Intervention du cardinal André Vingt-Trois lors du lancement de l’année pastorale 2015-2016

Cathédrale Notre-Dame de Paris – Samedi 19 septembre 2015

Les membres des conseils pastoraux des paroisses de Paris étaient rassemblés à Notre-Dame de Paris. Le cardinal Vingt-Trois a présenté les grands axes de la Mission 2015-2018.

- Accéder au dossier Mission 2015-2018.

Chers Frères et Sœurs, chers amis,

Depuis quelques années, cette rencontre du début de l’année pastorale est devenue une tradition heureuse. La rencontre des représentants des conseils pastoraux est un moment important de la vie du diocèse, mais elle est aussi, je l’espère, un moment important de la mission de chaque conseil pastoral, une occasion de sentir que chacune de vos communautés est en communion avec toutes les autres. C’est aussi, pour moi, une occasion privilégiée de m’adresser à vous, de vous partager quelques préoccupations et de vous proposer des axes d’action. Tout à l’heure, Mgr Beau a brièvement retracé les grandes étapes de la vie missionnaire de notre diocèse au cours des années écoulées. Je voudrais maintenant vous indiquer quelques pistes d’action pour prolonger le chemin parcouru, dont l’Avent 2014 a été un moment important.

1. La mission est une histoire.

Elle est une histoire parce qu’elle s’inscrit dans le temps, et le temps long. Dans ce temps d’accélération technologique, nous sommes souvent sollicités par la réaction immédiate ou par les propos instantanés des réseaux sociaux. Mais l’histoire d’une personne humaine ne se décide pas en une minute, moins encore l’histoire des peuples et des nations. Nous chrétiens, sommes formés à ce sens de l’histoire humaine par notre tradition biblique qui nous inscrit dans le temps long depuis la création originelle jusqu’à la fin des temps. Nous portons dans notre mémoire spirituelle collective l’épopée d’Abraham, celle de Moïse, celle de David et enfin celle du Christ et de son Église. Nous savons que Dieu a fondé l’Alliance et l’a rétablie en prenant le temps de la patience et de la persévérance. C’est pourquoi la mission de l’Église ne peut pas se réduire à des réactions immédiates et sans lendemain. Au contraire, elle doit aider nos contemporains à retrouver, à travers les émiettements de leur existence, le sens de la durée et de la responsabilité dans le temps.

C’est pour favoriser cet enracinement dans la durée que, depuis dix ans, je me suis efforcé de vous proposer des programmes d’action pluriannuels et de réfléchir les objectifs de vos communautés dans ce cadre. Cette année, je vous propose de prolonger l’action des dernières années par un programme de mission de trois ans : 2015-2018. Ces trois années comporteront trois pistes d’engagement missionnaire parmi lesquels vous choisirez celui ou ceux qui correspondent le mieux à l’histoire de votre communauté, à sa situation actuelle et aux besoins des hommes et des femmes de vos quartiers. Ces trois pistes ne sont pas exclusives les unes des autres, mais elles doivent aider à faire apparaître des priorités. Elles peuvent s’exprimer par trois verbes : ANNONCER, PARTAGER, TRANSMETTRE. Ce sera notre moyen de nous mettre en « état permanent de mission », comme nous y invite le Pape François.

• Il s’agit pour nous de partager les richesses que nous avons reçues, richesses personnelles reçues de nos familles, de notre éducation et des expériences de notre vie, mais aussi richesses collectives que représente le fait de vivre dans un pays développé, démocratique et en paix depuis plusieurs décennies. Face à ces richesses, nous ne pouvons pas fermer les yeux sur celles et ceux qui en sont privés : enfants et jeunes peu ou mal éduqués, marginaux de la prospérité générale, réfugiés et migrants des pays de misère et de guerre. Je sais que dans beaucoup de paroisses des initiatives sont prises depuis des années pour vivre concrètement ce partage, que ce soit par des centres éducatifs ou des patronages, que ce soit par l’accueil des « sans abri » par « Hiver-Solidaire », que ce soit par « Août Secours Alimentaire » et bien d’autres initiatives. Non seulement il nous faut assurer la pérennité de ces actions, mais encore, et surtout, il faut y associer le plus possible de nos paroissiens, les appeler avec persévérance et faire travailler notre imagination pour définir des services accessibles au plus grand nombre. Ce n’est pas seulement une question de générosité. Nous avons conscience que c’est l’enjeu de notre foi qui est en cause car les pauvres nous évangélisent.

• Il s’agit pour nous de transmettre car, nous le savons bien, notre société souffre d’une carence de la transmission. Peut-être est-elle parvenue à une certaine transmission technologique, mais combien de parents et de grands-parents se désolent de voir leurs enfants affronter l’existence humaine comme s’il n’y avait plus aucun critère de jugement pour conduire sa vie. Nous pouvons, certes, imputer cette carence à un défaut structurel de notre culture ou à l’influence des médias ou des réseaux sociaux. Mais nous devons sérieusement nous demander si la première cause de cette carence n’est pas notre propre difficulté à reconnaître, à formuler et à proposer les fondements de notre vie. Finalement sommes-nous convaincus que toutes les conceptions ne se valent pas, que toutes les conduites ne sont pas légitimes et que la tolérance n’est pas l’indifférence ? C’est ici que la responsabilité éducative dépasse les possibilités de chacun et passe par des médiations communes. Au cours des siècles, l’Église a souvent été à l’initiative de grandes actions éducatives. Elle poursuit cette mission à travers l’enseignement catholique comme à travers les aumôneries et les propositions diverses faites aux enfants, aux adolescents et aux jeunes professionnels. Ces initiatives, nous le savons, ne peuvent pas se développer sans l’engagement persévérant d’adultes référents. L’ouverture de Notre-Dame de l’Ouÿe que nous préparons depuis plusieurs années marquera l’engagement du diocèse dans cette mission éducative.

• Il s’agit pour nous d’annoncer. À moins de se résigner à n’être qu’une société philanthropique de plus ou une gardienne de la morale sociale et de la bien-pensance, notre Église doit annoncer clairement à quelle source elle puise son énergie : le Christ-Ressuscité. À force d’avoir intériorisé les critères d’une sécularisation de la culture, nous risquons de ne plus voir comment la profession de foi au Christ transforme la manière de comprendre la vie humaine et représente une espérance pour tout homme. Notre mission de l’Avent 2014 nous a permis de mieux mesurer de quel trésor nous sommes dépositaires et comptables devant nos concitoyens. Elle nous a certainement décomplexés dans notre identité chrétienne et encouragés à ne pas la cacher. La mission chrétienne ne peut jamais se laisser identifier à un prosélytisme. C’est à la liberté humaine qu’elle s’adresse. On ne peut pas davantage accepter de vivre son appartenance au Christ dans le mutisme du respect humain ou le silence de la honte.

2. Une mission dans l’actualité.

Notre engagement dans la mission 2015-2018 va commencer en répondant à l’appel du Pape François pour l’Année Sainte de la Miséricorde. L’année sainte est une longue tradition biblique de l’année jubilaire. Elle est reprise comme une annonce particulière par Jésus lui-même dans la synagogue de Nazareth : « Le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. » (Luc 4) L’année sainte que nous allons vivre ne constitue donc pas un élément étranger qui serait surajouté à la mission permanente de l’Église que nous allons mettre en œuvre par la mission 2015-2018. Elle en est plutôt une expression concentrée. Le Dieu que nous voulons annoncer et dont nous témoignons, est « riche en miséricorde » et le Pape a voulu mettre en évidence de façon pratique cette conviction profonde.

Notre participation à l’année de la Miséricorde doit manifester cette tendresse de Dieu pour le monde. Elle comporte deux volets indissociables :
• Les chemins de la conversion. Parce que nous sommes convaincus que Dieu est miséricorde, nous passerons la porte de l’année sainte dans la certitude qu’Il est prêt à accueillir les pécheurs et à les rétablir dans la plénitude de son amour, pourvu qu’ils reconnaissent leur péché et qu’ils se convertissent. Pour entreprendre cette démarche de conversion, nous sommes invités à nous faire « pèlerins du pardon » pour quitter nos mauvaises habitudes et nous mettre en route vers la paix de la réconciliation en nous confessant. Ce pèlerinage peut se faire sans grande difficulté dans les églises que j’ai désignées. Il peut être un pèlerinage individuel, un pèlerinage familial ou un pèlerinage paroissial. Le diocèse lui-même organisera un pèlerinage à Rome. Ne laissons pas passer cette chance d’un nouveau départ sans en tirer parti !

• Les œuvres de miséricorde. Renouvelés dans la foi et la charité, nous sommes invités à annoncer la miséricorde dont nous bénéficions non seulement en paroles mais aussi en actes. Chacune de nos communautés est donc appelée à poursuivre et développer les initiatives de solidarité et de miséricorde de telle façon que nous mettions en pratique ce que nous dit le Pape François : « Là où il y a des chrétiens, quiconque doit pouvoir trouver une oasis de miséricorde. » Permettez-moi de relever quelques points d’application :

-  Devenir de plus en plus attentifs aux cris des pauvres. Créer des espaces de fraternité et de convivialité, améliorer l’accueil des paroisses, rechercher les pauvretés cachées sur notre territoire, etc.
-  Vérifier comment nous traitons les plus fragiles au sein de nos communautés paroissiales. Quelle place leur préparons-nous pour qu’ils puissent vraiment participer à la vie de la communauté paroissiale.
-  Développer les moyens pratiques du partage. En répondant à l’appel du Pape, « puisse le Carême de cette année jubilaire être vécu plus intensément comme un temps fort pour célébrer et expérimenter la miséricorde de Dieu. » Pour cela le partage est préalable à tout le reste.

Sur ces points, et sur d’autres encore, le vicariat diocésain à la solidarité vous apportera son aide.

L’actualité nous invite aussi à un examen de conscience. Par son encyclique Laudato si, le Pape nous introduit dans une vision globale de la responsabilité humaine à l’égard de la planète, notre responsabilité à l’égard de la « maison commune ». La vision chrétienne de l’écologie n’est pas celle de l’agressivité ou de la culpabilisation. Elle est celle de la responsabilité qui inclut non seulement le réchauffement climatique, auquel nous serons sensibilisés par la COP21, mais encore et surtout notre responsabilité pour une plus grande justice entre les peuples et les nations, et une plus grande équité dans l’usage des biens de ce monde.

Nous ne pouvons pas assumer cette responsabilité sans nous interroger sur nos mœurs et nos habitudes de consommation. Les chrétiens ne doivent-ils pas assumer une longue tradition d’ascèse qui les appelle à soumettre leurs désirs de posséder et de consommer à l’empire de la raison et de la modération ? Pouvons-nous imaginer que l’Europe développée pourra rester une oasis de prospérité au milieu de la misère du monde ? Nous proposons à ceux qui le souhaitent un guide de lecture et de mise en pratique de l’encyclique.

Enfin, l’actualité est dominée ces temps-ci par l’accueil des réfugiés. Pour nous chrétiens, l’accueil de l’étranger et du migrant n’est pas une découverte faite en 2015. Depuis des décennies de nombreux chrétiens se mobilisent pour travailler à cet accueil, soit dans les grandes organisations comme le Secours Catholique ou l’Ordre de Malte, soit par des initiatives particulières qui sont moins connues. En tout cas, l’afflux actuel des réfugiés des pays du Moyen-Orient, de certains pays d’Afrique ou d’Asie draine les victimes de divers groupes terroristes ou de gouvernements sanguinaires. Le Pape nous a récemment appelés une nouvelle fois à vivre l’accueil inconditionnel de ces pauvres. Comme il s’agit d’une migration qui durera un certain temps, nous devons mettre en place des moyens durables de les accueillir au-delà de l’émotion médiatique. C’est pourquoi j’ai demandé aux paroisses de se concerter avec le vicariat diocésain pour la solidarité afin de profiter de toutes les initiatives. Plusieurs dizaines de paroisses ont déjà commencé à se mobiliser, d’autres les suivront. Le 12 octobre, une rencontre diocésaine permettra de faire le point sur ces initiatives.

Voilà brièvement résumés les grands axes de notre action missionnaire pour l’année à venir et les deux suivantes. Comme je l’ai dit depuis plusieurs années, les conseils pastoraux doivent être les acteurs décidés de cette action missionnaire comme beaucoup l’ont fait pour l’Avent 2014. À travers ces actions, la dimension missionnaire de la tâche du conseil pastoral se développe et met en œuvre ses méthodes de travail et de discernement. Comme ils l’ont fait dans les années écoulées, les Vicaires Généraux se tiendront à votre disposition pour faire le point sur cette mise en œuvre et vous proposeront régulièrement leur aide pour progresser dans cette voie. L’objectif ultime n’est pas de faire peser sur vos épaules un fardeau supplémentaire mais d’élargir continuellement le cercle des paroissiens qui prennent leur part de la mission de l’Église.

Confions notre mission à l’intercession de la Vierge Marie, patronne de notre diocèse et nous avançons sans crainte. Dieu ne nous demande pas l’impossible, mais il nous demande de faire tout ce que nous pouvons pour que son amour pour l’humanité trouve son expression concrète et tangible en notre temps et dans notre ville de Paris.

+André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris

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