« L’éducation est l’affaire de tous »

Paris Notre-Dame – Le séminaire École et République a présenté, jeudi 23 juin, lors de son colloque conclusif « Scénarios pour une nouvelle école », un nouvel indicateur de qualité des systèmes éducatifs. De quoi s’agit-il ?

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Gemma Serrano est co-directrice du département École et République du Collège des Bernardins.
© PAULINE QUILLON

Gemma Serrano – Cet indicatif, créé au bout de deux ans de travail, a pour originalité de ne pas seulement se fonder sur la performance. Il introduit aussi les critères d’efficience, d’équité et d’engagement des élèves et des professeurs. La France se retrouve ainsi au vingt-cinquième rang sur les trente-quatre pays de l’OCDE. Mais aucun pays ne peut prétendre à l’excellence dans tous les critères. La France, quant à elle, présente de bonnes performances en efficacité et efficience, mais des faiblesses en matière d’équité et d’engagement des élèves.

P. N.-D. – Pour redevenir une école d’excellence, quel devrait être le visage de l’école de demain ?

G. S. – Nous avons dégagé trois idées fortes. La première est que l’éducation est l’affaire de tous. Chaque acteur doit prendre sa part de responsabilité. Nous avons, par exemple, réfléchi à la régionalisation. Pour une évolution positive, il faudrait accentuer la décentralisation des collectivités territoriales ; par exemple, l’enseignement professionnel devrait être transféré en totalité aux régions. En outre, il est essentiel que les établissements retrouvent de l’autonomie, ne serait-ce que pour renforcer le leadership du chef d’établissement. L’autonomie rendrait aussi possible une vraie gestion du personnel, la création d’une équipe cohérente autour d’un projet d’établissement, la promotion de la liberté pédagogique. Nous plaidons aussi pour que les établissements soient évalués, et que les résultats soient publiés. La deuxième idée concerne la formation des maîtres. Ils devraient d’abord suivre une formation continue tout au long de leur carrière. Il devrait aussi y avoir des procédures de recrutement différenciées, pour ceux, par exemple, qui veulent se reconvertir. Enfin, nous souhaitons que le lien entre l’enseignement et la recherche ne soit pas rompu. La troisième idée, enfin, me semble essentielle : le numérique favorise l’unification de la mission éducative et déplace l’acte d’enseigner dans sa première compétence : apprendre à apprendre.

P. N.-D. – Vous ne craignez pas d’appauvrir la transmission, déjà mise à mal, par l’utilisation de cet outil ?

G. S. – Je crois que c’est un faux débat. Nous pouvons créer des espaces pour que l’élève s’approprie un savoir qui ne soit pas seulement délivré, sans que cela remette en cause la transmission. Nous devons opérer un déplacement profond de la culture de l’échec à l’école, en donnant à l’enseignant la possibilité de se mettre dans la position d’un accompagnateur, d’un ingénieur pédagogique, d’un guide qui accomplit la maïeutique de l’élève.

P. N.-D. – Quel impact auront vos conclusions ?

G. S. – Pour le moment, elles ont beaucoup été reprises dans la presse, et nous allons les envoyer aux politiques. J’espère qu’elles retiendront leur attention. Pendant les deux dernières années, une équipe internationale de vingt-cinq chercheurs s’est réunie une fois par mois, comprenant des Anglais, des Suisses, des Belges, des Finlandais et des Français. Nous avons invité des experts, des chefs d’établissements, des universitaires de diverses disciplines : sociologie, neurologie, théologie. C’est une recherche de grande qualité qui a été en permanence animée par le souci de l’humain. • Propos recueillis par Pauline Quillon

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