L’Église, au chevet de ceux qui « protègent les plus fragiles »

Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, a présidé, mardi 8 octobre, une messe à l’intention d’Anthony, Aurélia, Brice et Damien, les quatre victimes de l’attentat perpétré, jeudi 3 octobre, à la préfecture de police de Paris. Une manière, pour l’Église de Paris, de manifester son soutien aux familles endeuillées et forces de l’ordre travaillant actuellement dans un environnement tendu voire hostile.

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Messe pour les victimes de l’attentat à la Préfecture de Police
© Yannick Boschat

Le son, chaud mais grave, des cuivres résonne, ce mardi 8 octobre, dans les murs de St-Germain l’Auxerrois (1er). Il s’échappe de la Musique des gardiens de la paix installée dans le chœur de l’église accueillant depuis le 1er septembre les liturgies de la cathédrale Notre-Dame de Paris (4e). Le moment est solennel. Les visages sont sombres. Des forces de l’ordre, amis, familles, proches, assistent, ce mardi 8 octobre, aux alentours de 14h, à la messe de Requiem à l’intention d’Anthony, Aurélia, Brice et Damien, trois policiers et un agent administratif assassinés jeudi 3 octobre dans les locaux de la préfecture de police. « Nos cœurs sont transpercés. La France est bouleversée », lâche, en préambule, Mgr Michel Aupetit, qui préside la messe. « Si nous sommes ici, c’est pour célébrer le Christ et confier à Dieu ceux qui viennent de tomber ». Silence. « Les événements qui viennent de survenir et qui nous laissent sans voix nous mettent dans un état de sidération, commente-t-il pendant l’homélie.

Comment comprendre la haine qui peut s’emparer du cœur d’un homme et qui l’amène à tuer et à être prêt à se faire tuer lui-même ? » Une question partagée par un grand nombre de citoyens et de policiers. Policiers qui travaillent et évoluent actuellement dans un contexte tendu parfois même hostile. « Depuis novembre 2018, avec les manifestations des Gilets jaunes, les policiers nous disent qu’ils n’ont jamais senti autant de haine et de violence envers eux », explique ainsi le P. Denis Chautard, aumônier de Préfecture de Police de Paris – fonction créée par la préfecture de police en janvier 2016 à la suite des attentats du 13 novembre 2015. « Le climat actuel peut créer une dévalorisation de leur métier et du service qu’ils rendent à la nation », explique-t-il. La veille de l’attentat, la « Marche de la colère » réunissait près de 22 000 manifestants à Paris. « L’attaque du 3 octobre ajoute à ce climat de la suspicion entre les fonctionnaires », remarque-t-il.
Face à ce contexte, l’Église catholique se veut présente afin que « l’ensemble des fonctionnaires de police puisse savoir que des hommes d’Église, donc n’ayant aucun lien avec leur hiérarchie, sont prêts à écouter leur souffrance », explique Simon-Marcel Martinon en rappelant l’existence de l’association Police et humanisme [1] rattachée au St-Esprit (12e). Ce major de police âgé de 53 ans vient d’être ordonné diacre pour le diocèse de Paris. Il officiait, comme diacre, lors de cette messe de Requiem. Beaucoup d’émotion pour lui. Mais il le sait : l’office religieux est souvent le moment où les familles endeuillées sentent le soutien de l’Église à leur égard. D’où l’importance pour Mgr Aupetit de venir accueillir personnellement, au début de la messe, les proches des victimes ; de prendre le temps – de bénir les enfants, de consoler du regard, etc. – au moment de la communion. Le temps de la délicatesse. Délicatesse, aussi, des Sœurs du Dépôt. Deux d’entre elles s’échappent, discrètes et émues, à la fin de la messe. Venues ici pour « manifester leur solidarité dans ce moment de souffrance », elles confient prier tous les jours pour les policiers. C’est leur mission. Leur vocation.

Travailler avec les forces de l’ordre, les écouter, les accompagner. « Nous désirons faire en sorte que l’accompagnement spirituel permette aux personnes de trouver du sens à leur travail, de le vivre le mieux possible », explique le P. Chautard. Le prêtre annonce la création prochaine « à titre expérimental dans certains commissariats » de groupes de paroles à destination des policiers. À ceux-ci, Mgr Aupetit a, ce jour, rappelé : « ce que vous faites, c’est protéger les citoyens. C’est une belle tâche. Ce qui fait la noblesse de votre travail, c’est de protéger les plus faibles, les plus fragiles. » Et d’ajouter : « votre travail nous permet de sortir de la loi du plus fort et donc de la loi de la jungle. Merci. »

Isabelle Demangeat, @LaZaab

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