Intervention de Christiane Behaghel, thérapeute de couple - Rencontre diocésaine des équipes de préparation au mariage (prêtres, diacres, fidèles)

Samedi 30 septembre 2017 à Notre-Dame de Grâce de Passy.

Faire cheminer les couples

Introduction

Permettez-moi, pour commencer, d’imiter le curé de ma paroisse d’été en Bretagne, qui s’appuie sur un objet pour illustrer son homélie du dimanche.

J’ai amené un bout d’écoute : une « écoute » de grand-voile. C’est ce qui permet de régler le bateau en fonction de son allure et de la force du vent. En tenant l’écoute, vous avez de quoi réagir, sans brusquer le bateau.

Faire avancer un bateau ou « faire cheminer les couples », c’est à peu près la même chose !
« Entrer dans leur propre démarche » ne peut se faire que grâce à l’écoute. Le pape François parle de l’ « apostolat de l’oreille », magnifique formule.

Bien sûr, on vous a déjà parlé d’écoute …mais dans la pratique, qui sait écouter vraiment ?
En 1er point je vous parlerai donc d’écoute.
Puis j’aborderai deux éléments sur lesquels il est possible de s’appuyer pour dynamiser les couples.

I. Écouter : c’est se mettre dans leur pas

Les 4 bienfaits de l’écoute :

1. Déposer son fardeau

Qui écoute les couples ? Ils s’envoient des sms sur tout et n’importe quoi – mais leurs hésitations, leurs espérances à qui peuvent-ils en parler ?
Combien de fois en conseil conjugal, l’un des conjoints s’exclame, « mais pourquoi tu ne me l’avais jamais dit ! ». Mariés depuis 10 ou 40 ans, c’est la surprise ! Avoir un espace de temps donné pour déposer son fardeau, sa vraie demande, et ainsi devenir plus disponible pour écouter l’autre.

2. Deuxième bienfait, se savoir rejoint

Les personnes que nous rencontrons sont souvent sur la défensive. Elles craignent un jugement, sont plein d’apriori et d’inquiétude sur l’Église, ou le Conseil conjugal catho.
Écoutez-les, sans les contrer, même s’ils disent des énormités…ils vont se détendre et en retour donner plus de prix à votre parole.
Prenez du recul : « Les croire sans y croire » disait un de mes professeurs. En ayant une bonne oreille, vous reconnaitrez quand la partition est chantée faux ou les paroles exagérées. Ill faut les croire quand ils réagissent, sans croire totalement à une réaction qui peut en cacher une autre.

3. Gagner en intériorité

Troisième bienfait de l’écoute : gagner en intériorité. Au fur et à mesure qu’ils parlent, il y a souvent comme un dépouillement qui s’opère. On quitte les arguments agressifs ou faciles, et on glisse dans le plus profond. C’est un moment précieux, et qui s’entend par une modification du timbre de voix qui devient comme un souffle.
Chacun est un mystère.

4. Viser plus juste

Enfin, l’écoute est le moyen de viser plus juste et de s’adapter à la personne, et à son vécu du moment.
Le Pape François nous dit : « Tu écoutes ; et puis à un certain moment tu diras un mot et ce mot germera, sera une graine, ira de l’avant. Mais il faut d’abord écouter. » - (169) A partir de l’Exhortation apostolique « La joie de l’Évangile »

L’application parfaite de cette démarche, c’est la Pédagogie du Christ avec la Samaritaine ou avec les Pèlerins d’Emmaüs. Il les écoute et tenant compte de là où ils en sont, Il développe une catéchèse élaborée pour les pèlerins d’Emmaüs, pour la Samaritaine il reste dans le concret de sa vie.

II. Deux éléments pour susciter leur dynamisme puisque le but est qu’ils puissent s’assumer eux-mêmes.

Le Pape François nous donne deux éléments :
« Réveiller… l’impatience de répondre à l’amour du Christ et développer le meilleur de ce que Dieu a semé dans leur propre vie. » -(171)

Reprenons ces 2 idées :

1. Réveiller l’impatience de répondre à l’amour du Christ

En conseil conjugal, je rencontre des personnes qui ne croient plus beaucoup à l’amour. Elles sont découragées…. et quand on est découragé, se remettre en marche pour aimer, c’est difficile. Comment les réveiller ?

En amour conjugal, comme pour l’amour du Christ, il faut se croire capable d’aimer et d’être aimé.
Il faudrait leur dire : plus est en toi !

En préparation au mariage, ils viennent parfois pour des raisons qui semblent superficielles, et leurs réponses sont pauvres et maladroites. Mais au fond d’eux-mêmes, ils ont une Espérance ? Plus est en eux.

En Conseil conjugal, ils parlent de leurs disputes au quotidien, de leur soirées lamentables mais au fond quel espoir déçu les bloque ?
Leur vraie question c’est : est-ce que mon conjoint peut encore m’aimer et est-ce que je suis capable d’aimer ?

Et en transposant, pourraient-ils dire : est-ce que c’est possible que Dieu m’aime ? Et ils n’y croient pas vraiment.

Nous sommes des réveilleurs d’amour.

2. Idée : « Développer le meilleur de ce que Dieu a semé dans leur propre vie. » -(171)

Pour qu’ils puissent s’assumer eux-mêmes, et être capable de se réveiller il faut les aider à développer le meilleur d’eux-mêmes.

En conseil conjugal, j’essaie de mettre en évidence qu’ils n’ont pas que des défauts agaçants mais aussi des qualités.

Par exemple :
Si je parle de bienveillance dans le couple, je leur pose une question : « depuis combien de temps n’avez-vous pas dit du bien de votre conjoint ? » (On pourrait aussi se poser la question de votre collègue de travail…) C’est tous les jours qu’un conjoint devrait trouver le moyen de dire du bien de l’autre.

Puis, je leur demande d’écrire sur un papier une liste de leurs propres qualités, et de l’offrir à leur conjoint. Qu’avons-nous d’autres à offrir à l’autre que « le meilleur de ce que Dieu a semé dans notre vie. » -
Et ils échangent concrètement, comme un cadeau, ce papier.

Cela à un double effet. Chacun reprend confiance : « je vaux qq chose aux yeux de celui ou de celle que j’aime ». Mais c’est aussi une illustration de la responsabilité des époux : je suis responsable de toi, et je vais t’aider à développer ta personnalité riche de ses qualités que tu viens de m’offrir.

III. Les méthodes

Alors, il y a des méthodes pour les aider.
Je voudrais évoquer trois incontournables de la panoplie de la CCF : poser des questions, oser le silence, faire reformuler.

1. Poser des bonnes questions pour les mettre en route.

Poser des bonnes questions est plus important que d’apporter de bonnes réponses. Et c’est dur de ne pas souffler les réponses quand on a de l’expérience !

Ex : Si vous souhaitez parler de fidélité
Ne dites pas : « La fidélité, ah ! Vous aurez des tentations, il faut vous y préparer ! »
Où vous tomber sur des jeunes naïfs, il en existe encore, qui vont se dire : « il ne croit pas en notre amour ». Ou vous êtes devant des 30-35 ans qui en connaissent plus que vous sur l’infidélité et qui culpabilisent. Dans les 2 cas, vous les avez perdus. Le bateau n’avance plus, car vous avez lâché l’écoute.

Posez des questions : « Pour vous c’est quoi la fidélité ? Comment faire pour rester fidèle ? »
A partir de leurs réponses vous pourrez tenter une « catéchèse ». Là, maintenant dans leur vie, à partir de ce qu’ils vont vous dire. C’est à eux de forger leurs points de repère.

Ne laisser jamais repartir vos interlocuteurs sans une bonne question !
« Comment pensez-vous faire ? Sur quoi allez-vous vous appuyer ?

2. Ne pas chercher à faire à leur place.

Oser le silence et ne chercher pas à apporter une solution toute faite.

Je vous lis ce passage : « -Combien de fois ai-je entendu des gens qui venaient me voir pour me demander conseil et je suis resté silencieux, j’ai laissé parler, parler, parler… et puis ils ont dit : « Oui, c’est vrai : vous avez raison ». Et pourtant, je n’avais rien dit ! »
Cette citation est du pape François dans une intervention du 22 mai 2017. Et il ajoute, « C’est l’Esprit Saint, qu’ils avaient en eux, qui avait parlé et ils ont trouvé le chemin. Mais ils avaient besoin d’une oreille, et vous avez tous fait un jour cette expérience. »

3. De toute façon, ayez la conviction que ce que vous proposez ne sera assimilé que si c’est repris par eux d’une manière ou d’une autre.

Même s’ils vous disent avoir compris, renvoyer toujours par une question : « qu’est-ce que vous en pensez, que diriez-vous sur ce point ? » Il est important qu’ils reformulent.

Conclusion

Leur laisser du temps
Vous avez un allier : le temps.
« Le temps est le messager de Dieu » (Bienheureux Pierre Fabre cité par le pape).

Chacun a son histoire et nous ne connaissons pas la suite.

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