Homélie du Cardinal André Vingt-Trois – Vigile Pascale – Baptême de 5 adultes de la paroisse Notre-Dame des Victoires – Année C

Samedi 26 mars 2016 - Notre-Dame de Paris

- 7 lectures de la Vigile ; Rm 6, 3b-11 ; Lc 24, 1-12

L’événement improbable.

« Pierre s’en retourna chez lui, tout étonné de ce qui était arrivé. »

Dans l’évangile de saint Luc, l’étonnement de Pierre fait suite à la stupéfaction et à la crainte des femmes venues embaumer le corps de Jésus. Pourtant, comme les disciples, les saintes femmes avaient entendu de la bouche de Jésus lui-même l’annonce des événements, jusqu’à la résurrection incluse. Il les avait préparés en leur annonçant sa Passion, sa mort et sa résurrection. Plus lointainement, ils étaient préparés par leur connaissance des prophéties qui annonçaient le Serviteur Souffrant. Leur étonnement peut nous aider à mieux comprendre ce que nous vivons nous-mêmes dans notre démarche de foi.

1. La foi incertaine.

Il nous arrive souvent de comprendre la foi comme le fruit d’un choix personnel, comme la conclusion d’un raisonnement qui serait capable de nous convaincre, ou bien encore comme une tradition que l’on se transmettrait de génération en génération. En fin de compte ce serait simplement une sorte de connaissance humaine que certains possèderaient et d’autres ne possèderaient pas. D’autres se représentent la foi comme un choix arbitraire, on déciderait de croire là où rien ne relève d’un savoir rationnel et critiqué.

Bien entendu, ces différentes approches de la foi ne sont pas radicalement fausses. Mais, si je puis dire, elles ne « fonctionnent » que pour une part très réduite de la foi chrétienne. Quel raisonnement pourrait démontrer que la résurrection du Christ est un fait historique indubitable ? Quelle tradition culturelle sociale ou familiale résisterait au bouleversement des mœurs dont nous sommes témoins ? Quelle sagesse même pourrait tenir devant la confrontation brutale avec la mort ?

Vous aurez sans doute remarqué que l’évangile de Luc ne nous dit rien ici de la foi des témoins. Tout au plus évoque-t-il la mémoire des paroles de Jésus : « Alors, elles se rappelèrent ses paroles. » Quant à Pierre, il en reste à l’étonnement devant le tombeau vide. Dans la suite de ce chapitre 24, Luc nous rapporte l’épisode de la rencontre des disciples d’Emmaüs avec le Ressuscité que nous connaissons bien. Mais là encore, la simple évocation des prophéties ne suffit pas à éclairer leur foi. Il faudra la fraction du pain et les apparitions du Christ vivant aux autres disciples, puis le don de l’Esprit Saint, pour qu’ils croient vraiment à la résurrection.

Je me demande si une conception trop humaine, trop culturelle, de la foi n’explique pas que tant de chrétiens vivent d’une foi problématique et incertaine. Leur adhésion à Jésus-Christ et leur participation à l’Église sont trop souvent vécues comme une opinion dont on pourrait changer à l’occasion, ou tout simplement se détourner. Comment s’étonner alors que certains soient convaincus d’avoir perdu la foi comme on perd ses clés ou son portefeuille ?

Mais quand on passe de la réflexion sur la démarche de la foi à l’examen du contenu de la foi, c’est encore bien autre chose. Comment peut-on croire à la résurrection de Jésus, à sa victoire sur la mort, et, plus encore au don qu’il fait à ses disciples de participer à cette victoire ? Nous ne devons pas nous en étonner quand nous voyons les Apôtres eux-mêmes considérer les propos des femmes comme une folie : « Ces propos leur semblèrent délirants et ils ne les croyaient pas. »

Il n’est pas surprenant que notre culture et notre société se soient orientées vers une occultation de la mort. Mieux vaut faire comme si la mort n’existait pas que de croire qu’elle est vaincue ! Plutôt fantasmer sur l’immortalité des cellules et les remèdes miracles ou sur la réincarnation que de croire à la résurrection de la chair, telle que Jésus nous la promet.

2. Le don de la foi.

Chers amis, vous qui allez être baptisés et confirmés tout à l’heure, vous savez bien que c’est un don que Dieu vous a fait. Bien sûr, ce cheminement s’inscrit dans une histoire, longue de plusieurs années. Au cours de ces années, votre intelligence et votre cœur se sont ouverts à la réalité de la présence de Dieu dans votre vie et dans l’histoire des hommes.

Mais le désir de croire à cette présence, accompagné d’une série d’interrogations et de perplexités, la méditation sur l’histoire des alliances de Dieu avec Israël et avec l’humanité, dont nous venons d’entendre un raccourci à travers l’histoire d’Israël, ne suffisent pas à provoquer le saut de la foi.

A un moment de ce parcours de plusieurs années, la certitude est venue : Jésus-Christ, ce n’est pas seulement une histoire ancienne. Il est vivant aujourd’hui. Il est quelqu’un pour moi. Ou pour reprendre l’expression de saint Paul : « pour moi, vivre, c’est le Christ. »

Ce moment où vos yeux et votre cœur se sont ouverts, peut-être ne pourriez-vous pas le dater exactement, mais il a eu lieu et c’est pourquoi vous vous êtes engagés dans une démarche de foi.

Cette présence du Christ vivant, l’écoute de sa parole, la participation à sa vie par les sacrements de l’Église, sont devenues assez importantes pour surmonter les hésitations, les craintes et les difficultés et pour dire, avec le pauvre homme de l’évangile : « Je crois Seigneur, mais viens en aide à mon peu de foi. »

C’est Dieu lui-même qui a suscité en vous cette clarté des enjeux de la foi et cette détermination à y conformer votre vie. Quelles que soient les personnes qui vous ont accompagnés sur ce chemin, c’est Dieu lui-même qui a parlé à votre cœur et qui a sollicité votre liberté : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant tandis qu’il nous parlait en chemin ? » diront les disciples d’Emmaüs quand leur yeux se furent ouverts.

Dans la préparation des confirmations, on me demande souvent quelle est l’action de l’Esprit Saint. La première action de l’Esprit Saint en nous, c’est de nous donner la foi au Christ ressuscité comme il le fit pour les Apôtres au jour de la Pentecôte. C’est lui qui ouvre notre intelligence, notre liberté et notre volonté pour qu’elles croient à la parole de Jésus quand il a annoncé sa mort et sa résurrection. C’est lui qui permet de le reconnaître quand il apparaît vivant après sa mort. C’est encore lui qui nous aide aujourd’hui à le rencontrer dans son Église. C’est lui qui vous a conduits pour recevoir les sacrements de l’initiation : baptême, confirmation et eucharistie.

C’est lui encore qui vient à notre aide pour vivre de la Parole de Dieu et des sacrements. C’est lui qui nous constitue comme témoins de la foi. C’est lui qui nous donne la force et la persévérance pour mettre en pratique l’Évangile du Christ tout au long de nos journées.

C’est lui qui fait de nous de vrais fidèles, c’est-à-dire des personnes qui tiennent bon dans les épreuves et à travers les événements de nos existences. C’est lui, ce soir qui vous permet de professer la foi de l’Église.

Frères et sœurs, vous qui avez été baptisés il y a quelques décennies, c’est l’Esprit Saint qui vous a gardés dans la fidélité de la foi, malgré les hésitations, les doutes et les drames de toute vie. C’est lui qui vous a conduits ici ce soir pour renouveler la profession de foi et les promesses de votre baptême.

C’est l’Esprit Saint qui nous fait éprouver la joie d’être chrétiens, le bonheur d’être en communion avec le Christ Notre Seigneur. C’est lui qui vous parle par ma bouche et qui vous invite à vous laisser saisir à nouveau par la vie du Christ. C’est lui qui construit son Église pour qu’elle soit témoin de l’alliance et qu’elle mette en œuvre la charité et la miséricorde de Dieu parmi les hommes.

C’est l’Esprit Saint qui nous apprend à prier et à exulter dans la joie de la résurrection. C’est lui qui nous fait chanter : Alléluia !

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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