Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Veillée et Messe du soir de la Solennité de la Pentecôte à ND et confirmations d’adultes du diocèse de Paris

Samedi 14 mai 2016 - 21h00 - Notre-Dame de Paris

L’unique commandement du Christ rejoint chacune et chacun d’entre nous selon notre propre personnalité, histoire, culture... Après le retour de Jésus auprès du Père, Dieu envoie un nouveau défenseur : l’Esprit. Face aux peurs, l’Esprit nous fortifie et restaure notre véritable liberté. La confirmation est la marque du don de l’Esprit pour la personne et pour l’Église tout entière.

- Ac 2,1-11 ; Ps 103 ; Rm 8,8-17 ; Jn 14,15-16.23b-26

Frères et Sœurs,

Vous qui allez être confirmés dans quelques instants, vous avez revêtu symboliquement le vêtement blanc du baptême. C’est une couleur unique, qui vous fait tous ressembler les uns aux autres. Et pourtant, sous ce vêtement blanc, chacun de vous porte ses propres habits. Ils ne ressemblent à aucun autre. Chacun et chacune d’entre vous possède sa langue, « son dialecte » nous disaient les Actes des Apôtres (Ac 2,8). Bien sûr, vous parlez français, mais la langue n’est pas simplement une suite de mots que l’on utilise, c’est toute la culture qui habite notre cœur. Nous l’avons héritée de nos racines, de nos parents, de nos familles, de notre histoire, bref c’est un petit écosystème culturel particulier à chacun d’entre vous. Cependant, bien que vous ayez tous votre culture et vos avis, comme le vêtement blanc que vous avez revêtu, la parole de Dieu rejoint chacune et chacun d’entre vous dans sa propre langue, non pas parce que vous seriez devenus polyglottes, mais parce que la parole de Dieu n’est pas seulement la succession des sons que l’on entend, elle est le message que Dieu adresse à notre cœur. Ce message est unique, toujours le même, c’est le commandement du Christ, et pourtant différent pour chacune et chacun d’entre vous parce qu’il vous touche dans l’expérience de votre vie. Il rejoint la longue histoire qui vous a amenés ici ce soir, il rejoint les questionnements que vous portez dans votre cœur, il rejoint les souvenirs heureux ou malheureux qui vous ont accompagnés au long de votre vie, il rejoint la démarche libre que vous faites ce soir pour confirmer le baptême que vous avez reçu jadis.

Ce soir, comme à Jérusalem, d’où que vous veniez, de quelque continent que vous soyez originaires, de quelque région de France que vous soyez sortis, quelle que soit votre culture, Dieu parle à votre cœur et veut vous adresser un message de miséricorde, d’espérance et de paix. Ce message de miséricorde, d’espérance et de paix vient de la confiance que nous faisons à la parole du Christ. Dieu vient en nous, Dieu établit sa demeure parmi nous et nous donne un nouveau défenseur. Jésus parle d’un nouveau défenseur parce que tant qu’il était là avec ses disciples, c’était lui leur défenseur, mais au moment de les quitter, il va les laisser sans défense, confrontés aux embûches de la vie, aux épreuves multiples que rencontre toute vie humaine devant lesquelles leurs simples forces ne suffiraient pas à les prémunir. C’est pourquoi Dieu leur envoie un nouveau défenseur qui va les investir de sa force. On demande quelquefois par curiosité, quelquefois par malice, ce qui différencie un chrétien du reste des hommes. Ce qui différencie un chrétien du reste des hommes, c’est qu’il sait que jamais en ce monde, ni dans l’autre, il n’est seul. Jamais, ceux qui se mettent à la suite du Christ ne risquent d’être abandonnés à la solitude dans les épreuves. Jamais ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique ne peuvent craindre de manquer d’un défenseur.

C’est pourquoi saint Paul nous dit dans l’épître aux Romains que l’Esprit que nous recevons n’est pas un « esprit de peur » (Rm 8,15). Réfléchissez en vous-mêmes et réfléchissez aussi sur ceux qui vous entourent : combien d’hommes et de femmes autour de vous vivent dans la peur ? Et avouons-le, combien de fois nous-mêmes, nous nous surprenons à avoir peur ? Notre société hyper sécurisée qui ne peut pas nous empêcher de mourir à l’heure venue ou prématurément par maladie ou par accident ou par attentat, développe un sentiment de peur : qu’est-ce qui peut arriver ? Qu’est-ce qui peut arriver à notre monde ? Qu’est-ce qui peut m’arriver à moi dans ce monde ? Qui d’entre nous pourrait dire que nul danger ne le guette ? Qui d’entre nous pourrait dire qu’il est garanti pour tout son avenir ? Qui d’entre nous pourrait dire qu’il bénéficie de la sécurité absolue ? Aucun sans doute. La question n’est donc pas de savoir si nous courrons des risques en vivant, cela tout le monde le sait ! La question est de savoir comment nous affrontons ces risques. Comment avançons-nous dans la confiance que Dieu est notre défenseur ? Cela ne nous préserve pas des accidents de la vie, cela ne nous préserve pas des maladies, cela ne nous préserve pas des trahisons, cela ne nous préserve d’aucun des malheurs que connaissent tous nos contemporains. Mais, cela met en nos cœurs une certitude : à travers tout cela nous rejoignons les épreuves que Jésus a connues, et avec lui, en lui nous devenons vraiment enfants de Dieu. Si Dieu est notre Père, qu’est-ce qui peut nous arriver ? Saint Paul dit encore : « ni la mort, ni la vie, rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ » (Rm 8,38.39).

Cet amour n’est pas simplement un sentiment, c’est une certitude intérieure : il est en nous vivant, plus que nous-mêmes. Il est celui qui établit sa demeure en nous. La certitude qu’il demeure en nous, nous délivre de la peur. C’est pourquoi l’apôtre Paul nous dit que nous ne recevons pas un esprit pour devenir des esclaves, nous recevons un esprit pour devenir des hommes libres. Peut-être que c’est aussi une des caractéristiques du chrétien en ce monde de connaître une plus grande liberté, parce qu’il n’est pas esclave de l’opinion des autres, il n’est pas esclave des biens qu’il possède, il n’est pas esclave de l’approbation qu’il recherche autour de lui, il n’est pas esclave de sa douleur, il n’est pas esclave de sa joie, il est toujours et en tout enfant de Dieu, celui que nous nommons Père-Abba.

Après avoir appelé la venue de l’Esprit sur vous, entouré des prêtres qui vous imposeront les mains en même temps que moi, par l’onction que je vais tracer tout à l’heure sur vos fronts avec le saint-chrême, vous recevrez le don de l’Esprit. Mais ce don de l’Esprit qui est fait personnellement à chacun et à chacune, est aussi un don qui est destiné à l’Église. C’est une expérience que vous avez vécue au long des années écoulées : on ne peut pas être chrétien tout seul. On peut avoir des sentiments religieux tout seul, on peut avoir une certaine foi tout seul, on peut prier tout seul, mais on ne peut pas faire corps avec le Christ tout seul. Nous devenons vraiment chrétiens quand nous prenons notre place dans le corps sacramentel du Christ, dans le peuple de Dieu, dans l’Église. En recevant l’Esprit, vous recevez en même temps la mission de contribuer à la vitalité de cette Église, dans chacune des communautés auxquelles vous participez et qui vous ont accompagnés jusqu’à ce jour.

Aussi frères et sœurs, en implorant le don de l’Esprit Saint, je souhaite que chacune et chacun d’entre vous éprouve en son cœur la douceur de sa présence, la certitude de sa force, la paix que donne son amour. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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