Allocution du cardinal André Vingt-Trois lors de l’inauguration du « Petit Pont – Cardinal Lustiger »

À l’angle du Petit Pont et du Quai du Marché Neuf, Paris 4e – Jeudi 19 septembre 2013

Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs les élus,
Messeigneurs,
Chers amis,

La véritable mémoire est une mémoire vivante, c’est la mémoire du cœur, mais cette mémoire vive est le privilège des rares personnes qui ont pu vivre directement les événements, et rencontrer personnellement les personnes auxquelles on essaye de s’intéresser ou dont on essaye de garder le souvenir. Et pour que cette mémoire du cœur ne disparaisse pas avec ces rares privilégiés, elle doit s’exprimer et s’inscrire dans une mémoire physique qui garde la trace parmi la société humaine, des personnes dont on veut signaler le souvenir à l’attention des générations futures.

C’est pourquoi, je suis particulièrement reconnaissant à Monsieur le Maire de Paris, M. Bertrand Delanoë, d’avoir demandé à son Conseil de donner le nom du Cardinal Lustiger à un lieu parisien. Ce lieu, nous en avons parlé à plusieurs reprises depuis des années, et nous avons fini, parmi différentes hypothèses, par nous arrêter sur le projet d’un pont. Il me semble que le pont est un symbole particulièrement riche pour rendre hommage à la personnalité, à la mission d’un archevêque de Paris. C’est un beau symbole pour un homme dont la mission était de faire la jonction entre, oserais-je dire, la terre et le ciel, entre ce que nous voyons et ce que nous ne voyons pas, et entre des mondes, des univers qui vivent juxtaposés mais qui n’ont pas toujours de communication entre eux. Ce pont a une histoire très longue que je vous épargnerai - je ne la connais pas en détail -, mais sachez seulement que dans l’histoire chrétienne il a une signification très particulière puisqu’il est situé sur le Chemin de Saint-Jacques qui menait les pèlerins du nord vers Saint-Jacques-de-Compostelle par la rue sur laquelle nous sommes en ce moment.

Pendant ses vingt-cinq ans d’épiscopat, Jean-Marie Lustiger a été un homme qui a établi des ponts entre des univers séparés. Il a favorisé la communication entre ces univers auxquels son histoire personnelle lui avait donné de participer à un moment ou à un autre de sa vie. Par son origine juive, réfléchie, assumée et revendiquée, il a pu entreprendre et réussir à faire évoluer les relations de la communauté catholique avec la communauté juive et ses responsables, non seulement, évidemment à Paris, -je rappelle, comme un événement particulièrement marquant, sa participation et sa présence à la cérémonie après l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic-, mais, plus largement, à travers le monde. Je pense aussi à la complicité profondément théologique et amicale qui l’unissait au Pape Jean-Paul II qui a permis -l’un encourageant l’autre, mais ce sera le secret de Dieu de dire lequel encourageait le plus l’autre- de faire des pas décisifs dans les relations entre l’Église catholique et le judaïsme.

Aumônier d’étudiants, il a noué des relations avec plusieurs générations d’universitaires, relations ni effacées, ni affaiblies par le temps. Homme de parole, prédicateur, conférencier, il est devenu, et pour de longues années, un membre estimé et respecté de la sphère intellectuelle, jusqu’à être élu à l’Académie Française. Homme de relation avec des personnes d’univers d’activités variées (politiques, économiques, sociales,…), cardinal de l’Église romaine, il a construit des liens nombreux et riches à l’échelle internationale sur les cinq continents. Je rappelle seulement pour mémoire l’un des symboles de ces relations internationales « Paris Toussaint 2004 » en collaboration avec les villes de Vienne, de Bruxelles, de Lisbonne, de Budapest et de Paris.

Dans tout ce travail, il portait une préoccupation centrale : témoigner de la foi catholique et rassembler les fidèles parisiens, et bien au-delà, dans la communion. Et ce propos, ce projet, cette obstination à construire, à reconstruire sans cesse les liens de la communion, expliquent pour une part l’attachement profond du cardinal Lustiger à sa cathédrale qui est derrière nous, et dont la proximité donne un sens encore plus fort à la dénomination du Petit Pont. Vous savez que le cardinal Lustiger a accordé une attention particulière, soigneuse, minutieuse, très précise à l’aménagement et au développement de la cathédrale, à la qualité de son espace liturgique, à la qualité de l’animation liturgique qu’il a développée par la fondation avec la Ville de Paris et le Ministère de la Culture, de Musique Sacrée à Notre-Dame de Paris, à la qualité artistique des œuvres qui sont au programme liturgique, mais surtout au rôle fondamental de la cathédrale comme église-mère du diocèse de Paris. Le souvenir du cardinal Lustiger reste vivant dans sa cathédrale, où il repose depuis son décès en 2007. Il y reste vivant par la plaque qui fixe sa mémoire selon ses volontés, et il restera vivant sur le sol parisien par ce pont qui témoignera du lien qu’il voulait établir entre l’Ile-de-la-Cité et l’ensemble de la Ville de Paris. L’Ile-de-la-Cité étant symbolisée par la cathédrale elle-même – sauf le respect que je dois à Monsieur le Préfet de Police pour le magnifique établissement dont il est le responsable mais qui est un peu « jeune » vis-à-vis de la cathédrale pour prétendre à une titulature particulière !

Monsieur le Maire, je vous remercie d’avoir bien voulu faire ce choix, de prendre cette décision, et je suis heureux de vous céder la parole.

Cardinal André Vingt-Trois,
archevêque de Paris

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