Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à la Maison Marie-Thérèse (Paris 14e)

Dimanche 22 décembre 2019

– 4e Dimanche de l’Avent - Année A

- Is 7,10-16 ; Ps 23,1-6 ; Rm 1,1-7 ; Mt 1,18-24

Frères et Sœurs,

On peut s’interroger pour savoir s’il était besoin qu’il y eût une annonce à Joseph. Comme si l’annonce faite à Marie n’avait pas été suffisante ! Mais on a évidemment -grâce au travail minutieux des exégètes- trouvé des solutions à cette question, notamment le fait que l’évangile de saint Matthieu s’adressait vraisemblablement à une communauté de chrétiens issus du Judaïsme, pour qui la question de l’identité du Messie était étroitement liée à son ascendance. Était-il vraiment descendant de David ? Et donc pouvait-il être reconnu comme le Messie ?

Pour répondre à cette question, il fallait un homme qui fût de la descendance de David et qui assurât l’ascendance davidique de Jésus de Nazareth. Cet homme, c’est évidemment Joseph qui s’est trouvé appelé par Dieu à cette mission. Nous remarquons que dans ce débat, il y a une part qui est secrète. Joseph voulait renvoyer Marie en secret. Il reçoit le message de l’Ange dans un songe que personne d’autre que lui ne peut entendre. Publiquement, il accueille Marie et la reçoit comme épouse. Les habitants de Nazareth ne savent pas ce qu’il s’est passé en secret. Ils ne savent que ce qui se voit : un gentil couple avec un beau bébé, mais ils ne savent pas d’où vient ce bébé et ils ne savent pas quelle mission Marie et Joseph ont reçue. Peut-être qu’au-delà de la communauté chrétienne issue du Judaïsme, l’annonce faite à Joseph a un sens et un message qui nous est destiné à nous ! Ce message, c’est que l’enfant qui va naître à Bethléem, la ville de David, n’est pas le fruit d’une parthénogénèse ! Il n’est pas le fruit de l’union d’un dieu avec une femme, comme il en existait tant d’exemples dans les mythologies plus anciennes ! Cet enfant qui va naître est héritier d’une promesse. Il est descendant de David. Il est Messie d’Israël.
Et si l’on omet cette ascendance, ce lien avec David, si on omet la caractéristique messianique de la personne de Jésus, on retombe dans la mythologie païenne.

Le salut que Jésus apporte à l’humanité n’est pas un salut indéfini, c’est le fruit de la promesse dont Israël est porteur depuis tant de siècles, le fruit de la révélation qui a reconnu dans la personne de Dieu le créateur de l’univers. C’est donc cette ascendance davidique qui en fait le vrai Messie. Pour nous, j’allais dire « Romains », pour nous chrétiens des Nations, il serait tout à fait illusoire de nous imaginer que nous pouvons utiliser la naissance miraculeuse de Jésus comme une sorte de passeport pour nous affranchir de l’ascendance davidique. Il n’y a pas de christianisme vivant, réel, salvateur, s’il n’y a pas cette communion étroite avec la promesse d’un messie issu de David, promesse portée par Israël.

Qu’est-ce que cela change pour nous ? C’est principalement la chance unique qui nous est donnée que chacune de nos existences soit inscrite non pas simplement dans la durée de notre vie, non pas simplement dans l’espace géographique, mais qu’elle soit inscrite dans la totalité du projet cosmique de Dieu tel qu’il s’est révélé en Israël. Ce qui nous fait échapper au particularisme, ce qui nous fait entrer dans la plénitude que Dieu veut accomplir, c’est paradoxalement ce lien particulier avec le Messie d’Israël. Nous ne pouvons pas prétendre au salut universel si nous n’acceptons pas d’entrer dans la tradition du Messie issu de David.

Dieu s’est manifesté dans l’histoire, Dieu s’est fait connaître dans l’histoire, Dieu a parlé dans l’histoire, et le salut qu’il veut réaliser pour les hommes est indissociable de l’histoire humaine. Et donc, ce salut est indissociable de notre propre histoire, de l’histoire de chacune de nos vies, qui se trouve emportée par la puissance du Christ Messie pour devenir un signe à l’usage des Nations, pour devenir la manifestation du mystère de Dieu.

Dieu a voulu créer l’univers, il a voulu créer l’homme, il a voulu le créer à nouveau en la personne du Fils et il veut rassembler tous les hommes en un seul peuple. Amen.

+André cardinal Vingt-Trois, archevêque émérite de Paris

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