L’Église
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À Paris

L’édito de Mgr Benoist de Sinety du 11 juin 2020

RCF – 11 juin 2020

Le 22 février 1992, sur l’île de Gorée au Sénégal, après s’être recueilli dans la maison des esclaves, Jean-Paul II évoque avec émotion ce cri des siècles, ce cri des Noirs, des esclaves…

Difficile aujourd’hui dans un contexte archi émotif de poser une parole, d’oser un silence, d’essayer une réflexion. Il y a ceux qui pensent que tout cela c’est de la propagande et qu’on exagère, voire qu’on donne raison à ceux qui crient le plus fort. Il y a ceux qui disent qu’il y en a marre d’être en permanence ramené à des actes commis il y a longtemps et dans lesquels ils ne se reconnaissent aucune responsabilité. Il y a ceux aussi qui voudraient profiter de la moindre étincelle pour allumer l’incendie dont ils pensent que surgira le monde nouveau auquel ils aspirent, par la violence et la colère. Il y a ceux aussi qui se sentent en permanence suspectés ou méprisés et qui réclament justice pour eux et pour leurs ancêtres.

Dans ce temps si paradoxal qu’est le nôtre où l’exigence de vérité se refuse souvent à tout débat et à toute complexité, il faut bien le reconnaître tristement : l’esclavage fut et demeure un mal qui a traversé et traverse encore des peuples de toutes langues, couleurs et religions. Pour nous, catholiques, la douleur consiste notamment en ce que l’Évangile n’ait pas constitué une barrière suffisante pour endiguer dans le cœur des baptisés cette tentation criminelle. Non, les chrétiens n’ont pas inventé l’esclavage, mais oui, certains et non des moindres, en furent les complices.

En venant sur l’île de Gorée, Jean Paul II ne cherchait pas à expliquer l’innommable ni, évidemment, à justifier l’inadmissible, mais à se mettre à l’écoute de ce cri du passé que poussent encore aujourd’hui tant d’hommes et de femmes, esclaves modernes, victimes quotidiennes d’un racisme qui, s’il ne connaît pas de frontière, désigne d’une manière particulière l’homme noir comme différent.

Ce n’est faire insulte à personne que de le reconnaître et je m’étonne que certains chrétiens s’en offusquent. Être à l’écoute des cris de détresse, même (et surtout) s’ils nous dérangent, n’est-ce pas la mission confiée par Dieu à ceux qu’il appelle à être en ce monde ses prophètes ? La Bible ne cesse de nous mettre en garde sur ce chemin de mort qui s’offre à nous en concurrence au chemin de vie qui nous paraît parfois moins attirant et davantage rocailleux.

Le refus de reconnaître l’autre comme un frère mais le voir comme un ennemi ou comme un danger, comme un esclave ou comme un inférieur, nous engage sur un chemin de mort. Et nul n’échappe à ce vertige de la tentation. Nul ne peut dire non plus qu’il n’y a jamais cédé d’une manière ou d’une autre. Mais nous savons aussi que si nous nous aventurons sur ce chemin de perdition il y a toujours la place du repentir et le moyen d’en revenir.

Sans doute est-il possible que, de cela, nous puissions donner aujourd’hui le témoignage humble et humilié dans la fureur des insultes et le vacarme des revendications. Pour qu’en réponse au cri de Gorée un autre se fasse entendre, un cri d’Espérance : "Ubi abundavit peccatum superabundavit gratia" ("là où le péché a abondé, la grâce, cela veut dire l’amour, a surabondé").

Source : https://rcf.fr/la-matinale/chretiens-etre-l-ecoute-des-cris-de-detresse

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