Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à St Roch pour l’appel décisif au baptême des adolescents

Samedi 12 mars 2016 - St Roch (Paris Ie)

Devenir chrétien par le baptême, participer à la vie de l’Église, c’est entrer dans un peuple nombreux qui constitue un corps où chacun trouve sa place. Comme l’aveugle Bartimée, nous entendons le Christ s’adresser à nous lorsque nous prenons conscience que nous avons besoin de lui. Le carême est un temps de conversion durant lequel nous voulons laisser de côté nos mauvaises habitudes pour vivre d’une vie nouvelle.

- Col 3,5-10.12-17 ; Ps 15 ; Mc 10, 46-52

Chers Amis,

Quand nous sommes ici dans cette église, tous réunis, cela fait une belle assemblée, nombreuse, vivante, forte, dynamique ! Quand vous vous réunissez dans vos aumôneries, vous êtes une petite équipe très bien constituée pour partager, pour échanger, pour que chacun puisse parler et chacun puisse écouter. Chez vous, vous vivez dans une famille où vous êtes quelques membres, où vous avez aussi la possibilité de parler et d’écouter. Et puis, plus profondément, au fond de votre cœur, il y a quelqu’un qui a parlé en vous et que vous avez reconnu comme le Christ. Personne ne sait ce qu’il vous a dit, ni ce que vous lui avez dit. Et pourtant, c’est sur cette rencontre extraordinaire, exceptionnelle, que vous vous êtes mis en route. Mais vous ne vous vous êtes pas mis en route simplement pour vivre dans le tête-à-tête avec le Christ, ou dans le petit groupe de votre aumônerie, ni même dans votre paroisse ; vous vous êtes mis en route pour vivre dans l’Église. L’Église, c’est un peuple nombreux, très différencié. Il y a des gens de toutes couleurs, de toutes cultures, de toutes races, de tous âges, de toutes expériences. Participer à la vie de l’Église, c’est entrer dans ce peuple où l’on ne connaît pas tout le monde, où tout le monde ne nous connaît pas, mais qui constitue un corps, un corps vivant où vous êtes invités maintenant à prendre votre place.

Comme l’aveugle au bord du chemin, à certains moments dans votre vie, même si elle n’est pas encore très longue, vous avez eu envie de crier vers le Christ parce qu’il y avait des choses qui n’allaient pas, parce que vous aviez connu une souffrance, parce que vous étiez un peu seul ou désespéré, et comme l’aveugle, vous avez crié : « aie pitié de moi » (Mc 10,47). Vous n’étiez pas sûr qu’il y avait quelqu’un prêt à répondre, mais vous avez quand même crié : « aie pitié de moi ». Et comme dans l’évangile, Jésus a entendu ce cri, cet appel et il a envoyé quelqu’un vous chercher. « Debout, lève-toi ; il t’appelle » (Mc 10,49). Ce n’est plus toi seulement qui crie pour l’appeler au secours, c’est lui qui t’appelle pour te proposer quelque chose, à travers celui, celle ou ceux qui ont été les messagers de Jésus pour vous aider à passer de ce cri d’appel au secours à un regard plus profond, à un acte de foi. Jésus n’est pas simplement le pompier qui est chargé d’arranger les choses qui ne vont pas dans notre vie, et si possible d’escamoter nos bêtises, il est quelqu’un, une personne avec qui nous pouvons parler, que nous pouvons écouter, et qui nous appelle à marcher à sa suite. Il ne nous appelle pas seulement pour nous guérir, il nous appelle aussi pour le suivre.

Avec les prêtres et les diacres qui m’entourent, nous portons une tenue de couleur violette. Et cette tenue violette, c’est un peu une tenue de deuil. Ce n’est pas parce que l’on est en deuil de vous que l’on porte une tenue violette ! C’est parce que l’on vit une période où nous nous préparons à renouveler la promesse de notre baptême, où nous prenons conscience que dans notre vie, il y a des choses, des paroles, des actes, qui mènent à la mort. Le Christ, par sa résurrection, nous arrache à la mort et nous mène à la vie.

Tout à l’heure, quand je vais vous appeler, je mettrai autour de votre cou une écharpe violette. Cette écharpe violette signifie que dans votre vie, il y a des choses qui ne sont pas tout à fait en accord avec le Christ. Vous avez entendu dans la lecture de l’épître de Paul un certain nombre de choses énumérées : colère, emportement, méchanceté, insulte, propos grossiers, mensonge… Tout cela, évidemment, je sais que vous n’en n’êtes pas coupables… mais quand même, de temps en temps, vous essayez pour voir si cela fonctionne toujours…

On a toujours un fond de vieilleries dans notre existence, quelque chose qui reste de nos mauvaises habitudes, et cette écharpe violette vous rappellera que vous venez de ces mauvaises habitudes pour en être délivrés, pour devenir des gens nouveaux. Quand vous serez baptisés, on enlèvera votre écharpe violette et on la remplacera par une écharpe ou par une cape de couleur blanche, signe de la nouveauté, de la vie. Vous serez quelqu’un de neuf pour commencer une vie nouvelle. Vous ne revêtirez pas seulement une tenue blanche, mais vous revêtirez aussi votre cœur de tendresse, de bonté, de douceur, de patience, vous vous supporterez les uns les autres, pardonnerez si vous avez des reproches à faire. Bref, vous agirez comme le Seigneur. C’est à cela que vous êtes appelés par votre baptême. Jésus vous appelle pour vous ouvrir les yeux, comme il l’a fait à Bartimée, pour que vous puissiez voir en vous-mêmes et autour de vous ce qui vous fait grandir, ce qui est bon, ce qui est source de vie et de bonheur, pour vous faire voir aussi ce qui vous empêche d’avancer, ce qui est mauvais, ce qui est source de mort et de malheur.

En vous appelant, au nom du Christ, comme les disciples ont appelé Bartimée au nom du Christ, je suis heureux de vous aider à trouver votre place dans ce grand peuple, immense à travers le monde, qu’est l’Église et de trouver votre chemin pour mener une vie nouvelle dans le Christ. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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