoignage, d’un signal, c’est aussi pour nous l’occasion de prendre conscience qu’à notre tour, nous devenons témoins de la foi et nous sommes porteurs d’une parole de délivrance, d’espérance et de paix. Nous devons en être les témoins pour ceux qui nous entourent.

Devenir chrétien, ce n’est pas simplement reconnaître le chemin par lequel vous avez abouti au baptême, c’est reconnaître le chemin par lequel vous devenez à votre tour des témoins de la foi.

C’est pourquoi, quelle que soit l’originalité exceptionnelle de chacune de vos histoires et de chacun de vos itinéraires, quel que soit votre sentiment d’avoir vécu quelque chose que personne d’autre n’a vécu, votre demande de baptême n’est pas simplement le reflet de cette aventure, mais l’inscription de cette aventure personnelle unique et exceptionnelle dans une réalité qui déborde chacune de nos personnes. Cette réalité, c’est l’Église. Vous êtes baptisé pour devenir membre du Corps du Christ, et comme membre du Corps du Christ, apporter votre contribution à l’aventure de l’évangile à travers l’histoire des hommes.

Peut-être, en entendant la lecture de l’épître aux Éphésiens, avez-vous pensé que saint Paul n’avait pas eu de chance ? A l’entendre, il avait annoncé l’évangile à une bande de croquants ! Ce n’était que vol, mensonge, impudicité, et toutes sortes de mal faire et de mal vivre. On se demande bien comment ces pauvres gens avaient pu entendre l’appel du Christ ! Mais je peux vous le demander : qui pourrait entendre l’appel du Christ s’il n’était pas un pauvre ? « Je ne suis pas venu pour les biens portants mais les pécheurs » (Mc 2,17). Ainsi s’avancer vers le baptême, ce n’est pas prendre conscience de l’extraordinaire qualité de notre vie, c’est prendre conscience de la profondeur de notre faiblesse. Devenir chrétien, ce n’est pas monter sur le podium, c’est reconnaître que nous ne pouvons pas atteindre la plénitude de notre existence sans la grâce de Dieu et sans la présence du Christ.

C’est pourquoi le baptême est une conversion. Il n’est pas simplement la reconnaissance de quelque chose qui a eu lieu, il est le point de départ de ce que saint Paul appelle la vie de l’homme nouveau. Cet homme nouveau, cette femme nouvelle va expérimenter la nouveauté de sa vie non pas parce qu’il aurait acquis des connaissances exceptionnelles sur Dieu et sur le monde, mais parce qu’il acquiert la certitude que dans sa misère, quelqu’un l’appelle, quelqu’un lui tend la main, quelqu’un lui rend la vie -comme Jésus a rendu la vue à Bartimée- pour marcher à la suite du Christ, pour donner corps à cette conversion dans les actes les plus courants de la vie. Il est bien naturel que vous ne soyez pas complètement débarrassés des vieilleries que vous transportez depuis plusieurs dizaines d’années ! On ne change pas de peau subitement, on change de peau par une persévérance quotidienne à mettre l’évangile en pratique dans son existence. Devenir un être nouveau, devenir témoin du Christ ressuscité, cela veut dire, comme vous l’avez déjà constaté - je m’en suis rendu compte dans vos lettres- que la connaissance du Christ, l’amour du Christ, la vie avec le Christ change quelque chose. Vous êtes appelés à devenir des êtres nouveaux, vous avez commencé à le vivre et vous allez continuer à le vivre par votre résolution de mettre en pratique l’évangile dans tous les domaines de votre vie.

A quoi bon par exemple exalter comme je l’ai fait tout à l’heure la force et la capacité de la famille à être un lieu de transmission et d’expérience de la foi, si c’est pour renoncer dans notre propre vie à prendre les moyens de vivre cette existence familiale ? A quoi bon reconnaître que par la puissance de l’évangile, des hommes et des femmes à travers les siècles mais aujourd’hui encore, combattent pour davantage de justice dans le monde, pour que la paix progresse entre les hommes, si nous n’étions pas nous-mêmes engagés dans ce combat pour la justice et pour la paix ?

Ainsi, en vous appelant au baptême, à la confirmation et à l’eucharistie, j’ai bien conscience que je vous appelle à un engagement de vie. Je vous appelle à vivre comme des créatures nouvelles dans le Christ, à devenir pour ceux qui vous entourent, pour le monde dans lequel nous vivons, des témoins de la puissance de l’évangile et de l’espérance que représente le Christ pour l’humanité. Ce chemin est un chemin de combat parce qu’il suppose que nous dominions en nous les forces irrationnelles qui nous entraînent dans toutes sortes de mauvaises manières de vivre. Il suppose aussi une confiance inébranlable dans le Christ qui nous fait assumer les conditions de ce combat dans la paix et dans la joie.

Je souhaite pour chacune et chacun d’entre vous que son baptême, sa confirmation, sa communion, soient un surcroit de grâce et de joie.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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