Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe de préparation à Noël de la Maison Diocésaine

Jeudi 14 décembre 2017 - Sainte-Odile (Paris XVIIe)

- Is 41,13-20 ; Ps 144, 1.9-13 ; Mt 11,11-15

La personnalité et le ministère de Jean-Baptiste marquent non seulement une étape chronologique mais un saut qualitatif entre tout ce qu’avaient apporté les prophètes et la Loi, tel que Jésus le rappelle, et ce Jean le Baptiste lui-même a apporté, et qui marque le passage du temps de l’espérance au temps de la réalisation. C’est lui le prophète Elie qui doit venir, c’est-à-dire celui qui annonce l’avènement du Messie et l’accomplissement de tout ce qui avait été annoncé par les prophètes dont le Livre d’Isaïe nous donnait un aperçu.

Cette charnière entre la première alliance et l’alliance définitive que représente Jean Baptiste est aussi pour nous une invitation à prendre conscience que la naissance du Fils de Dieu dans la chair constitue un élément novateur considérable. Il ne s’agit plus simplement de prolonger une courbe d’espérance dont l’accomplissement s’orienterait vers un avenir inconnu mais il s’agit de reconnaître comment la naissance de Jésus ouvre les derniers temps, c’est-à-dire comment la naissance de Jésus met en œuvre d’une façon visible et concrète l’annonce que le prophète Isaïe nous fait du salut que Dieu veut accomplir. C’est lui qui est notre rédempteur, c’est lui qui est notre sauveur, le saint d’Israël, mais cette conviction que Dieu veut sauver les hommes doit se manifester et se réaliser à travers une trajectoire humaine, des gestes humains, des paroles humaines qui vont permettre de découvrir au cœur de cette humanité des hommes et des femmes dont la vie va être complètement transformée et qui entrent ainsi dans une nouvelle dimension où le plus petit d’entre eux sera plus grand que Jean-Baptiste et que la promesse.

Nous vivons ces temps des derniers temps. Nous vivons ce temps de l’avènement du Christ non pas seulement dans la nuit de Bethléem mais au long des siècles jusqu’à son retour. Nous vivons ce moment où la foi en Dieu sauveur n’est plus simplement une espérance portée par les prophètes mais une réalité vécue dans la communion, dans son Fils incarné.

Si nous vivons dans cette foi, nous sommes conduits à rendre témoignage au Dieu sauveur, au Dieu rédempteur, et le premier signe de ce témoignage, c’est que nous croyons, nous savons et nous espérons qu’il vient à notre aide. Nous ne pouvons donc pas vivre sous le régime de la peur mais nous devons vivre sous le régime de la confiance. « Je viens à ton aide, oracle du Seigneur, ton rédempteur c’est le saint d’Israël ». Saint Paul fera écho à cette prophétie d’Isaïe : « Si Dieu est pour nous qui sera contre nous ? » Si nous sommes convaincus que Dieu est pour nous, que pouvons-nous craindre des événements de l’histoire à laquelle nous sommes mêlés ?
Il est frappant qu’au cours des deux siècles écoulés, la sécularisation culturelle qui se présentait comme une délivrance et une libération de l’homme aboutisse progressivement à étendre les domaines de la peur, peur de chacun pour sa propre vie, pour son propre avenir, et peur collective de la société dans laquelle nous vivons, qui s’installe insensiblement mais irrémédiablement dans le régime de l’angoisse. A quoi sert-il d’avoir été libérés comme on nous le promettait, si c’est pour devenir de nouveaux esclaves ?

Les chrétiens n’ont pas les solutions à tous les problèmes de la société et de l’histoire humaine, mais ils ont une conviction qui doit constituer le témoignage d’une espérance. Quoi qu’il arrive, nous savons que nous avons un sauveur et que ce sauveur est le Dieu d’Israël. Quoi qu’il arrive nous savons que nous sommes entrés dans les derniers temps et que la nativité du Christ manifeste aux hommes que le royaume des cieux s’est fait proche.

Frères et sœurs, dans la préparation de la célébration de la nativité, que cette certitude de la proximité de Dieu avec les hommes, de la proximité de Dieu avec son peuple, de la proximité de Dieu avec nous, soit une garantie contre l’angoisse de l’avenir et nous permette de rendre témoignage par notre espérance.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois,
administrateur apostolique de Paris.

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