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L’édito de Mgr Benoist de Sinety du 24 septembre 2020

RCF – 24 septembre 2020

Le Père Benoist de Sinety rend hommage au grand homme de cinéma et de foi qu’était Michael Lonsdale décédé lundi à l’âge de 89 ans.

C’était un soir d’automne, en 2007, un grand concert avait été organisé sur le parvis d’une église pour permettre aux passants d’entrer dans la joie de la fête de la Toussaint célébrée le lendemain. Une foule assez nombreuse, jeune, se pressait autour du podium pendant que d’autres priaient, à l’intérieur. Derniers accords des guitares, la musique se tait : l’animateur annonce alors au micro l’arrivée d’un acteur immense, qui a tourné pour les plus grands réalisateurs, incarnés des personnages connus du monde entier. La pression monte dans la foule, les cris d’excitation commencent à s’élever. Et le nom est lâché : « Faites un accueil triomphal à Miiiiiichael Lonsdaaaaaale ! ».

Aussitôt les applaudissements et les hurlements d’enthousiasme s’élèvent : le seul fait que le nom ait une consonance américaine suffit à électriser. On s’attend à voir débouler à grand renfort de gestes de la main et de clins d’œil aguicheurs, une vedette d’Hollywood. Les unes se pâment, les autres n’en croient pas leurs oreilles : « une star US qui vient ici, c’est dingue », me glisse un jeune homme derrière moi. Je me contente de sourire car je vois déjà l’homme apparaitre. Le corps lourd, le pas discret et humble, le regard un peu au-delà, les cheveux un peu longs et l’écharpe en étole, le voici qui s’avance. Et… le silence se fait : stupéfaits, ils ne reconnaissent tous ces jeunes ni l’ancien méchant de James Bond, ni l’abbé du Nom de la rose. Ils voient un homme fatigué qui se présente à eux comme l’humble serviteur d’une parole qu’il vient servir et dont il n’est pas l’auteur. Ce soir-là il devait lire des textes du Cardinal Lustiger, mort quelques mois plus tôt. Ils l’écoutèrent sans très bien comprendre de qui était ce corps, debout sur la scène, d’où sortaient des mots, une voix, qui les remuaient au plus profond.

J’eu l’occasion à d’autres reprises de l’inviter à St Germain des prés pour dire encore des textes dans le cœur de l’église. L’assistance, davantage avertie, savait qui elle venait entendre mais l’émotion demeurait. Cette voix nous a aidé à prier, elle nous a aidé à croire, elle nous a fait ressentir l’intense amour du Créateur pour sa créature, l’immense beauté à laquelle il ne cesse de nous appeler. Il venait, dès qu’on le sollicitait, fatigué, passant indifférent aux mondanités dont parfois on l’entourait.

Longtemps, jadis, l’Église s’est méfiée des comédiens. On sait que les obsèques chrétiennes leur étaient interdites et qu’on les inhumait sans histoire et au plus vite. C’est que le comédien est celui qui transmet une parole qu’il a reçu d’un autre, au service d’un texte qu’il doit interpréter, incarner même dit-on souvent. Il est debout, devant l’assemblée, juché sur une tribune et il donne des mots qui veulent illuminer, voire bouleverser la vie de ceux qui les écoutent.

Et certains en tirent gloire, de manière si enfantine, peuplant les pages des magazines de leurs amours et de leurs dépenses. Ils pensent alors que leurs paroles valent autant que celles des auteurs qui les ont fait connaitre. Ils confondent ce qu’ils ont reçu avec ce qu’ils sont et rêvent d’être ce qu’ils ne sont pas. Le comédien véritable, comme Michael Lonsdale, ou comme Laurent Terzieff par exemple, est un homme qui s’efface, physiquement, au fur et à mesure que sa voix s’élève. Comme dans bien d’autres domaines d’ailleurs, comme dans tous en fait, il ne parvient à l’essence de son art qu’en acceptant de mourir à lui-même pour transmettre l’Essentiel. Nul doute que Frère Luc et les bienheureux moines de Tibhérine l’accueillent en ce Ciel vers lequel il a cheminé humblement et doucement.

Source : https://rcf.fr/la-matinale/viens-voir-le-comedien

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