Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe de la Rentrée académique de la Faculté Notre-Dame – messe du Saint Esprit - Année A

Lundi 18 septembre 2017 - Notre-Dame de Paris

Le dialogue entre Jésus, les envoyés, le centurion manifeste une pédagogie de la rencontre avec le Christ et une pédagogie de la foi. Des hommes sont invités à devenir des intermédiaires de ce dialogue, et des intercesseurs. Les chrétiens sont particulièrement placés en position de charnière entre la volonté universelle de salut manifesté dans le Christ et l’attente de l’humanité.

- 1 Tm 2,1-8 ; Ps 27,1-2.7-9 ; Lc 7,1-10

Frères et Sœurs,

La liturgie eucharistique que nous célébrons reprend à chaque fois que nous nous approchons de la communion, ces paroles que nous dirons tout à l’heure : je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. C’est une occasion pour nous de mieux comprendre dans quelle disposition d’esprit et de cœur on peut s’approcher du Seigneur et lui présenter nos prières. Mais l’évangile de saint Luc en rapportant la guérison du serviteur du centurion met en évidence quelque chose de particulier : comment cet homme, - dont on ne sait pas s’il est vraiment païen, s’il est craignant-Dieu, on sait seulement que c’est un sympathisant puisqu’il a restauré la synagogue de Capharnaüm -, manifeste-t-il par son attente, par sa demande, une espérance dont Jésus dit qu’il n’a jamais vu une telle foi même en Israël ? C’est d’autant plus frappant dans l’évangile de Luc que le dialogue entre Jésus et le centurion n’est pas un dialogue direct mais s’exprime à travers des intermédiaires que le centurion a envoyés au-devant de Jésus.

Nous voyons comment dans cette succession d’échanges entre Jésus, les envoyés, le centurion, se déploient une pédagogie de la rencontre avec le Christ et une pédagogie de la foi. Nous voyons surtout - et c’est peut-être ce qui nous concerne davantage - comment des hommes peuvent devenir les intermédiaires de ce dialogue, comment ils peuvent servir de truchement entre le centurion et Jésus, comment ils peuvent se faire porteurs de l’attente et de la demande du centurion, et porteurs de la réponse de Jésus.

Dans notre vie chrétienne nous sommes invités à la rencontre du Christ. Nous sommes invités à éprouver notre incapacité à le recevoir chez nous. Nous sommes invités à entrer dans l’attitude d’humilité du centurion à l’égard du Christ, mais nous sommes invités aussi à devenir les intermédiaires entre l’attente d’un certain nombre d’hommes autour de nous et la personne de Jésus. Nous sommes invités à porter cette attente, à porter cette demande, à être des intercesseurs comme saint Paul nous y invite dans l’épître à Timothée en nous faisant mesurer la portée universelle du Salut réalisé dans le Christ car Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité.

C’est sur cette conviction de la dimension universelle du salut accompli dans le Christ que s’appuie saint Paul pour inviter Timothée à prier pour l’ensemble de l’humanité, à étendre à l’humanité tout entière l’intercession pour que les hommes puissent mener une vie calme et paisible, mais aussi pour qu’ils parviennent à la connaissance du Christ seul sauveur. Cette dimension universelle de la prière, telle que Paul la développe dans l’épître à Timothée, est une invitation pour nous à nous interroger toujours sur la manière dont notre propre relation avec le Christ, dont notre unité avec le Christ, dont notre prière portée par le Christ devant Dieu, ouvre nos intelligences, nos cœurs et nos perspectives, non seulement à notre Église, aux membres de notre communauté, mais plus largement à l’ensemble de l’humanité, car c’est à l’humanité entière que la manifestation de la vérité doit permettre de trouver le chemin du salut. Ainsi, quand nous investissons nos forces pour mieux comprendre la parole de Dieu adressée aux hommes, nous n’entreprenons pas simplement un travail qui peut combler ce qui nous manque, fortifier notre expérience de la foi, peut-être développer notre capacité à transmettre cette foi, mais nous entreprenons un travail qui a par définition une portée universelle, car si tous les hommes sont destinés à connaître la vérité, nous sommes appelés par le Seigneur à devenir les intermédiaires du chemin par lequel ils vont pouvoir accueillir le Christ et trouver leur guérison et la guérison de toute leur maison.

Rendons grâce à Dieu qui nous met ainsi dans une position de charnière entre la volonté universelle de salut manifesté dans le Christ, et l’attente confuse ou incertaine de l’humanité qui nous entoure. Nous sommes celles et ceux qui sont appelés à ouvrir les yeux sur le don que Dieu nous fait pour qu’à travers notre compréhension, notre intelligence et notre conversion, d’autres puissent connaître le seul sauveur Jésus-Christ.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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