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L’édito de Mgr de Sinety du 11 avril 2019

« La perte du sens moral s’excuse dans notre goût immodéré pour la comédie de boulevard, le narcissisme capricieux qui semble nous envahir n’est que le signe d’un humour bon enfant… » À écouter cette semaine : "Humour et poésie ". Mgr Benoist de Sinety, vicaire général, donne son regard sur l’actualité au micro de RCF.

Nous savons que l’humour peut épouser toute sorte d’adjectif : caustique, cynique, gras, franc, moqueur, bon enfant… Il est, peut-être, rassurant de constater que le regard que nous portons sur nous-même est à ce point flatteur que nous nous considérions comme un peuple drôle. Depuis Astérix, nous savons que nos voisins nous trouvent étranges dans nos comportements collectifs et nous renvoie cette image de peuple tour à tour, bagarreur, râleur, un peu poltron, assez orgueilleux, mais aussi bonne pâte, amoureux, inquiet d’être aimés et toujours généreux !

Au sujet de l’humour, nous étions davantage habitués à trouver nos voisins belges drôles, voire même nos meilleurs ennemis anglais. Et voilà que désormais nous nous trouvons à nous-mêmes plein de drôleries. Alors chiche, relevons le défi et imaginons qu’au lieu de cette vision tragique de nous-mêmes qui semble nous habiter de plus en plus, il y aurait une seule réalité qui tienne : tout n’est que blague !

Ainsi, les cris d’orfraie des dirigeants de Renault devant les sommes inouïes qu’ils ont autrefois votés pour leur ex-PDG aujourd’hui sous les verrous ne sont que la marque d’une légèreté joyeuse ! Ainsi la petite phrase du Ministre de l’Intérieur sur la complicité supposée des ONG et des passeurs de migrants n’est pas du tout racoleuse, il ne s’agit que d’une blague ! Ainsi les réflexions de Mme Morano sur le coût des mineurs non accompagnés ne sont que plaisanteries !

Tout devient alors plus simple : le mépris de classe relève de notre sens du caustique, la perte du sens moral s’excuse dans notre goût immodéré pour la comédie de boulevard, le narcissisme capricieux qui semble nous envahir n’est que le signe d’un humour bon-enfant…

En fait, rien n’est grave, rien n’est définitif : l’important n’est pas ce que l’on dit mais la manière dont on le dit. Le message est mineur, ce qui compte c’est la mise en forme. Il y aura toujours des bateleurs pour nous faire rire de tout et de tous, y compris en rendant acceptables les vitupérations des matamores. Car l’humour dilue tout, il rend présentable l’inexcusable, il rend sympathique même ce qui instinctivement nous rend méfiant. Il est souvent une façon de se tirer d’embarras sans se tirer d’affaire.

Et c’est là qu’apparait le grand défi du croyant : l’humour ne fait que nous tirer d’embarras, il ne règle rien. Il n’est qu’une question d’humeurs qui permettent à la vie de sembler moins austère, moins inquiétante lorsque tout ce qui en donnait le sens a été évacué. Nos sociétés s’y réfugient et l’érigent en valeur : faites-nous rire et rions de nous-mêmes !

Mais qu’advient-il alors de nos responsabilités, de nos projets et de nos ambitions ? L’humour ne construit rien, il ne crée rien. "La poésie ne peut se permettre l’humour" écrit Tahar Ben Jelloun dans son Eloge de l’amitié. Oui, la poésie, dans ce qu’elle est l’art de faire, de créer, est bien le champ qu’il nous faut investir si nous voulons encore annoncer au monde qu’il est appelé à être le lieu de la manifestation de Dieu, et à l’homme qu’il en est le réceptacle.

Chroniques De Mgr Benoist de Sinety sur RCF

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