Interview de Mgr André Vingt-Trois : “Les chrétiens doivent avancer au large”

Le Pèlerin – 24 février 2005

Le futur archevêque de Paris, âgé de 62 ans, qui sera installé à Notre-Dame le 5 mars, explique à Pèlerin dans quel esprit il succède au cardinal Lustiger.

Nommé le 11 février archevêque de Paris, avez-vous déjà des projets pastoraux pour votre nouveau diocèse ?

Bien sûr. Mais sachez que je me situe dans l’élan que le cardinal Lustiger a su insuffler à l’Église parisienne et qui s’est notamment traduit par la grande mobilisation des chrétiens de la capitale à la Toussaint 2004. Aller au devant des autres, si loin soient-ils de l’Église, et leur annoncer l’Évangile dans une démarche missionnaire m’apparaît, en effet, comme une priorité pour les chrétiens. « Avance au large », nous dit le Christ...

Cette action des chrétiens. votre prédécesseur a su la médiatiser en créant notamment Radio Notre Dame ou la chaîne de télé KTO. Poursuivrez-vous son action en ce sens ?

Oui, car aujourd’hui, ce qui n’est pas médiatisé n’existe guère aux yeux du plus grand nombre. On peut le regretter, mais il en est ainsi dans notre société où il faut souvent créer l’événement pour faire passer un message. Cela dit, toute parole, si médiatisée soit-elle, n’a de portée que si elle s’appuie sur une expérience. Ainsi est-ce d’abord le témoignage de vie des chrétiens, l’exemple de solidarité et de justice qu’ils donnent dans leur existence quotidienne qui suscite l’intérêt des autres hommes pour la foi.

Vous venez de passer six ans à Tours. Que vous a apporté cette expérience ?

D’abord la découverte du monde rural, qui représentait une grande partie de mon diocèse de Tours. J’y ai décelé une formidable vitalité de la foi, j’y ai rencontré des chrétiens qui sont des points de repère dans un monde agricole en pleine mutation. En fait, durant toutes ces années en Touraine, j’ai enchaîné les visites pastorales avec un grand bonheur, car elles m’ont permis, à travers les rencontres d’élus, de chefs d’entreprise, de chrétiens engagés, de mieux comprendre la vie des hommes de cette région. Je sais déjà qu’à Paris, où je serai souvent requis par d’autres tâches, ce contact humain sera plus difficile à développer.

Vous arrivez dans la capitale en l’année 2005, qui marque le centenaire de la loi sur la séparation des Églises et de l’État. Que vous inspire cet anniversaire ?

En France, c’est fou comme on aime les commémorations ! Je ne souhaite pas qu’on profite de celle-ci pour modifier la loi de 1905. Si ce texte a été promulgué dans un climat de grande tension, que l’Église a vécu comme une épreuve – être laïque sous-entendait ignorer la religion – les choses se sont, depuis, considérablement apaisées, notamment grâce à « l’union sacrée » qui a marqué les deux guerres mondiales. Les catholiques font partie d’une république, qui admet tout à fait leur religion et reconnaît leur apport à la société tout entière et à l’unité de la nation. Voilà un acquis du XXe siècle !

Archevêque de Paris, vous serez justement appelé à avoir de nombreux contacts avec les autorités de l’État...

Oui, et je m’efforcerai, dans mes relations avec elles, d’être bien plus qu’un interlocuteur institutionnel : un chrétien et un prêtre, qui respecte les fonctions mais qui rencontre aussi les hommes qui en sont chargés.

Propos recueillis par Benoît Fidelin.

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