L’art contemporain et la foi : un dialogue difficile ?

P. N.-D. - L’Observatoire Foi et Culture des évêques de France propose un colloque, le samedi 7 décembre, sur le thème : « L’art contemporain et la foi : un dialogue difficile ? » Pouvez-vous retracer l’histoire de cette relation entre art et foi dans le temps ?

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Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers.
© Marc Taillebois, Sédicom Poitiers

Mgr Pascal Wintzer - Le christianisme est la religion de l’Incarnation ; en cela il s’inscrit en fidélité à Israël pour lequel Dieu s’est révélé dans son histoire. Depuis ses origines, l’image a exprimé la foi des chrétiens, les catacombes romaines nous transmettent les premières représentations des grandes figures et symboles de cette foi. La culture occidentale conte ce récit des relations entre le christianisme et les artistes. Par leurs commandes, les Églises chrétiennes ont dialogué avec les arts et les artistes, recevant des œuvres et de leurs auteurs des signes de Dieu et de sa présence, et appelant les artistes à prendre en compte les attentes spirituelles. L’Église n’est pas indifférente aux recherches des artistes, parce qu’elles ouvrent au spirituel auquel l’homme se sent appelé, parce que sa foi a besoin de créations artistiques pour s’exprimer et vivre.

P. N.-D. - En quoi l’évolution de notre société a-t-elle pu rendre plus difficile ce dialogue ?

Mgr P.W. - Dans la fidélité au chemin de la foi en l’Incarnation, ce sont avant tout des figures qui ont exprimé la foi chrétienne. Or, à partir de la fin du XIXe siècle, la figure a peu à peu disparu au profit de l’abstraction, voire de la défiguration. La plaie des deux guerres mondiales demeure vive et les horreurs dues aux régimes totalitaires ont conduit à douter de la capacité des hommes à agir justement, la crise écologique exacerbe ce sentiment. Au-delà des critères esthétiques – qu’est-ce que la beauté ? Qu’est-ce qui peut être regardé comme beau ? –, l’enjeu est celui de l’absence d’espérance portée par nombre d’œuvres contemporaines, l’humanité y semble incapable d’échapper au mal et à ses maux. Par ailleurs, nos sociétés semblent se contenter de conjoindre des réalités séparées les unes des autres, comme elles le font d’individus qui ne prennent plus pour références qu’eux-mêmes. Ainsi, les œuvres d’art qui étaient, dans le passé, l’objet de commandes, qui répondaient à des programmes et s’inscrivaient, parfois pour s’en démarquer, dans des traditions d’idées et d’esthétiques, deviennent des réalités qui n’ont pour référence qu’elles- mêmes. Ceci pose dès lors question à tout un courant de l’art contemporain, qui s’inscrit dans la logique de ce qu’affirmait Marcel Duchamp pour lequel c’est « le regardeur qui fait l’œuvre ».

P. N.-D. - Comment l’art et la foi peuvent-ils s’enrichir l’un l’autre ?

Mgr P. W. - La Réforme catholique, à la suite du concile de Trente, fut portée par les arts. Elle a glorifié la création et les créatures humaines. La splendeur du baroque appelle celui qui le contemple et qui s’en trouve environné, par exemple lorsqu’il entre dans l’église du Gesù à Rome, à découvrir plus grand et plus saint que son univers quotidien. Est-ce un mensonge ou bien un service rendu à cet homme ? • Propos recueillis par Anne-France Aussedat

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