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Juifs à Paris : une histoire sombre

La présence des Juifs à Paris remonte aux premiers siècles de notre ère. Avant la Révolution, les Juifs connaissent persécutions et expulsions. À partir de 1791, ils sont reconnus citoyens français.

Les Juifs se seraient installés à Paris dès les premiers siècles de notre ère. Mais la première mention de leur présence ne remonte qu’au VIe siècle, par l’historien et évêque Grégoire de Tours. Ce dernier raconte l’histoire du juif Priscus de Paris, que le roi Chilpéric voulait convertir au catholicisme. Priscus refusait et avait finalement été assassiné. L’histoire écrite des Juifs à Paris commence donc par un meurtre ; les pages qui suivent sont tout aussi sombres.

Expulsés

Sous le roi Dagobert (628-639), les Juifs sont sommés de se convertir ou de quitter Paris. À cette période, les Juifs vivent et commercent rive gauche, non loin de l’église St-Julien, et sur l’Île de la Cité ; l’actuelle rue de la Cité portera le nom de rue de la Juiverie, jusqu’en 1834. Sous Charlemagne (771-814), la condition des Juifs s’améliore. Mais leur liberté est limitée. Au tribunal, ils doivent prêter serment selon une formule humiliante, appelée « more judaico ». Sous les Capétiens, la situation des Juifs se dégrade à nouveau. En 1181, Philippe Auguste (1180-1223), fait saisir leurs biens ; en 1182, ils sont expulsés du royaume et leurs sy­nagogues transformées en églises. Cette décision inaugure une longue série d’expulsions et d’autori­sations de retour lorsque les finances du royaume en éprouvent le besoin. En 1394, les Juifs sont définitivement expulsés, sous la pression de la foule, contre laquelle Charles VI (1380-1422) ne peut s’opposer. Un prétexte est trouvé : une femme juive, mariée avec un Juif converti au christianisme ne veut pas faire baptiser son dernier fils.

Citoyens français

Au XVIIIe siècle, trois communautés se reconstituent peu à peu à Paris, elles sont tolérées en contrepartie d’un impôt spécial. La communauté de Juifs venant de Metz est la plus nombreuse ; elle s’installe dans les quartiers Saint-Martin et Saint-Denis. En 1778, ils ou­vrent un oratoire rue Brisemiche (4e) et un cimetière à Montrouge. Les enterrements doivent se faire la nuit. Une communauté juive portugaise s’installe dans les quartiers Saint-André et Saint-Germain. Ils obtiennent l’autorisation de la création d’un cimetière, dans l’actuelle rue de Flandre (19e). Une synagogue est ouverte rue des Boucheries (Faubourg Saint-Germain). Une troisième communauté vient d’Avignon, elle loge dans les mêmes quartiers que les Portugais. La Révolution française va transformer la situation des Juifs de France. Le 28 janvier 1790, les Juifs portugais, avignonnais et comtadins deviennent citoyens français. L’année suivante, tous les Juifs de France deviennent citoyens français. Les Juifs se montrent particulièrement patriotes et généreux, spécialement à l’heure où la guerre creuse les déficits.

Au début du XIXe siècle, Napoléon organise le culte israélite et le met sous contrôle. Le 17 mars 1808, il place l’admi­nistration du culte sous la res­ponsabilité d’un Consistoire central composé de laïcs et de rabbins. Ce Consistoire est re­layé par des consistoires régionaux, dont un à Paris.

Vers 1820, Paris compte 6 à 7 000 Juifs. Les notables habitent dans le Marais, mais aussi sur les boulevards. Les plus modestes, la majorité, vivent dans les quartiers de la Roquette et de Belleville. En 1857, le nombre de Juifs à Paris est évalué à 13 000. Quelques Juifs s’illustrent : les frères Péreire et James de Rothschild dans l’activité économique, Adolphe Crémieux et Achille Fould en politique, Michel Lévy dans l’édition… Sur le plan cultuel, on inaugure une nouvelle synagogue, ashkénaze, rue Notre-Dame de Nazareth (3e). Les séfarades ont un oratoire rue du Sentier, puis rue Lamartine. En 1867, la synagogue de la Victoire (9e) est construite, puis, la synagogue du 21 rue des Tournelles, dans le Marais.

Regain d’antisémitisme

En 1870, après la perte de l’Alsace et de la Lorraine, beaucoup de Juifs gagnent Paris. La population atteint 42 000 personnes en 1897. A la fin du XIXe siècle, des milliers de Juifs arrivent de Russie ; ils fuient les pogroms. Au début du XXe siècle, le pogrom de Kichinev (Moldavie) puis la révolution manquée de 1905 en Russie crée une nouvelle vague d’im­migration.

L’antisémitisme se développe. En 1886, Edouard Drumont publie La France juive, un pamphlet sur les Juifs. C’est dans ces années qu’éclate l’affaire Dreyfus. Un Juif qui assiste au cérémonial de dégradation du capitaine Dreyfus, dans la cour de l’École militaire, en sera bouleversé : Theodor Herzl. Il développera alors l’idée d’un territoire pour les Juifs.

Pendant la première guerre mondiale, les Juifs accomplissent leur devoir de citoyens. Cela n’empêche pas une nouvelle vague d’antisémitisme. La crise de 1929 et les scandales financiers donnent du grain à moudre aux ligues nationalistes. A la veille de la seconde guerre mondiale, on compte 200 000 Juifs à Paris.

La Shoah

En septembre 1939, les Juifs étrangers se portent massivement volontaires pour défendre la pa­trie. Après la défaite, la suite est connue : les Juifs sont arrêtés et déportés. Le 15 juillet 1942, 13 152 Juifs sont arrêtés à Paris, et emmenés au camp de Drancy ou vers le Vélodrome d’hiver (15e). Des Juifs prennent la route de l’exil ; certains décident toutefois de rester à Paris pour l’organisation du culte et la résistance.

Après la guerre, on ne compte plus que 50 000 Juifs à Paris ; à la fin des années 1950, ils seront 300 000. L’augmentation est due à une forte émigration de Juifs séfarades d’Afri­que du Nord. Ces derniers s’installent dans le Marais et cohabitent avec des Juifs dont les racines sont en Europe de l’Est. Ils s’installent aussi dans le Sentier et la Roquette où ils vivent avec des Juifs de l’ancien empire otto­man. A Belleville et Montmar­tre, se trouvent des Juifs d’Eu­rope centrale. Mais les Juifs sont aussi très éparpillés dans Paris.

La mémoire de la persécution s’affiche sur les murs de la capitale : plaques commémoratives, noms de rues… Régulièrement, des incidents et attentats ont lieu. Le 9 août 1982, un attentat rue des Rosiers fait six morts et vingt-deux blessés. Quatre jours plus tard, 200 000 personnes défilent en signe de protestation. • Bénédicte Hériard

Source : Roger Berg, Histoire des Juifs à Paris, Ed. du Cerf, 1997.
À lire : Dominique Jarassé, Guide du patrimoine juif parisien, Ed. Parigramme, 2003.

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