« Je suis avec toi pour te sauver ! »

Édito d’avril par P. Benoît Aubert, vicaire épiscopal pour les jeunes adultes

Après un moment difficile à l’hôpital, il y a deux jours, je me suis plongé dans la Bible et j’ai goûté avec une grande joie cette parole du livre de Jérémie : « Jacob reviendra, il sera en sécurité, tranquille, sans personne qui l’inquiète, car je suis avec toi pour te sauver – oracle du Seigneur » (Jr 30, 10-11). Qu’il est bon de laisser raisonner en nous, particulièrement pendant ces temps difficiles, toutes ces promesses que Dieu fait à ses enfants et qu’Il nous dévoile dans les textes bibliques. « Je suis avec toi pour te sauver ». Je prie Dieu pour que tous nous fassions l’expérience de sa présence à nos côtés et de son salut. Je pense d’abord à ceux qui aujourd’hui peinent à s’adresser à Lui et qui parfois n’arrivent plus du tout à prier.

Une des conséquences du confinement est que nous ne pouvons plus célébrer les sacrements publiquement dans nos églises et nos chapelles. Beaucoup regrettent de ne plus avoir accès à l’Eucharistie, à la présence réelle de Jésus dans le Pain de l’Autel. Nous sommes tous dans l’espérance de nous retrouver le plus vite possible dans nos lieux de culte pour célébrer le Seigneur et faire l’expérience de sa présence eucharistique. Cependant, constamment habités par cette espérance, nous pouvons entendre, à travers ce manque, une invitation à rencontrer Dieu autrement et notamment à travers sa présence spirituelle. Etty Hillesum écrivait : « Un puits très profond est en moi. Et Dieu est dans ce puits. Parfois, j’arrive à Le rejoindre, le plus souvent la pierre et le sable le recouvrent : alors Dieu est enterré. Il faut à nouveau le déterrer » (Journal, 97). Profitons de ce temps de confinement pour dégager le puits qui est en chacun de nous et aller à la rencontre du Dieu vivant par la prière personnelle, le chapelet, la méditation de sa Parole…

Nous pouvons avoir du mal à entrer dans ces différentes formes de prière, parce qu’elles sont peut-être nouvelles pour nous, parce que nous sommes inquiets (voir angoissés) par la situation actuelle de pandémie, parce que notre rapport au temps est profondément transformé... Si cet appel à l’intériorité est personnel, il est aussi collectif. Alors pourquoi ne pas se tourner vers ceux qui sont confinés avec nous pour progresser ensemble dans cette vie intérieure, dans cette expérience de la présence de Jésus non pas seulement à nos côtés mais en nous ? Favorisons l’école de spiritualité à la maison !

Une jeune femme, vivant avec 4 membres de sa famille dans un tout petit espace, me demandait hier comment vivre Pâques. Je me suis permis de lui demander s’ils priaient tous ensemble. Elle m’a répondu positivement : ensemble, au même moment, mais chacun de son côté. Il y a un temps dédié à cela. Alors, voilà ce que fut ma proposition : célébrer Pâques d’un seul cœur, d’une seule voix, ensemble avec un rituel qu’ils auraient préparé un peu avant. Faire l’expérience de Dieu en eux et au milieu d’eux dans leur église « domestique ».

Nous venons de voir un chemin possible pour faire l’expérience de la présence de Dieu à nos côtés : Le rencontrer en nous, en développant notre intériorité. Comment aussi pouvons-nous faire l’expérience de son salut ?

Je vous propose cet exercice spirituel assez simple à mettre en place, peut-être plus difficile à tenir dans la durée. Nous savons que l’hymne des complies reprend les paroles du vieillard Syméon quand il se retrouve face à face avec l’enfant Jésus dans le Temple de Jérusalem : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël » (Lc 2, 29-32). L’exercice spirituel est le suivant : prendre un temps chaque jour pour se demander, après avoir supplié l’aide de l’Esprit Saint, quand ai-je fait l’expérience de Dieu dans les dernières vingt-quatre heures et quand ai-je été témoin de l’œuvre de salut de Dieu dans ma vie ou dans celle d’un de mes proches ? Et après un bon moment de silence, je reprends les paroles de Syméon, reconnaissant vis-à-vis de Dieu pour ce qu’Il ne cesse de faire dans chacune de nos vies, pour ce salut dont j’ai été le témoin.

Mardi, j’ai pu donner le sacrement des malades à un paroissien qui est en train de mourir. Je lui demande s’il souhaite prier pour quelqu’un ou pour quelque chose. Il me répond : « pour mon petit-fils qui est lourdement handicapé ». Ensuite, je lui demande s’il a un message pour sa femme, qui ne peut pas se déplacer à causes des mesures de sécurité dues au virus. Il me dit : « dites-lui que je l’aime ». En relisant ma journée, et plus particulièrement cette visite, j’ai été impressionné par l’attitude de cet homme qui est complètement tourné vers ceux qu’il aime plutôt que de penser à lui. Un tel témoignage est pour moi la marque du salut de Dieu qui est à l’œuvre dans le cœur de cet homme et j’en rends grâce à Dieu : « mes yeux ont vu le salut ».

En parlant de cette expérience de la présence de Dieu, de son salut et aussi de son amour – ce que le pape François appelle « les trois grandes vérités que nous avons tous besoin d’entendre sans cesse, encore et encore » (Christus Vivit, n°111) –, le saint père nous invite à invoquer l’Esprit Saint : « Invoque chaque jour l’Esprit Saint, pour qu’il renouvelle constamment en toi l’expérience de la grande nouvelle. Pourquoi ne pas le faire ? Tu ne perds rien et il peut changer ta vie, il peut l’éclairer et lui donner une meilleure direction » (Christus Vivit, n°131). Vivons cette expérience du kérygme, écoutons encore et encore les « trois grandes vérités » (Dieu est Amour – le Christ te sauve – Il vit), laissons-nous transformer et devenir meilleur.

P. Benoît Aubert
Vicaire épiscopal pour les jeunes adultes

© Yannick Boschat

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