Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à ND - 25e dimanche Temps ordinaire - Année C

Dimanche 18 septembre 2016 - Notre-Dame de Paris

Nous ne pouvons servir Dieu et l’argent. Dans nos sociétés, la valeur financière se substitue à la valeur humaine. Pourtant, l’économie est faite pour l’homme et non l’inverse. Deux aspects de notre vie méritent d’être révisés. Nous devons nous interroger sur nos relations avec les pauvres de notre monde et donner un sens à la prière commune de l’Église en rassemblant les préoccupations et les actions de grâce des hommes.

- Am 8,4-7 ; Ps 112,1-2.5-8 ; 1 Tm 2,1-8 ; Lc 16,1-13

Frères et Sœurs,

Il ne viendrait à l’idée de personne, que l’intention du Christ en racontant cette parabole était de faire la promotion de la malhonnêteté ou de la débrouillardise. Comme c’est souvent le cas dans les paraboles, il faut suivre le récit, se laisser conduire et aller directement à l’enseignement qu’elle veut donner : « vous ne pouvez pas servir à la foi Dieu et l’argent » (Lc 16,13).

Cette affirmation du Christ est illustrée par la parabole, car il veut nous montrer comment un homme malhonnête est capable de mobiliser de l’intelligence, de l’ingéniosité, du savoir-faire pour se tirer d’un mauvais pas : « les enfants de ce monde qui sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière » (Lc 16,8). S’il cite cet exemple et s’il en fait d’une certaine façon l’éloge, c’est pour nous stimuler nous, fils de la lumière, à comprendre que nous devons mettre autant d’intelligence, d’inventivité et de savoir-faire non pas dans la gestion économique du monde, mais dans la gestion de nos relations avec Dieu.

Il n’est pas si simple de dire que Dieu est le seul maître et qu’on ne peut servir que lui. Dans chacune de nos existences nous sommes confrontés à des contraintes pratiques, économiques, auxquelles nous devons faire face. Chacune de nos sociétés est confrontée aux mêmes contraintes économiques. Il n’est donc pas étonnant qu’insensiblement, ou de façon plus délibérée, le facteur économique devienne le seul élément déterminant du sens des choses. Si vous réfléchissez quelques instants à la masse d’informations que nous recevons sur le cours du monde, vous vous apercevrez que plus de 80% de ces informations sont des informations économiques, et souvent même réduites à la dimension financière. Si quelqu’un propose une solution, une action, une idée, la première question qu’on va lui poser c’est : combien ça coûte ? On ne lui demandera pas quel fruit on pourra en retirer pour le bonheur des hommes, on lui demandera le prix. C’est ainsi que progressivement, nous voyons la réalité économique de notre société, c’est-à-dire ses entreprises, les hommes et les femmes qui contribuent à la vie de notre pays, être reléguée au second plan, et on voit se substituer la valeur financière à la valeur humaine. L’économie est faite pour l’homme et non pas l’homme pour l’économie. C’est une façon comme une autre de reconnaître que l’argent est devenu maître de notre société et de notre monde. C’est contre cette suprématie de la financiarisation et de l’argent que l’Évangile nous invite à nous élever, non pas pour être opposé de manière simpliste à des préoccupations économiques, mais pour avoir de l’économie une vision intégrale, qui vise le bien-être des hommes, du plus grand nombre d’hommes possible, et non pas simplement le rendement financier.

Nous savons bien que cette question est centrale dans l’organisation de notre monde. Au cours d’une année où nous allons être sollicités de choisir entre différents projets de société, nous ne pouvons pas oublier que cette question est une question première. Comment l’homme, la femme, les enfants, les vieillards sont-ils traités dans la vision financière de notre monde ? Mais la domination de l’argent n’est pas seulement un phénomène collectif et anonyme, c’est aussi un phénomène qui nous touche personnellement. L’Écriture nous invite à être attentifs à deux aspects de notre vie.

Premier aspect, comme le prophète Amos qui s’élève contre l’injustice et l’oppression des pauvres, nous sommes invités à nous interroger sérieusement sur notre manière d’être en relation avec les pauvres de notre monde. Evidemment, les pauvres qui sont les plus proches, ceux que nous connaissons, ceux que nous pouvons voir - si nous ne détournons pas les yeux-, mais plus largement les pauvres de notre univers. Si nous sommes dominés par le désir d’augmenter sans cesse nos possessions et nos sécurités financières, il ne nous reste d’autres solutions que de fermer notre société à l’irruption des pauvres. Je ne pense pas seulement aujourd’hui ici, maintenant, à quantité d’hommes et de femmes dans notre pays qui vivent dans des situations très difficiles, mais je pense globalement à la prospérité dont nous bénéficions et que nous voulons sauvegarder à tout prix, fût-ce au prix de la mort de ceux que nous refusons de recevoir. On ne peut pas servir Dieu, être fidèle à son commandement, sans servir notre prochain. On ne peut pas servir notre prochain si nous sommes aliénés dans la dépendance à l’argent.

La deuxième piste que nous proposent les lectures, c’est de donner un contenu, un sens à la prière commune de l’Église. Dans l’épître de saint Paul à Timothée, nous voyons comment cette prière qui rassemble les préoccupations, les soucis, les intérêts, les souffrances, les espérances, les actions de grâce de chacun et de chacune, est un élément déterminant de la mission de l’Église. Jour et nuit, à travers le monde, par la voix des moniales, des moines, mais aussi par la voix de chacun et de chacune d’entre nous, l’Église est invitée à présenter à Dieu une prière qui permette aux hommes de mener une vie tranquille et calme, puisque tous sont appelés à être sauvés dans le Christ. Cette tranquillité et ce calme ne dépendent pas seulement de nous, ils dépendent aussi des autres. Mais il dépend de nous de ne pas accroître l’exaspération, l’inquiétude, la peur, l’angoisse, en oubliant que chacune de nos vies est dans la main de Dieu et que c’est lui qui est le maître de nos vies.

Prions donc le Seigneur pour qu’il accueille le plus largement possible ceux et celles qui cherchent la réconciliation, la miséricorde, la paix, le calme, la tranquillité, la dignité et qu’il nous rende capable de les accueillir.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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