Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à St Pierre de Montrouge à l’occasion du 10e anniversaire de la maison Alésia-Jeunes – 27e dimanche du temps ordinaire – Année C

Dimanche 2 octobre 2016 - St Pierre de Montrouge (Paris XIVe)

La foi ne s’évalue pas de manière quantitative. Elle est un don de Dieu qui nous établit dans une relation de confiance et d’amour avec le Seigneur. Face aux épreuves personnelles et collectives auxquelles nous avons affaire, la tentation est de se protéger contre l’extérieur. La foi nous donne la capacité de nous reposer sur Dieu et de découvrir la force intérieure qu’il met en nous. Le premier témoignage de la foi, c’est d’abord la manière dont nous vivons.

- Ha1,2-3 ; 2,2-4 ; Ps 94 ; 2 Tm 1,6-8.13-14 ; Lc 17, 5-10

Frères et Sœurs,

Si nous avions « la foi, gros comme une graine de moutarde, nous pourrions déplacer les montagnes, déraciner les arbres et les planter dans la mer » (Lc 17,6). En nous adressant cette parole, le Seigneur Jésus Christ veut nous faire comprendre que la foi n’est pas une question de quantité. La demande des disciples d’augmenter leur foi ne correspond pas à ce qu’est la foi réellement, comme s’il s’agissait d’un paquet plus ou moins gros, plus ou moins résistant, plus ou moins fort, que l’on pourrait s’approprier et conserver pieusement sans y toucher.

La foi est une dynamique intérieure qui nous vient du don que Dieu nous fait : le « don gratuit » (2 Tm 1,6) comme dit Paul à Timothée. La foi, c’est la confiance que nous mettons dans l’amour du Seigneur, dans sa fidélité, dans sa force et dans sa présence. Nous le savons tous, il y a parmi nous des hommes et des femmes qui vivent une foi profonde, une foi simple, dépouillée de tout artifice, qui est simplement le cri du cœur humain devant les difficultés de son existence, qui est simplement le réflexe de se tourner vers Dieu avec confiance devant les épreuves et de lui exprimer nos besoins et nos désirs. Cette foi simple n’est pas simplement une foi dénuée de tout contenu mais la foi d’un enfant vis-à-vis de son père, la foi d’un pauvre vis-à-vis de celui qui peut le nourrir, la foi d’un malade vis-à-vis de celui qui peut le guérir. Cette foi ne sait pas toujours comment s’exprimer, comment se formuler, comment se justifier, et cependant, elle est la colonne vertébrale de notre existence.

Frères et sœurs, si nous n’avions pas cette foi indéracinable, même quand elle est recouverte par les épreuves de notre vie, par les doutes de notre intelligence, par les errements de notre cœur, nous ne pourrions pas vivre réellement. Nous pourrions survivre, mais nous traînerions notre désillusion à l’égard de la vie, une sorte de désabusement, une sorte de pessimisme dont il paraît que les Français sont des spécialistes en ce temps… Si nous n’avions pas cette foi chevillée au corps, comment pourrions-nous affronter l’existence ?

L’existence humaine est traversée de multitudes d’épreuves, épreuves de la santé, épreuves de la fidélité, épreuves de la misère, épreuves de la violence, épreuves de la haine… Devant toutes ces épreuves, on peut se laisser envahir par la peur et la laisser peu à peu se transformer en angoisse. Devant toutes ces épreuves, on peut vivre comme des gens qui n’ont pas d’espérance, des gens qui mettent leur espérance dans leurs propres moyens, dans leur capacité personnelle de se relever, de se guérir, de s’assurer de l’avenir. Nos grands-parents et nos arrière-grands-parents ont vécu des temps aussi difficiles et aussi sombres que nous, que ce soit au moment de la Révolution française, de la Première guerre mondiale, de la Deuxième guerre mondiale, quand notre pays a été traversé par des violences et des luttes considérables. Nous sommes toujours confrontés à une adversité, à un danger, à un risque. Ce qui caractérise l’homme ou la femme de foi et de confiance, c’est précisément la manière dont il est capable d’affronter ces risques et ces dangers. Beaucoup de nos contemporains ne voient la possibilité de se défendre contre les risques de l’existence qu’en s’enfermant, en se barricadant, en faisant de leur petite propriété l’espace protégé des dangers extérieurs. Ils oublient que dans l’existence humaine, le danger n’est jamais seulement extérieur, il est toujours aussi intérieur. Ce qui met en péril l’existence de l’homme, ce n’est pas ce qui vient du dehors, comme Jésus le dira à ses disciples, c’est ce qui vient du dedans, c’est ce qui sort de notre cœur.

La foi chrétienne, c’est précisément cette capacité de reconnaître que le Royaume de Dieu n’est pas ici ou là, mais qu’il est en nous, qu’il est dans nos cœurs, qu’il est dans notre capacité de nous reposer sur Dieu. Vous avez reçu un esprit qui n’est « pas un esprit de peur » (2 Tm 1,7) dit Paul à Timothée. Cet esprit que Dieu nous a donné n’est pas un esprit de peur mais un esprit de force. Nous nous demandons souvent comment nous pouvons témoigner de la foi, pauvres que nous nous ressentons dans notre propre foi. Comment pourrions-nous devenir des témoins de la foi si nous sentons que notre foi est incertaine, fragile et difficile à assumer ? Allons-nous pouvoir devenir des témoins, des prédicateurs de la foi quand nous sommes si peu croyants ? Nous comprenons bien la question des disciples : « augmente en nous la foi ». Ah oui ! Nous aurions besoin que Dieu augmente en nous la foi pour être capables de l’annoncer et d’en témoigner. Mais nous oublions simplement que le premier témoignage de la foi n’est pas la force que nous posséderions pour en devenir témoins. C’est d’abord la force que Dieu nous donne pour assumer notre existence humaine. Le premier témoignage de la foi ne consiste pas d’abord en des discours enflammés que nous pourrions tenir. C’est plutôt la manière dont nous sommes capables de vivre, de faire face aux imprévus, aux difficultés et aux dangers ! Est-ce que nous devenons les plus craintifs d’entre les hommes ? Comme si la foi que nous avons reçue était si fragile que le moindre événement pourrait la faire écrouler ? Ou bien est-ce que nous sommes vraiment investis de cet esprit de Dieu qui est un esprit de force et nous rend capables d’affronter les périls de la vie sans perdre cœur mais au contraire en puisant dans cette conviction que Dieu est venu jusqu’à nous, pour puiser dans notre propre existence les moyens de faire face ?

Si nous nous plaçons dans cette perspective d’une existence orientée et conduite par la foi, nous comprenons d’abord que nous pouvons faire infiniment plus que ce que nous pensons. Nous disposons en nous d’une réserve de dynamisme que nous ne soupçonnons pas. Nous sommes capables de réaliser des choses formidables. Et en même temps, nous comprenons que ces réalisations, ces actions, ces entreprises que nous pouvons conduire à bon port, ce n’est pas notre œuvre. Nous ne sommes pas les serviteurs indispensables de l’œuvre de Dieu, c’est l’œuvre de Dieu lui-même qui s’accomplit, et nous n’en sommes que des serviteurs et des serviteurs, comme nous dit l’évangile, qui ne font que leur devoir et qui peuvent être remplacés par d’autres serviteurs qui trouveront eux aussi la force d’accomplir le travail à faire.

Ainsi, frères et sœurs, dans les temps troublés que nous vivons, au moment où tant de gens se font peur, nous sommes invités par la puissance de Dieu à nous exciter à trouver la paix, la sérénité, la tempérance et l’amour dans la force que Dieu met en nous. Si Dieu est avec nous, dit saint Paul dans l’épître aux Romains, qui sera contre nous ? S’il nous a aimés jusqu’à nous envoyer son Fils et à livrer sa vie pour nous, qui pourra nous vaincre, qui pourra nous écraser ?

Dans cette confiance, dans cette espérance que Dieu conduit nos vies, soyons dans la paix, la sérénité et la joie.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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