L’Église
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À Paris

L’Église et les migrants en France

P. N.-D. – Quel est le rôle de l’Église dans la pastorale des migrants ?

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Mgr Renauld de Dinechin, évêque auxiliaire de Paris, responsable de la Pastorale des migrants au sein de la Conférence des évêques de France.
© Yannick Boschat

Mgr Renauld de Dinechin – L’Église a la charge d’accompagner les catholiques venus de la migration. Sa responsabilité est de permettre que ces chrétiens puissent continuer leur chemin de foi en France. Soit ils se regroupent en communautés ethniques ou linguistiques. Soit ils prennent leur place dans les paroisses françaises de quartier. Une autre dimension du rôle de l’Église est la préoccupation des migrants en précarité, souci porté tant par des actions ouvertement confessionnelles que par des catholiques engagés au sein d’œuvres non confessionnelles.

P. N.-D. – Comment se positionner vis-à-vis des migrants catholiques et non catholiques ? Est-ce une occasion de conversion ?

Mgr R. de D. – Pour un chrétien, il est primordial d’avoir une solidarité avec un autre chrétien. C’est pourquoi des paroisses et des évêques se sont mobilisés ou ont pris la parole pour soutenir les chrétiens d’Orient. C’est très important. Reste que notre accueil est universel et nous avons à apprendre à accueillir chacun : tout homme est un frère en humanité. C’est ce que font toutes nos antennes du Secours catholique et les accueils paroissiaux : ils ne demandent pas les papiers ni l’identité religieuse pour accueillir quelqu’un au nom du Christ.

P. N.-D. – Le phénomène migratoire étant impressionnant, comment vous y prenez- vous concrètement ?

Mgr R. de D. – Admettons-le, c’est complexe. Tout homme généreux se trouve au cœur d’une tension. Tension aussi bien pour l’État que pour chaque citoyen. L’État a le droit et le devoir de réguler les flux migratoires en vue du bien commun de son pays. Or, simultanément, nous avons un appel de l’Évangile, pour ouvrir grand le cœur et ouvrir la porte pour le migrant en difficulté. Il n’y a donc pas de solution simple. C’est complexe pour l’homme politique, pour le pasteur d’une communauté, tout comme il est complexe pour le père de famille de savoir quand il faut ouvrir sa porte ou quand c’est l’heure de protéger sa famille et de fermer la porte. Les événements de l’été 2015 ont secoué les esprits, mais soyons clairs : les paroisses n’ont pas attendu cet été pour se bouger. Depuis des années, des paroisses ont pris des initiatives : on peut penser aux cafés pour les migrants, groupes d’alphabétisation, hébergement temporaire, vestiaire, etc.

P. N.-D. – Quel message nous est donné à travers ce phénomène migratoire massif ?

Mgr R. de D. – Le mouvement migratoire est important. Cela dit, il n’est pas constructif de voir des pays d’origine se vider de leurs forces vives, de même qu’il n’est pas possible aux pays européens d’accueillir tous ceux qui aimeraient y trouver un avenir meilleur. En revanche, nous ne pouvons nier que le mouvement migratoire s’est accéléré et que notre société d’un niveau de vie élevé doive consentir à bouger ; nous devons sortir de l’individualisme pour vivre des gestes collectifs d’accueil. C’est un appel à la conversion du cœur. Je constate que nos communautés paroissiales portent dans la prière ces événements. On porte les événements, on porte les réfugiés. L’Église est véritablement dans sa mission. Nous devons décrypter à travers les événements ce que Dieu nous dit : quelle est la parole que Dieu adresse à notre temps à travers ces événements tragiques et ces personnes ? • Propos recueillis par Ariane Rollier [1]

[1D’après une émission menée par Manuela Huyghes Despointes sur Radio Notre Dame.

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