Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à ND – Deuxième dimanche de l’Avent – Année A

Dimanche 4 décembre 2016 - Notre-Dame de Paris

L’annonce de la venue d’un monde nouveau pacifié par le prophète Isaïe vient entrer en contradiction avec notre expérience de l’histoire de l’humanité. C’est la connaissance du Seigneur qui est le fondement de l’avènement de ce monde nouveau. L’appel à la conversion lancé par Jean-Baptiste contribue à construire le règne de Dieu grâce au témoignage de ceux qui acceptent d’y répondre.

- Is 11, 1-10 ; Ps 71, 1-2.7-8.12-13.17 ; Rm 15, 4-9 ; Mt 3, 1-12

Frères et Sœurs,

Comment les auditeurs du prophète Isaïe auraient-ils pu ne pas être séduits par le monde nouveau qu’il leur annonce ? Un monde d’où aura disparu toute forme d’injustice, toute forme de violence - alors que celle-ci est une règle naturelle du fonctionnement du monde, où les brebis n’ont pas intérêt à paître trop près du lion de peur d’être attaquées et mangées, où la violence est le fait des luttes qui opposent des peuples les uns aux autres. Déjà, à ce moment-là, le peuple d’Israël avait fait une longue expérience de la violence de ce monde, et il ne fallait rien moins que la promesse paradisiaque de cet univers pacifique pour qu’il prête une oreille attentive à l’annonce du prophète concernant celui qui allait surgir de la souche de Jessé et devenir le rédempteur du monde. Peut-être le peuple d’Israël était-il plus attentif aux promesses de la prophétie d’Isaïe qu’aux conditions de cette promesse, comme nous-mêmes nous avons peut-être entendu ce texte comme une sorte d’évocation, un peu illusoire, d’un monde où tout irait bien, où les terroristes deviendraient des hommes de paix, où les violences se résoudraient par la conciliation, où tous les êtres vivants seraient garantis de leur existence, protégés des prédateurs... Mais nous recevons cette promesse avec le recul des siècles et une certaine dose de scepticisme : comment cela serait-il possible ? À moins qu’on ne rêve d’un messie qui viendrait magiquement transformer le monde, sans que l’on n’y fasse rien, comme des disciples de Jésus ont pu rêver un moment qu’il allait arranger les choses, sans eux, malgré eux.

Et voici que la lecture du prophète Isaïe nous donne une indication qui doit orienter autrement notre réflexion. « Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer… la racine de Jessé, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure » (Is 11,9-10). Nous découvrons que ce nouveau monde de justice et de paix coïncide avec un pays rempli de la connaissance du Seigneur. Nous sommes loin d’être une humanité remplie de la connaissance du Seigneur. Nous avons besoin de faire encore beaucoup de chemin, sinon pour être rempli de la connaissance du Seigneur, au moins pour en avoir une part suffisante pour éclairer notre vie.

C’est ainsi que nous pouvons comprendre l’appel de Jean-Baptiste : « Convertissez-vous car le royaume de Dieu est tout proche ». La conversion, c’est précisément soumettre et changer notre manière d’agir en fonction de la lumière venue dans notre monde : le Christ Jésus, royaume établi par sa résurrection, mais dont la réalisation concrète n’est pas achevée. Elle n’est pas achevée, non pas parce que Dieu aurait été empêché et qu’il aurait déjà usé ses forces ! Si l’accomplissement du royaume des Cieux n’est pas achevé en ce monde au moment où nous parlons, c’est précisément parce que nos cœurs ne sont pas encore disposés à accueillir le royaume, parce que, de par le monde, des multitudes d’hommes et de femmes ne participent pas encore à la connaissance du Seigneur. Devant chacune et chacun d’entre nous se pose la question décisive pour sa liberté : comment est-ce que je veux vivre ? Est-ce que je veux vivre selon la parole que Dieu me donne ou est-ce que je veux vivre en l’ignorant ?

Cette conversion concerne tous les domaines de notre vie. Elle concerne nos pensées, nos rêves, nos illusions, nos relations avec ceux qui sont les plus proches de nous, famille, amis… Elle concerne notre manière d’engager nos forces pour la transformation du monde, soit par notre travail, soit par la part que nous prenons à l’organisation de la société… Mais ce monde nouveau de justice et de paix attend que nous ayons préparé les chemins du Seigneur. Il attend que dans le désert de l’histoire des hommes, celles et ceux qui connaissent la volonté de Dieu, ou du moins cherchent à la connaître, celles et ceux qui sont engagés dans la connaissance de Dieu peuvent changer quelque chose pour le monde.

C’est pourquoi nous devons entendre cette parole de l’épître de saint Paul aux Romains : « ce qui a été écrit à l’avance l’a été pour nous instruire afin que grâce à la persévérance et au réconfort de l’Écriture nous ayons l’espérance » (Rm 15,4). Grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, c’est-à-dire grâce à notre détermination, à notre fidélité dans l’accueil de la parole de Dieu, à notre recherche quotidienne pour la méditer, aux décisions que nous sommes amenés à prendre pour la mettre en pratique, nous mettions en œuvre ce que Dieu nous dit pour réellement espérer que le monde nouveau advienne, non seulement à la fin des temps, mais déjà quelque peu à travers les signes de renouveau que Dieu nous donne.

Dieu a envoyé ses prophètes. Nous avons entendu aujourd’hui un passage du prophète Isaïe, nous avons entendu la prédication de Jean-Baptiste ; Dieu en a envoyé bien d’autres, et quand les temps furent accomplis, il a envoyé son Fils, son Unique, non pas pour contredire les prophètes, mais pour conduire leurs promesses à leur accomplissement.

Oui, aujourd’hui, le Royaume des Cieux s’est fait proche, aujourd’hui la violence et l’injustice peuvent être éradiquées si nos cœurs fortifiés par la parole de Dieu persévèrent dans la volonté de faire ce que Dieu attend de nous.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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