Intervention du Cardinal André Vingt-Trois lors du forum de Rentrée Avent 2014

Collège des Bernardins – Samedi 13 septembre 2014

- Consulter le compte-rendu de la matinée.

L’année de la mission

Chers amis,

C’est une grande joie pour moi de vous rencontrer aujourd’hui, et de participer à cette journée dans le cadre du chemin qui nous conduit vers l’Avent 2014.

Il y a bientôt neuf ans que je vous ai invités à renouveler l’engagement de nos communautés dans la mission de l’Église Le but que j’avais fixé : appeler le plus grand nombre de chrétiens à « aller au-devant de ceux qui ne demandent plus rien à l’Église et qui n’en attendent plus rien. » Et nous avons vécu les années de « paroisses en mission ».

Depuis plus d’un an le pape François a repris l’appel du synode des évêques pour la nouvelle évangélisation en nous adressant l’Exhortation Apostolique La Joie de l’Évangile. Comme il l’a fait dans diverses circonstances, il y a développé les grands thèmes de son appel à la mission : l’Église ne peut accomplir sa mission que si elle se décentre d’elle-même pour se recentrer sans cesse sur le Christ et sur son œuvre. De même que le Christ est « sorti » d’auprès du Père pour venir au-devant de l’humanité et pour lui ouvrir un chemin de salut, de même l’Église est constamment appelée à sortir d’elle-même pour aller aux « périphéries » sociales et humaines de notre temps. Et l’Église, c’est tout le Peuple de Dieu, c’est nous qui sommes invités à « sortir » au-devant des hommes.

À peu près pendant la même période, le diocèse de Paris a lancé une « année de l’appel » pour identifier, appeler et former les chrétiens à la mission en vue de « l’Avent 2014 » qui sera un temps de mission dans tout le diocèse. Ce fut le travail de l’année écoulée dont vous avez pu constater une partie des fruits ce matin en parcourant les stands et les tables rondes proposés aujourd’hui.

Cette présentation, forcément partielle, vous a au moins permis de comprendre l’extrême diversité des moyens mis en œuvre en fonction des circonstances particulières de chacune des communautés concernées. Prendre part à la mission de l’Avent 2014, ce n’est pas appliquer un modèle unique d’évangélisation, c’est d’abord se mobiliser pour une action commune selon les conditions concrètes de votre communauté et les caractéristiques de votre environnement. C’est pourquoi c’est chaque communauté qui prévoit et met en œuvre la mission de l’Avent 2014.
Et pourtant, il s’agit bien d’une action commune dans tout le diocèse. Elle est commune par le choix du moment de son exécution et par son objectif principal. Le choix du moment, il s’agit de s’inscrire dans le temps de préparation de Noël pour rappeler l’événement historique qui en est le fondement : la naissance de Jésus à Bethléem.

Nous sommes simplement appelés à rendre témoignage ensemble de cet événement fondateur qui a changé l’histoire du monde.

Mais surtout elle est commune parce qu’elle s’enracine et se nourrit de la mission de l’Église tout entière, de l’Église apostolique fondée et envoyée par le Christ. Chacune de nos communautés est appelée à prendre ses initiatives pour la mission, mais aucune n’assume à elle seule la mission de l’Église. Chacune et chacun des membres de l’Église est appelé à prendre sa part de la mission, mais aucun ne peut porter seul la mission de l’Église. Tous et chacun sont envoyés et portés par l’Église entière, telle qu’elle est rendue présente et active par chacune des églises particulières.

Les acteurs de la mission ne sont pas des spécialistes ni des super-militants. Ce sont tous les chrétiens qui se rassemblent chaque dimanche dans nos églises et qui ont reçu cette mission par leur baptême et leur confirmation. Chaque chrétienne, chaque chrétien est appelé à rendre compte de l’espérance qui est en lui dans tous les domaines de sa vie. Nous sommes invités à en rendre compte par la parole, par l’action auprès des plus pauvres, par les choix de notre propre existence.

Nous n’oublions pas que dans toute action d’évangélisation, les premiers évangélisés sont ceux qui portent l’Évangile. Manifester la puissance de l’Évangile, c’est d’abord montrer par la conversion permanente de notre vie, qu’il peut changer quelque chose à l’existence des hommes. C’est pourquoi, les choix de notre existence sont au cœur de la mission. Dans notre histoire et dans notre société, la richesse de la foi et de la tradition chrétienne ne touchent pas la majorité des hommes. Beaucoup de chrétiens peu informés ou peu éclairés, n’ont pas conscience que la foi qu’ils ont reçue représente une richesse et un trésor. S’ils n’ont pas conscience de cette richesse et de ce trésor dans leur propre vie, ils ne peuvent pas éprouver le besoin de partager ce qu’ils ont reçu.

La mission de l’Avent 2014 vise à aider le plus grand nombre possible de chrétiens à reprendre conscience du trésor reçu de l’Église par la foi et du devoir qui nous incombe d’ouvrir ce trésor au plus grand nombre de nos contemporains. Nous ne pouvons pas considérer comme une situation normale que la connaissance de Jésus-Christ soit réservée à un petit nombre de privilégiés qui laisseraient tous les autres dans l’ignorance de son existence. La mission est le travail pour rendre compte de l’espérance qui est en nous.

C’est aussi la présence aux plus démunis de notre société. Ils comptent pour nous. ces hommes et ces femmes qui ont le sentiment juste ou exagéré que leur existence, leur présence, leurs désirs, leurs difficultés n’intéressent plus personne. Ils intéressent le Christ, et à travers lui, ils nous intéressent.

La présence aux plus démunis dans beaucoup de quartiers, pour ne pas dire dans tous les quartiers de Paris, mais de façon plus ou moins visible, c’est la présence aux démunis économiques, ceux qui vivent, ou qui survivent plus ou moins bien, en-dessous du seuil minimal pour mener une existence à peu près équilibrée. Ils ne vont pas porter une pancarte pour dire : « nous sommes les pauvres de votre société, occupez-vous de nous » ! C’est à nous de les découvrir, de les connaître, de les accompagner, et s’il se peut, de les aider.

Les démunis de notre société, ce sont celles et ceux éprouvés par la maladie ou la vieillesse, réalités qui ont insensiblement tendance à se transformer en signe de honte. On vit dans une société conçue pour la jeunesse, -supposée… Devenir vieux, on n’ose même plus le dire, C’est un mot devenu interdit. Alors on parle des « anciens », et comme les anciens renvoient quand même loin, on cherche quelque chose de plus proche et on parle des séniors, avec l’avantage que personne ne sait ce que c’est… Mais vieux, on sait ce que c’est ! Devenir vieux, dépendant, malade, ce n’est pas une tare ! C’est la destinée inéluctable de tous les êtres humains et c’est dans cette situation de dépendance et de fragilité que causent l’âge et la maladie, que tant d’hommes et de femmes ont besoin de se sentir connus, accompagnés, respectés et estimés. Être proches des plus démunis de notre société, c’est aussi être proches de celles et de ceux qui sont éprouvés par les malheurs de l’existence, qui défaillent, qui ne peuvent plus tenir la devanture sociale et qui sombrent dans la dépression, dans le désespoir ou dans le fatalisme.

Le point de départ de cette mission sera la Cathédrale Notre-Dame de Paris, église-mère du diocèse, d’où je lancerai l’action commune le samedi 22 novembre en vous invitant à un rassemblement diocésain. Ce sera un pèlerinage où nous prierons ensemble pour demander à Dieu de nous donner force et courage pour annoncer la Bonne Nouvelle dans toute la ville.

Dans une société de tolérance et de libre opinion, nous ne visons pas à embrigader nos semblables ni, a fortiori, à les contraindre à adopter notre propre point de vue. Nous nous adressons, comme Jésus l’a fait lui-même, à la liberté humaine. Nous cherchons simplement à exprimer ce que nous croyons et à manifester que les portes de l’Église sont ouvertes pour tous les hommes de bonne volonté. Nous voulons dire combien la personne de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu, est pour nous au centre de notre vie. Nous voulons exprimer comment notre foi est une espérance qui n’est pas réservée à une élite mais ouverte à tous.

Dans une société désemparée et menacée par la tentation du fatalisme devant notre impuissance à surmonter les difficultés du temps, nous voulons affermir et partager notre conviction qu’il existe des chemins pour changer quelque chose pour le plus grand nombre, que notre humanité a des ressources pour affronter ses responsabilités et développer une véritable solidarité.

Mais la mise en œuvre de ces ressources suppose une véritable espérance dans la valeur de chaque être humain et une détermination authentique pour faire des choix qui ne sont pas seulement économiques mais aussi des choix humanistes qui respectent l’homme dans toutes les dimensions de son existence et dans l’unité de sa personnalité et de ses modes de vie.

Au moment où nous entrons ensemble dans cette étape de notre aventure, je voudrais d’abord rendre grâce pour le chemin parcouru au cours de ces neuf années des « paroisses en mission ». Nous avons pu constater, dans notre Église, la vitalité de la foi et la disponibilité des chrétiens. La générosité avec laquelle ils ont répondu à l’appel et la joie qu’ils en retirent. Ce n’est pas par notre mérite ou notre savoir-faire, c’est par la puissance de l’Esprit à l’œuvre au cœur des croyants et par le dynamisme de la charité active dans nos communautés. C’est donc avec une pleine confiance que je vous invite avancer dans la mission de l’Avent 2014.

Je souhaite évidemment que cette mission de l’Avent 2014 ne marque pas le point final de l’action entreprise depuis des années. Elle en est plutôt un temps fort qui ouvre un chemin plus long. Avec l’Avent 2014, nous entrons dans l’année de la mission. Les contacts que nous aurons pu nouer au cours de cette mission de l’Avent 2014, nous devrons les prolonger en travaillant sur notre manière d’accueillir et d’écouter les personnes rencontrées. Comment nos communautés vont-elles vivre cette ouverture des portes de nos églises ? Comment vont-elles nouer des relations durables avec leur environnement ? Comment vont-elles signifier la présence du Christ à notre monde ?

Déjà cette mission a porté du fruit en nous mettant en route pour aller vers les autres. Elle va en porter d’autres en nous incitant au cours de l’année qui vient à vérifier si et comment ce que nous disons passe dans les faits : comment notre Église ouvre vraiment ses portes pour accueillir ceux et celles qui se tournent vers elle. Comment se met aujourd’hui réellement en œuvre l’annonce des Actes des Apôtres (14, 27) : « Dieu ouvre aux païens la porte de la foi » ?

+ André cardinal Vingt-Trois,
archevêque de Paris.

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