Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à la maison Marie-Thérèse (Paris 14e)

Dimanche 8 décembre 2019

– 2e dimanche de l’Avent – Année A

- Is 11,1-10 ; Ps 71,1-2.7-8.12-13.17 ; Rm 15,4-9 ; Mt 3,1-12

Dans les plus beaux rêves que nous pouvons faire, ce monde nouveau que le prophète Isaïe annonce, où il n’y aura plus ni souffrance, ni guerre, où les animaux sauvages vivront en paix les uns avec les autres, cet univers un peu merveilleux auquel on rêve sans croire qu’il arrive, Jean-Baptiste nous dit : voilà qu’il vient. « Le Royaume de Dieu est proche » (Mt 3,2). Or si le Christ est bien venu en ce monde, c’est dans la discrétion et l’humilité de sa condition humaine, dans l’échec que va signifier sa mise à mort sur la Croix, dans la puissance de sa résurrection certes mais dont les témoins sont si faibles et si peu nombreux. Le Christ donc, sorti de la souche de Jessé, est venu pour renouveler le monde. Mais ce qui fera de ce monde un monde nouveau, c’est la puissance de Dieu. C’est par la puissance de Dieu que le mal sera vaincu, c’est par la puissance de Dieu que la souffrance sera évacuée, c’est par la puissance de Dieu que la paix s’établira dans le monde.

Et pourtant, celui qui crie dans le désert pour préparer le chemin du Seigneur appelle les hommes à se convertir, manifestant ainsi que ce monde nouveau, fondé par la puissance de Dieu, ne s’établira pas contre l’homme mais avec l’homme, avec l’homme renouvelé, avec l’homme converti. C’est ici que la vision chrétienne de ce monde nouveau se dissocie d’une vision écologique d’un univers purifié par l’exclusion de l’homme, un univers nouveau, assaini mais dont l’homme n’est plus partie prenante.

Il nous faut réfléchir sur les messages qui saturent notre espace. Pourquoi tant d’acharnement contre les dégâts que l’homme cause ? Pourquoi tant d’attraction pour la protection des espèces non-humaines, sinon précisément pour annoncer un monde nouveau où il n’est pas besoin de se convertir, où il suffit de forcer. Le Christ n’est pas venu forcer le monde, il est venu l’appeler ! Il n’est pas venu construire un Royaume contre les royaumes terrestres, il est venu établir le Règne de Dieu dans les cœurs. Il n’est pas venu supprimer l’homme parce qu’il était porteur du mal, il est venu supprimer le mal pour que l’homme puisse vivre. C’est pourquoi comme saint Paul nous le dit dans l’épître aux Romains : « l’Ecriture est pour nous une source d’espérance » (Rm 15,4). Elle nous fait comprendre comment Dieu veut sauver le monde : avec la participation de l’homme. Elle nous fait comprendre comment Dieu veut établir un monde nouveau auquel l’homme renouvelé dans son cœur devient capable de coopérer et qu’il devient capable de construire. Qui nous a enseigné d’échapper au jugement (Mt 3,7), dit Jean-Baptiste aux Pharisiens et aux Saducéens, qui étaient si convaincus de posséder par eux-mêmes la sécurité du Salut qu’ils n’avaient pas besoin de changer pour que le monde change ? « Produisez plutôt des fruits dignes de la conversion » (Mt 3,8), c’est-à-dire conduisez votre vie non pas comme des propriétaires qui ne dépendent de personne mais comme de véritables fils d’Abraham, des hommes de foi qui reçoivent jour après jour la capacité de vivre d’une façon nouvelle.

Comment ne serions-nous pas sensibles à la contradiction d’une société où tout est mis en œuvre pour inciter le monde à consommer davantage et à aggraver le bilan écologique de l’univers et en même temps inonde la terre de messages pour supprimer la consommation ? La même chaîne de télévision envoie ce message attendrissant et le fait payer par les entreprises qui ne vivent que par la consommation. Cette contradiction ne sera pas levée par des discours enflammés. Elle sera levée par la conversion, c’est-à-dire par notre capacité à user des biens sans en abuser, par notre capacité à mener une vie plus sobre, par notre capacité à développer en nous le respect de nos frères, le respect de toute vie, le respect de l’humanité.

Que le Seigneur nous donne la force et la persévérance dont nous parle saint Paul, pour ne pas nous laisser entraîner dans l’hypocrisie du discours bien-pensant quand les pratiques sont malfaisantes. Qu’il mette en nous le désir d’une pratique bienfaisante et qu’il nous donne les uns pour les autres la capacité de vivre en frères. Amen.

+André cardinal Vingt-Trois, archevêque émérite de Paris

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