Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Ordinations sacerdotales 2017 en la cathédrale Notre-Dame de Paris – Nativité de saint Jean-Baptiste

Samedi 24 juin 2017 – Notre-Dame de Paris

- Voir le compte-rendu des Ordinations sacerdotales 2017.

Is 49,1-6 ; Ps 138, 1-3.13-15 ; Ac 13, 22-26 ; Lc 1, 57-66.80

Frères et Sœurs, chers amis,

Laurent, Raphaël, Francisco, Yvon, Charles-Antoine, Florentin, Viktors, Matthieu, Baptiste, Baptiste, Timothée, Florian, David et Louis-Marie,

c’est d’abord à vous qui allez être ordonnés prêtres que je veux m’adresser aujourd’hui. Chacun de vous le sait, -et nous le savons tous-, le moment que nous vivons maintenant est l’aboutissement d’un long chemin de plusieurs années. Je pense non seulement aux années de formation que vous venez de vivre, mais au long chemin par lequel le Seigneur vous a fait entendre son appel et a disposé votre cœur à lui répondre.

Pour une part importante, ce chemin reste mystérieux à nos yeux, mais nous déchiffrons sa réalité dans la foi. Comme le prophète Isaïe le dit à propos du Serviteur, le Seigneur vous a appelés de tous temps, dès le sein maternel. Cela ne signifie pas que votre vie était prédéterminée. Cela signifie que cet appel mystérieux a pris forme dans votre histoire personnelle à travers un flux de messages venant de toutes parts et que vous avez été préparés à entendre ces messages et à y répondre.

De même que Elisabeth et Zacharie ont donné à leur fils le nom qui définissait sa mission : Jean, « Dieu a fait grâce », de même vos parents et vos familles ont été des éléments importants dans le dévoilement de votre vocation, même s’ils n’ont pas toujours perçu ni mesuré leur rôle. Combien de fois, avec leur entourage, se sont-ils posé la question : « Que deviendra cet enfant ? » Qu’ils soient ici remerciés pour tout ce qu’ils vous ont apporté et pour leur ouverture à la particularité de votre itinéraire !

Par l’appel que vous avez reçu et auquel vous avez répondu, votre vie est entrée dans une nouvelle logique, la logique d’une vie donnée. C’est cette ouverture à une logique nouvelle que nous célébrons aujourd’hui et que l’Église consacre par le don de l’Esprit-Saint. Une vision déterministe de la liberté humaine nous habitue à imaginer que nos choix présents sont simplement le prolongement et l’aboutissement de nos itinéraires. Le regard de foi auquel nous invite la célébration de la Nativité de Jean-Baptiste nous appelle à changer le sens de notre regard : ce ne sont pas vos potentiels personnels qui définissent maintenant votre vie, comme si la vocation au sacerdoce était une sorte de prédisposition génétique, c’est votre appel et votre consécration qui donne le sens de votre histoire personnelle antérieure et qui définit pour vous une personnalité nouvelle.

Cette personnalité nouvelle s’organise autour d’un nouveau centre de gravité qui est le Christ lui-même, vivant dans son Église. Ce qui dévoile le sens de votre vie, ce ne sont plus vos aspirations, vos sentiments ou vos jugements, c’est la personne de Jésus lui-même qui vous invite à le suivre sur son chemin jusqu’au don total de vous-mêmes. Dans une culture de l’individualisme qui centre chacun sur lui-même, sur ses attentes, ses désirs personnels, ses craintes et ses sentiments, votre liberté s’engage dans une vie où vous acceptez d’être décentrés de vous-mêmes et polarisés par l’appel du Christ. Cette vie nouvellement reçue nous espérons la vivre dans la même expérience que Paul quand il disait : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » (Ga 2, 20).

Votre communion la plus intime avec le Christ s’enracine et se développe dans votre expérience ecclésiale, par la vie sacramentelle, par la charité quotidienne concrète, par la contemplation de la vie de Jésus dans l’oraison. Votre communion avec le Christ reconfigure jour après jour votre personnalité en faisant de vous des figures sacramentelles du bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. Le ministère qui définit votre nouvelle identité surmonte vos faiblesses et vos carences et dynamise vos capacités pour prendre votre part du ministère apostolique.

À l’image du Christ, qui est le seul vrai pasteur, nous sommes appelés à donner notre vie avec un seul objectif : prendre soin du troupeau qui nous est confié en l’appelant sans cesse à mettre en œuvre la mission universelle pour laquelle le Christ le rassemble. Ces deux aspects de la mission pastorale sont indissociables comme est indissociable la vie de chaque communauté chrétienne de la mission qui lui est confiée d’annoncer la Bonne Nouvelle à toutes les nations. Jean-Baptiste est envoyé pour préparer la venue du Seigneur en appelant Israël à la conversion du cœur pour devenir la « lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » (Is 43, 6).

Quelles que soient les tâches particulières qui vous seront confiées, elles sont toutes orientées par la mission fondatrice de l’Église de porter cette Bonne Nouvelle à tous les peuples. Les uns le feront auprès des peuples d’Asie, d’autres auprès des populations dans lesquelles leur communauté est engagée, d’autres encore dans les communautés chrétiennes dont ils seront les pasteurs. Mais tous ne feront que porter une part de la mission universelle du Christ à l’égard de tous les hommes. C’est à la lumière de cette mission universelle que vous trouverez le sens du don que vous faites de votre vie.

Dans une société et une humanité dominées par la peur du lendemain et la crainte de perdre les biens auxquels nous sommes tant attachés, devenir les témoins d’un salut qui n’est dû ni à la puissance armée ni à la domination économique fait de nous les porte-parole d’une espérance qui nous établit dans la sérénité et la paix. Elle nous rend libres pour travailler au bien commun de notre société.

Et vous frères et sœurs, qui êtes venus entourer ces nouveaux prêtres, vous savez que leur mission n’est pas simplement de devenir les serviteurs de vos communautés et de contribuer à la qualité de votre vie personnelle. Ils sont envoyés parmi vous pour fortifier votre foi et développer le dynamisme de l’amour de Dieu agissant en vous pour stimuler votre participation à l’action missionnaire de l’Église. Sans cesse, ils doivent vous appeler à vous décentrer de vous-mêmes, à orienter votre regard vers l’horizon de l’humanité entière.

Frères et Sœurs, vous qui êtes présents à cette célébration et vous qui nous rejoignez par la télévision et la radio, je vous invite à prier avec ferveur pour ceux que le Seigneur a choisis. Je vous invite à les soutenir dans leur ministère. Ils sont envoyés pour présider à la charité entre les membres de l’Église et pour vous soutenir dans votre mission de témoins du Christ dans les différents domaines de votre existence. Ils sont une grâce pour notre Église de Paris et pour l’Église entière. Avec saint Paul, nous bénissons Dieu pour les « dons qu’Il fait aux hommes… Il a donné certains comme apôtres, d’autres comme prophètes, d’autres encore comme évangélistes, d’autres enfin comme pasteurs et chargés de l’enseignement, afin de mettre les saints en état d’accomplir le ministère pour bâtir le corps du Christ… » (Ep 4, 8…11)

Enfin, je m’adresse à vous jeunes hommes qui sont ici et dont la vie n’est pas encore engagée. Chers amis, c’est parmi vous que le Seigneur choisit ceux qu’Il veut pour « être avec lui » et les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle. C’est à votre liberté qu’Il s’est adressé et qu’Il s’adresse. C’est pour la mission de son Église qu’Il vous appelle. C’est pour le plus grand service que l’on puisse rendre aux hommes que je vous appelle aujourd’hui en son nom. Ne laissez pas la question se diluer et se perdre. Voyez l’immensité de la mission dans notre grande cité, dans la province d’Île-de-France et dans le monde entier. Voyez la multitude des hommes qui attendent une parole d’espérance. Réfléchissez et décidez !

André cardinal Vingt-Trois,
archevêque de Paris

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