Homélie Mgr Michel Aupetit - Messe de fin d’année de la Maison diocésaine – 11e semaine temps ordinaire – Année B

Saint-Etienne du Mont (Paris 5e) - Jeudi 21 juin 2018

- Si 48,1-14 ; Ps 96,1-7.10 ; Mt 6,7-15

Il y a quelques semaines lors d’une rencontre avec nos élus, une députée appartenant au groupe « La République En Marche » me disait sa conviction de séparer la spiritualité de la religion en favorisant la première aux dépens de la seconde.

Je me suis permis de répondre en disant que la spiritualité est un acte profondément humain qui tient à notre capacité cognitive d’introspection, de méditation en rapport avec notre relation au monde qui nous entoure et que nous pouvons observer. Cela s’appelle l’instase.

En revanche, la religion, qui est propre à l’humanité, est la capacité d’entretenir une relation avec le transcendant, avec un au-delà de ce qui est perceptible, et nous fait sortir de nous-mêmes et de notre propre pensée. Cela s’appelle l’extase.
Il y a certes plusieurs manières de vivre la religion qui peuvent être expliquées par l’étymologie même du mot. La première, vient du latin relegere qui signifie relire. Il s’agit d’actes répétitifs de relecture du rituel ou de renouvellement du sacrifice pour complaire à la divinité. C’est sans doute ce que Jésus appelle : « rabâcher comme des païens ».

La deuxième étymologie du mot religion, toujours du latin, est religare. Cette étymologie, depuis le Pape saint Grégoire le Grand, est celle choisie par les chrétiens. Cela veut dire relier. Relier le transcendant et l’immanent, le ciel et la terre, Dieu et les hommes. Cette compréhension de la religion nous permet de comprendre ce que signifie l’Alliance proposée par Dieu et accomplie parfaitement en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai Homme. Le sacrifice de l’eucharistie n’est pas un sacrifice réitéré, mais l’unique sacrifice qui transcende le temps et l’espace et que le Christ ne cesse d’accomplir.

C’est pourquoi, nous venons à la messe pour accueillir dans le temps et l’espace cet unique sacrifice réalisé par le Christ et pour nous offrir ensemble avec lui dans une communion fraternelle qui nous permet de dire : « Notre Père ». Jésus, Fils de Dieu selon la nature, nous permet d’être fils de Dieu en communion avec lui.
Nous réalisons combien cela est important dans une société individualiste comme la nôtre où l’on serait tenté de dire : « mon Père, donne-moi mon pain de ce jour, pardonne-moi mes péchés, ne me laisse pas entrer en tentation, délivre-moi du mal ».

C’est bien la communion fraternelle qui nous permet de sortir de nous-mêmes pour entrer en relation avec Dieu dans le Christ Jésus. C’est cette communion fraternelle qui nous permet de prier dans le secret d’une intimité sans enfermer Dieu dans notre subjectivité.

C’est aussi cette communion fraternelle exprimée par le Notre Père qui nous permet de porter ensemble la mission que l’Église nous confie dans une véritable estime mutuelle et fraternelle.

Puissions-nous toujours la cultiver avec confiance et détermination.

+ Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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