Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Messe à ND - Troisième dimanche de Pâques – Année C

Dimanche 10 avril 2016 – Notre-Dame de Paris

Tout au long de notre vie, notre foi au Christ est soumise à l’épreuve de la reconnaissance de celui qui est ressuscité. Trois niveaux de reconnaissance apparaissent dans le récit des apparitions de Jésus au bord du Lac de Tibériade : une reconnaissance intuitive, celle du cœur, une reconnaissance sacramentelle, une reconnaissance dans une relation de mission, celle qui correspond à l’engagement de le suivre toute notre vie par amour.

- Ac 5, 27b-32.40b-41 ; Ps 29 (30) ; Ap 5, 11-14 ; Jn 21, 1-19

Frères et Sœurs,

Entre le moment de la Résurrection du Christ et le moment où toutes créatures dans le ciel et sur la terre proclameront la gloire de Celui qui est sur le trône et de l’Agneau, comme le livre de l’Apocalypse en a la vision et nous l’annonce, il y a le temps des hommes, le temps que nous vivons, le temps qu’ont vécu les Apôtres. Dans ce temps, la question à laquelle notre foi est soumise, l’épreuve à laquelle nous sommes confrontés, est de savoir si nous pouvons rencontrer le Christ ressuscité, le reconnaître et le suivre.

Dans la rencontre qui nous est rapportée par l’évangile de saint Jean au bord du lac de Tibériade, nous pourrions dire qu’il y a trois niveaux de reconnaissance.

Le premier niveau, c’est celui que nous pourrions appeler le niveau d’une reconnaissance intuitive. En voyant la pêche miraculeuse, le disciple que Jésus aimait se remémore d’autres pêches miraculeuses. Le souvenir de ces premiers signes donnés par Jésus le pousse à reconnaître que c’est lui qui est sur le rivage. C’est une sorte de cri spontané, d’adhésion du cœur. L’amour que portait ce disciple à Jésus en réponse à l’amour que Jésus lui portait, entraîne d’une façon immédiate, comme il nous arrive en entendant telle ou telle parole ou en voyant tel ou tel signe, la perception que nous sommes devant un signe ou une parole qui vient de Dieu lui-même. C’est un mouvement irréfléchi qui n’est pas argumenté, qui n’est pas critiqué, qui est le mouvement du cœur.

Cette reconnaissance intuitive est confirmée à un deuxième niveau par une reconnaissance sacramentelle. Jésus invite les disciples à venir manger. L’évangile de Jean reprend les formules mêmes des récits de la Cène, « il prend le pain et le leur donne », et de même pour le poisson. Ce repas partagé avec Jésus n’est plus simplement un souvenir qui parle au cœur, c’est un souvenir qui parle à l’intelligence. Chaque fois que Jésus a partagé le pain avec ses disciples, c’était pour établir avec eux un lien de communion. En renouvelant ce geste au bord du lac de Tibériade, c’est une façon pour lui de confirmer qu’il est bien le Seigneur et le Maître qui leur a lavé les pieds le soir de la Cène et qui leur a légué l’eucharistie. De même que les disciples d’Emmaüs ont vu leurs yeux s’ouvrir à la fraction du pain, de même les compagnons de Pierre, même s’ils avaient encore quelques doutes puisqu’ils n’osaient pas lui demander qui il était, savent de manière certaine que le disciple qu’il aimait avait vu juste : c’est le Seigneur.

Un troisième niveau de reconnaissance va se construire à travers le dialogue entre Jésus et Pierre. Là, nous ne sommes plus simplement dans le mouvement du cœur, nous ne sommes plus simplement dans la reconnaissance sacramentelle à laquelle Jésus leur a donné d’avoir part, nous sommes dans une relation de mission. Jésus demande à Pierre : « Simon, m’aimes-tu vraiment plus que ceux-ci ? » Il ne s’agit plus simplement de reconnaître que c’est Jésus le ressuscité qui est là mais il s’agit pour Pierre de prendre lui-même position. La question du Christ n’est pas une question de connaissance, c’est une question d’engagement, de liberté et de volonté. « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? », « M’aimes-tu vraiment ? » Il ne vous aura pas échappé qu’en lui posant trois fois la question, Jésus déclenche chez Pierre un sentiment de tristesse parce que ces trois questionnements ne peuvent pas ne pas lui rappeler les trois reniements au cours de la Passion dans lesquels il a déclaré qu’il ne connaissait pas cet homme.

Ainsi notre expérience du Christ ressuscité relève à la fois de l’adhésion spontanée de notre cœur, de l’expérience vérifiée de la vie sacramentelle. Ce pain, c’est son corps livré pour nous. En le recevant, nous reconnaissons que c’est le Christ ressuscité présent au milieu de nous. La reconnaissance du Christ ressuscité appelle de notre part, le désir et la résolution de nous mettre à son service, de lui exprimer notre amour non pas simplement comme un sentiment mais comme un engagement de toute notre vie. C’est du moins l’interprétation que saint Jean dans son évangile donne de ce dialogue puisqu’il nous dit que par cet échange, Jésus voulait signifier par quelle genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu.

Frères et Sœurs, en ce temps pascal, comme les disciples à Jérusalem nous sommes sollicités de rendre témoignage à la résurrection du Christ. Mais ce témoignage auquel nous sommes invités ne consiste pas simplement à partager nos émotions spirituelles, ni à affirmer notre foi par notre pratique sacramentelle, c’est aussi rendre gloire à Dieu par notre manière de vivre et s’il le faut, mourir. C’est par ce témoignage de l’amour vécu que nous exprimons réellement si Jésus, pour nous, est bien celui qui est apparu ressuscité, si Jésus, pour nous, est bien celui qui siège avec le Père sur le trône de gloire, si Jésus, pour nous, est bien celui auquel nous voulons associer tous ceux qui acceptent d’entendre la Bonne Nouvelle du Salut. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois,
archevêque de Paris

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