Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe pour le premier anniversaire des attentats de Paris et du Stade de France à Saint-Denis

Dimanche 13 novembre 2016 - Notre-Dame de Paris

La question de la fin du monde a toujours préoccupé les hommes. Jésus nous invite à déplacer cette question : il ne s’agit pas tant d’imaginer le futur que de faire face au présent. À chaque instant, les signes de la fin sont visibles dans le monde. Notre foi en Dieu et notre confiance en lui nous communiquent une force qui devient source de paix, pour nous-mêmes et pour ceux qui ont peur.

Mot d’accueil du cardinal André Vingt-Trois

Frères et Sœurs, chers amis,

Il y a tout juste un an, avaient lieu les attentats contre le Stade de France, le Bataclan, les terrasses des Xe et XIe arrondissements. Ils venaient après l’attentat ciblé de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher et avant celui que nous avons malheureusement connu à Nice au mois de juillet dernier, sans parler des attentats individuels, des meurtres de personnes en raison de leur fonction au service de la Nation ou de leur religion comme c’était le cas du Père Hamel assassiné cet été.

Ces événements nous invitent évidemment d’abord à prier pour les victimes, ceux qui sont morts dans ces attentats, les membres de leurs familles, leurs amis, qui vivent avec le souvenir de cet événement terrible, celles et ceux qui en portent encore les séquelles dans leur chair. Nous prions aussi pour les personnels des services d’ordre et des services de secours qui ont été tant sollicités dans ces moments difficiles, et qui continuent de l’être comme vous pouvez le constater en venant ici.

Sans doute, un des motifs de ces actes barbares était la volonté de semer dans notre pays un ferment de division et de discorde. Malgré la peur, très naturelle, engendrée par ces événements, les Français ne se sont pas laissés entraîner dans une guerre fratricide, dans une guerre civile, dans une guerre de religion, ni même ne se sont laissés entraîner dans une société du soupçon, qui en viendrait à ruiner la confiance indispensable à toute vie en société.

Nous devons prier pour fortifier cette capacité d’affronter ensemble les difficultés, pour ne pas les instrumentaliser comme argument de combat politique mais pour les vivre comme une épreuve commune qui dépasse les engagements, les convictions de chacun et qui sollicite de tous une capacité d’assumer la réalité comme des gens libres et forts.

Nous prierons pour que cette capacité se développe et se fortifie entre les Français et avec les personnes qui résident dans notre pays. Nous prierons pour que les diverses communautés religieuses ne soient pas poussées à une sorte de suspicion mutuelle mais au contraire qu’elles soient entraînées à une plus grande communication, à une plus grande connaissance et à un plus grand respect les uns des autres.

Homélie

- Ma 3,19-20 ; Ps 97 ; 2 Th 3, 7-12 ; Lc 21, 5-19
- 33e dimanche du temps ordinaire – Année C

Frères et Sœurs,

La perspective de la fin des temps a toujours fait rêver les hommes. Toujours, ils demandent : quand cela va-t-il arriver ? Quels signes aurons-nous ? Et les auditeurs de Jésus, comme les hommes de tous les autres temps, portaient la même question : quand cela va-t-il arriver et comment serons-nous prévenus ? Car évidemment, ce qui préoccupe dans la fin du monde, ce n’est pas simplement que tout ce que nous connaissons disparaîtra et sera détruit, comme nous le dit l’évangile, mais c’est que cela arrivera d’une façon imprévisible et à laquelle on ne pourra pas se préparer d’une façon particulière. C’est donc pour essayer de conjurer cette sorte d’anxiété sur la manière selon laquelle cela va finir, que l’on pose toujours la question. L’imagination humaine est assez fertile pour qu’il y ait toujours des gens prêts à répondre. Vous en entendez régulièrement qui envoient des messages pour dire que ce sera l’année prochaine, et comme cela n’arrive pas l’année prochaine, ce sera l’année d’après…

La manière dont Jésus réagit à cette question est particulièrement importante pour nous. Elle nous fait découvrir que, ce qui doit conduire notre vie, ce n’est pas d’imaginer ce que sera la fin, c’est de faire face à ce qui est présent. Imaginer une fin du monde à la manière de la science-fiction, cela peut faire de bonnes séries télévisées, mais cela ne fait pas vivre ! Le Christ nous dit : la fin du monde n’est pas dans un avenir indéfini, c’est maintenant ! Aujourd’hui, nous disposons dans le monde, tel que nous le connaissons, de tous les signes de la précarité de notre histoire, de la violence qui peut surgir entre les peuples, des catastrophes qui peuvent arriver. Il y a quelques semaines encore, Haïti a été complètement dévasté. Deux ou trois images au journal télévisé puis on passe à autre chose… Les famines, les épidémies, la violence dans les familles, tout cela n’est pas de la science-fiction pour un avenir indéterminé, c’est une réalité aujourd’hui pour nous. Les attentats ont aussi été un signe révélateur de cette précarité dans laquelle nous vivons. Habitués que nous étions par plusieurs décennies de paix sur notre territoire, l’irruption violente et sauvage de la mort nous a fait réfléchir, nous a aidés à prendre conscience des limites dans lesquelles se déroulait notre vie. Ainsi, la question qui nous est posée n’est pas tellement de savoir si nous pouvons éviter ! Nous ne pouvons pas éviter ! De tout temps, en tous lieux, il y a des bouleversements de l’histoire, des drames qui touchent l’humanité, que ce soit à l’échelle des peuples, ou que ce soit à l’échelle de chacune de nos existences. La question que le Christ nous pose est celle-ci : comment réagissons-nous ? Comment vivons-nous ces événements imprévisibles ? Comment réagissons-nous à cette irruption de l’irrationnel et de la mort dans notre existence ? Sommes-nous terrifiés, desséchés ? Ou bien avons-nous en nous-mêmes la capacité de comprendre que ces événements, en-dehors de la gravité de leur réalisation concrète, sont un signe sur la fragilité de notre vie ? Avons-nous en nous-mêmes la sagesse de comprendre qu’à travers ces événements, quelque chose est en train de s’accomplir ? Quelque chose que nous ne connaissons pas encore, dont nous ne voyons pas encore le dessein complet, mais que la foi en la parole du Christ nous permet de vivre non pas comme la fin du monde mais comme une étape dans la relation que l’humanité est appelée à renouer avec Dieu peu à peu.

Vous serez traduits devant les synagogues et les tribunaux, mais ne vous inquiétez pas de ce que vous aurez à dire, « c’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourrons ni résister ni s’opposer » (Lc 21,15). Je dirais d’une certaine façon que notre capacité à affronter les difficultés de l’existence, non seulement chacun pour soi-même mais à les affronter ensemble, à nous entraider, à les affronter et à les vivre dans la paix et la sérénité, sont un témoignage. Oui, si nous croyons vraiment que Dieu n’abandonne pas son peuple, si nous croyons vraiment que Dieu n’abandonne pas les hommes, si nous croyons cette parole du Christ « pas un cheveu de notre tête ne sera perdu » (Lc 21, 18), nous ne pouvons pas devenir les peuples de l’angoisse, nous ne pouvons devenir, progressivement avec l’aide de Dieu, que le peuple de la sérénité et de la paix.

On entend souvent dans les micros-trottoirs cette question : de quoi avez-vous peur ? Évidemment, tout le monde a toujours peur de quelque chose, c’est humain ! Mais moi, je voudrais qu’on nous demande : qu’est-ce qui vous permet d’assumer votre peur ? Comment affrontez-vous les difficultés de la vie ? Comment identifiez-vous les forces qui sont en vous ? Comment reconnaissez-vous des forces qui sont dans les autres ? Comment discernez-vous, peu à peu, à travers les événements de chaque jour, cette certitude que Dieu ne nous abandonne pas ? Que nous ne sommes pas une humanité égarée et perdue, que nous ne sommes pas un peuple voué à la frayeur, que nous ne sommes pas un peuple de victimes.

Nous sommes un peuple de fils, nous sommes un peuple habité par la force de Dieu, et c’est cette force qui est la source de notre confiance. C’est cette force qui doit devenir la source de notre paix. C’est cette force que nous devons mettre au service de tous pour essayer, s’il se peut, de les pacifier, de les réconforter, de leur redonner un peu d’espérance et de ne pas les laisser s’abandonner au jeu de massacre de la terreur.

C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois
archevêque de Paris

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