Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Consécration de l’autel et bénédiction de la chapelle des Petites Sœurs des Pauvres – Fête anniversaire naissance de Jeanne Jugan

Mardi 24 octobre 2017 - « Ma Maison » 71 rue de Picpus (Paris XIIe)

Avec l’incarnation du Fils de Dieu, Dieu lui-même se rend présent aux hommes en Jésus. Après son retour auprès du Père, cette présence demeure par l’Église et par les sacrements. L’autel de la célébration eucharistique est une figure du Christ présent parmi nous. C’est la raison pour laquelle l’Église prévoit de le consacrer. Ce qui construit l’Église ce sont ses membres qui accueillent la Parole de Dieu et la mettent en pratique. Une maison de retraite peut devenir un lieu où l’on habite dans la joie à la suite du Seigneur.

- Jo 8,30-35 ; Ps 83 ; Ac 2,42-47, Mt 5, 1-12

Frères et Sœurs,

La communauté des disciples du Christ que le livre des Actes des Apôtres évoque, n’est pas simplement ce qu’était le peuple d’Israël rassemblé par la loi de Dieu, telle que Moïse l’avait reçue et transmise, autour d’un autel qui servait à offrir des sacrifices pour montrer à Dieu que l’on voulait l’honorer. Avec la venue du Fils de Dieu en notre chair, le grand interdit qui pesait sur la manière de comprendre la présence de Dieu en Israël, c’est-à-dire « Dieu, celui que nul ne peut voir, celui que nul ne peut toucher », ce grand interdit s’est transformé, car dans la personne de Jésus, né à Bethléem et qui parcourt les provinces de la Palestine, c’est Dieu lui-même qui est présent. Il n’est plus présent simplement par le vide qui caractérisait le chœur du temple de Jérusalem. Il y avait le Saint des saints, mais dans le Saint des saints, il n’y avait personne, il n’y avait rien. C’était l’expression de la foi radicale par laquelle Israël se distinguait de tous les peuples qui l’entouraient. Avec la venue du Christ, la présence de Dieu aux hommes s’exprime à travers des paroles et des gestes humains. Jésus guérit les malades, ressuscite les morts, annonce la venue du règne de Dieu. Tout cela, les disciples l’ont vu, ils l’ont entendu, ils l’ont touché de leurs mains. Ainsi, une fois que Jésus est remonté auprès du Père et qu’il a envoyé son Esprit Saint, sa présence au milieu des hommes continue d’exister, car le peuple de ses disciples qui se rassemblent et qui essayent de s’encourager mutuellement à mettre en pratique l’Évangile qu’il leur a légué, c’est le peuple de sa présence. Quand il est réuni pour écouter la parole et pour partager le pain, c’est Jésus qui est au milieu d’eux et qui se donne en nourriture. C’est ainsi que progressivement l’Église du Christ reconnaît son identité sacramentelle. Elle est le peuple de la présence, le peuple de la présence de Dieu, le peuple de la présence du Ressuscité, le peuple de la présence de l’Esprit Saint. Quand elle célèbre l’eucharistie selon la consigne que Jésus lui a laissée au moment de la Cène, il ne s’agit pas simplement d’un geste rituel pour exprimer à Dieu notre louange, il s’agit d’un acte qui rend réellement le Christ présent au milieu de nous. L’autel sur lequel cette eucharistie est célébrée n’est plus simplement un mobilier rituel mais c’est une figure de celui qui est présent parmi nous. C’est pourquoi, dans les nouvelles églises, comme celle dont nous prenons possession aujourd’hui, l’autel est consacré parce qu’il est le signe de la réalité du Christ présent au milieu de son peuple.

Par rapport à cette présence réelle du Christ à son peuple, il est évident que les bâtiments ne sont que des instruments. Tout au long de son histoire, l’Église a vécu sa vie de peuple de Dieu dans toutes sortes de bâtiments, depuis les basiliques romaines de l’Empire païen jusqu’aux linges sacrés que les prisonniers politiques pouvaient cacher dans leurs cellules pour célébrer l’eucharistie. Ce n’est pas le bâtiment qui fait l’Église, ce n’est pas la pierre qui fait le sacrement, c’est le Christ qui fait exister l’Église, c’est son sacrifice qui rend la pierre sacrée.

C’est pourquoi dans sa dévotion, dans sa piété, dans sa prière habituelle, l’Église honore les lieux qui lui servent. Elle honore les autels où est offert le sacrifice du Christ, non pas comme un rituel païen, mais comme une manifestation de notre attachement à la personne de Jésus vivant et présent par sa parole et par le pain consacré qu’il nous donne.

C’est dire que les églises en elles-mêmes ne sont pas un trésor ! Je ne suis pas le président d’une association de sauvegarde des bâtiments en péril ! La sauvegarde des bâtiments ecclésiaux, c’est le peuple de Dieu qui les occupe ! Ce ne sont pas les associations qui les rafistolent ! Ce qui fait l’église, ce sont les hommes et les femmes qui accueillent la parole de Dieu, qui la gardent et la mettent en pratique. Ce qui fait vivre les églises tout au travers de notre pays, ce sont les chrétiens qui les utilisent ! Sinon, on pourrait payer quelques permanents pour occuper les églises… Mais ce n’est pas comme ça que cela fonctionne. La « maison du Seigneur » (Ps 83), ce qui fait notre joie, c’est d’accueillir la parole de Dieu et de la vivre.

Dans une maison aussi belle que celle nous occupons aujourd’hui, je pense que les sœurs ont présentes à la mémoire et au cœur les premières initiatives de Jeanne Jugan. Quand elle a commencé à se mettre au service des pauvres, en particulier des personnes abandonnées, ce n’était pas le bâtiment qui faisait sa gloire, c’était l’amour qu’elle portait aux personnes vers lesquelles elle allait. Si les Petites Sœurs des Pauvres se donnent beaucoup de mal pour réaliser des maisons accueillantes et agréables, ce n’est pas pour le goût des bâtiments, c’est pour le bien-être des personnes qu’elles accueillent, pour que ces maisons soient vraiment leur maison, et qu’elles puissent, - malgré les difficultés de l’âge, les handicaps inévitables -, réellement habiter ces maisons dans la joie. « J’ai choisi d’habiter ta maison Seigneur » (Ps 83). On ne choisit pas toujours l’endroit où l’on habite. On ne le choisit pas toujours dans la joie. Mais le témoignage que nous recevons aujourd’hui, c’est que ce qui constitue le bonheur de l’homme, ce ne sont ni les conditions extérieures de son existence ni la richesse ou la puissance, mais c’est de partager vraiment le chemin du Christ, d’assumer et d’affronter les limitations de l’existence, les difficultés qu’apportent inévitablement la maladie et l’âge, non pas comme une fatalité dont il faudrait se cacher et qu’il faudrait oublier mais comme un lieu de bénédiction.

« Heureux », heureux êtes-vous si vous vivez ces contraintes comme un choix libre, « j’ai choisi d’habiter ta maison Seigneur », et que pour chacune et chacun d’entre vous, la maison du Seigneur devienne votre maison, que chez lui vous soyez chez vous et que vous puissiez reposer dans la joie parce qu’au cœur de cette maison vous disposez du signe permanent de sa présence et de son amour.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêché de Paris.

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