Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Consécration de l’église Saint Joseph Artisan et jubilé des 150 ans de l’église

Dimanche 4 décembre 2016 - Saint Joseph Artisan (Paris Xe)

La présence de Dieu en notre monde est d’abord réalisée à travers son peuple avec lequel il a fait alliance. Les bâtiments en sont un symbole. Nos églises sont le lieu de rassemblement de ce peuple. La dédicace d’une église rappelle que le peuple de Dieu se rassemble autour de la foi transmise par les apôtres. Une église située dans le tissu urbain est aussi le signe de la présence des chrétiens dans la société.

- Is 56, 1.6-7 ; Ps 25, 1-3.6-8.11-12 ; 1 P 2, 4-9 ; Jn 2, 13-22

Frères et Sœurs,

Dans l’Orient ancien, les religions païennes se caractérisaient par un dieu ou des dieux qui étaient attachés à un pays ou à une ville. Quand le Dieu d’Israël se fait connaître, il se manifeste non pas comme le Dieu d’un endroit, d’un pays ou d’une ville, mais comme le Dieu d’un peuple, un peuple avec lequel il a fait alliance. Quand ce peuple, installé sur la Terre Promise, arrive à construire un temple pour signifier la présence de Dieu au milieu de lui, tous imaginent qu’il y a quelqu’un dans le temple. Et quand les ennemis fracassent les portes du Saint des Saints, ils ont la stupéfaction de découvrir un lieu qui est vide, car la présence de Dieu au milieu de son peuple n’est pas une statue, ni un bâtiment, c’est ce peuple lui-même. Le bâtiment n’est que le symbole, le signe visible du peuple avec lequel Dieu a fait alliance.

Ainsi quand Jésus, comme nous le rappelle l’évangile de saint Jean, chasse les marchands du temple, ce n’est pas pour exalter la présence de Dieu dans le bâtiment, c’est pour rappeler le sens de ce bâtiment au milieu de la ville sainte. C’est le lieu où le peuple vient prier, c’est le lieu de la rencontre avec cette présence de Dieu au milieu de son peuple, c’est le lieu où se manifeste visiblement l’alliance entre Dieu et son peuple. Mais la véritable présence de Dieu à Jérusalem, ce n’est pas le bâtiment, ce sont des hommes, des femmes, des enfants qui sont engagés dans l’alliance avec Dieu. Comme le dit l’évangile de façon éminente et mystérieuse pour ses auditeurs : celui qui se présente comme la présence de Dieu au milieu de son peuple c’est Jésus lui-même : « détruisez ce temple, et en trois jours je le rebâtirai » (Jn 2,19) ; ce sont les trois jours qui séparent la mort du Christ de sa résurrection car c’était de son corps qu’il parlait, même si les gens ne le comprenaient pas.

Ainsi quand l’Église nous invite à consacrer des lieux, ce n’est pas pour en faire le lieu magique d’une présence de Dieu, c’est pour en faire le lieu de la vie de son peuple, de son peuple rassemblé, comme vous l’êtes aujourd’hui ; mais plus largement encore, c’est le peuple rassemblé autour du Christ sacramentellement présent à l’église, qui constitue le temple vivant de la présence de Dieu, ce temple vivant dont chacun d’entre nous constitue une pierre, non pas une pierre morte, comme celles que l’on utilise dans les constructions, mais une pierre vivante, comme celles que constituent le cœur et le corps des hommes et des femmes qui sont associés à la vie du Christ.

Ainsi, en bénissant et en marquant de l’onction sainte les douze colonnes où ces croix ont été peintes, nous ne sacralisons pas une matière, mais nous manifestons que le peuple de Dieu rassemblé, symboliquement évoqué par le bâtiment qui le rassemble, repose sur les douze colonnes que sont les apôtres ; c’est le bâtiment de la foi, c’est le peuple rassemblé par Dieu pour constituer le lieu de sa présence. Le lieu de sa présence, c’est ici quand nous y sommes, c’est ici quand il se rend présent par les sacrements que nous célébrons, c’est ici par la mission qu’il nous confie d’aller tout autour de cette église manifester la vie du Christ pour les hommes d’aujourd’hui. La présence de Dieu dans ce quartier, c’est vous, baptisés, confirmés dans le Christ, qui rendez visible et présent le Dieu d’amour et de miséricorde.

Le lieu où nous nous rassemblons, cette église que nous allons consacrer, insérée, plus peut-être que d’autres par les circonstances, dans le tissu urbain, dans le tissu des bâtiments de la cité, manifeste symboliquement la présence des chrétiens dans le tissu social de notre monde, leur présence quotidienne dans tous les bâtiments où ils vivent, dans tous les domaines où ils agissent, dans toutes les professions qu’ils exercent, dans les familles qu’ils constituent. Ils sont ainsi présence de Dieu aux hommes. C’est parce qu’ils sont cette présence de Dieu aux hommes qu’ils se rassemblent pour se donner les uns aux autres le réconfort de leur foi, la force de leur amour mutuel, et l’espérance qui les anime pour continuer à essayer de transformer ce monde.

Cette église, ici maintenant, est le signe de cette présence de chrétiens dans ce quartier. La participation de deux anciens curés à notre célébration, le Père Oswald et le Père de Parcevaux, nous rappelle que cette présence s’inscrit dans une histoire et une continuité. Nous sommes aujourd’hui, maintenant, héritiers de ces 150 années d’histoire, nous sommes aujourd’hui maintenant ceux sur qui repose la responsabilité de la présence de Dieu parmi les hommes. Le peuple de Dieu rassemblé constitue le lieu de la prière et non pas le lieu du trafic, le lieu du trafic des influences, le lieu du trafic des pouvoirs, mais le lieu de la prière et de la charité. Que cette église Saint Joseph rappelle à tous que ces chrétiens dispersés d’une façon imperceptible dans le tissu de la vie commune sont les signes de la présence active de Dieu.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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