Interview du cardinal André Vingt-Trois dans Panorama

Panorama – Février 2017

Interview réalisée par par François-Xavier Maigre et parue en février 2017.

Éclairer les consciences

L’idée que l’Église puisse donner des consignes de vote se nourrit de la représentation faussée que l’on se fait parfois de son fonctionnement, calqué sur celui d’un parti, avec une idéologie officielle. Le même malentendu sévit dans le domaine moral. L’essentiel n’est pas de savoir que l’Église définit une ligne, mais de quelle façon elle exerce sa mission pastorale, c’est-à-dire l’accompagnement des personnes. En politique, certains sont tentés d’imaginer une connivence entre le royaume de Dieu et celui de la terre. Il y a là une difficulté réelle : comment stimuler la réflexion de nos contemporains, sans tomber dans l’écueil de donner des consignes de vote ? C’est dans une dynamique d’éclairage et de formation que se situe l’Église.

La boussole du bien commun

Ce que le Christ nous dit de plus explicite, en matière politique, témoigne d’une autre approche : « Mon royaume n’est pas de ce monde. » Son message, c’est que la promesse du Salut ne dépend pas des organisations politiques. Ses disciples ne sont pas pour autant indifférents à la société qui les environne. Mais leur adhésion au Christ ne conditionne pas directement un modèle politique. Tout au long de l’histoire, des catholiques ont opté pour telle ou telle forme de régime, d’orientation politique… Il y a un peu plus d’un siècle, la Doctrine sociale de l’Église a mis en valeur l’angle sous lequel L’Église considère la politique, et selon quels critères. Le premier d’entre eux, c’est le bien commun.

Le Pape, la charité et nous

Fort de son expérience sud-américaine, le pape François a exprimé de façon très percutante le lien entre la profession de foi chrétienne et l’engagement au service des semblables, appelant tout chrétien à devenir un « disciple missionnaire ». Pour lui, la charité active ne peut s’exonérer d’une participation au dispositif politique de la société. Le pape Pie XI, au XXe siècle, disait : « la politique est une forme éminente de la charité, le champ de la plus vaste charité ». Le pape François reprend cette conviction en nous invitant à prendre conscience de la nécessaire solidarité humaine dans la responsabilité de la maison commune.

Des défis immenses…

Comment investir sur l’avenir, à travers l’éducation et le soutien des familles ? Comment proposer une économie qui ne repose pas uniquement sur le jeu financier, mais sur le travail ? Comment servir la justice sociale ? Si l’égalité parfaite est illusoire, la société doit permettre à chacun d’assumer son existence dans des conditions respectables. Et faire en sorte que les disparités naturelles ou culturelles ne deviennent pas facteurs de discrimination. L’identité nationale, enfin… On ne peut ignorer notre difficulté à identifier et à partager ce qui fait que nous sommes un pays, une culture, une nation... Comment renouer avec des symboles communs, au-delà de la simple adhésion à des valeurs théoriques ?

… et une espérance

Mon espérance, c’est de voir que le fond de la culture française semble avoir résisté au virus du « tout économique ». Nous redécouvrons qu’il y a des éléments constitutifs de l’existence humaine qui ne se réduisent pas à des indices boursiers. Ainsi, nous disposons d’une réserve de ressources, de mobilisation possible… Il faudrait parvenir à toucher ce réservoir de convictions pour écrire un avenir qui ne se satisfait pas seulement du taux de croissance et du pouvoir d’achat.

Recueilli par François-Xavier Maigre

Note : L’archevêque de Paris fait partie des évêques signataires de Retrouver le sens du politique (Bayard – Cerf – Mame), un texte essentiel publié cet automne.

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