« L’Église se doit d’être sur toutes les lignes de fracture »

De plus en plus d’initiatives au service de l’Évangile émergent actuellement sur la Toile, dans nos boîtes mails, téléphones… Quels sont les enjeux, les défis et les risques de ces propositions ? Les réponses du P. Éric Salobir, dominicain, fondateur et président du réseau de l’Ordre des prêcheurs pour les technologies, l’information et la communication (Optic technology).

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Le P. Éric Salobir, dominicain, est président du réseau de l’Ordre des prêcheurs pour les technologies, l’information et la communication (Optic technology) et consulteur auprès du dicastère de la communication du Saint-Siège.
© D.R.

Paris Notre-Dame – Récemment, le Vatican a sorti VatiVision, le « Netflix du Vatican » ainsi que le eRosary, un chapelet connecté. Il y a quelques années, vous avez créé, en France, une Retraite dans la ville, accessible par mail. Quel est l’enjeu de toutes ces initiatives ?

P. Éric Salobir – C’est l’annonce de la Bonne nouvelle ! L’enjeu est de toucher un public loin de l’Église et d’ouvrir de nouveaux services spirituels aux croyants. Depuis deux mille ans, l’évangélisation s’est inculturée en utilisant les technologies de l’époque. Il y a eu le vitrail, la presse écrite, puis la télévision… Aujourd’hui, le pape François fait partie du top 10 des personnes les plus suivies sur Twitter. Finalement, ce n’est pas si surprenant que cela que l’évangélisation investisse les espaces numériques…

P. N.-D. – Le chapelet connecté, eRosary, a pourtant reçu un accueil assez mitigé. Hacké dès les premiers jours de sa sortie, critiqué pour son coût et son objectif… Mêler technologie – pouvant être perçue comme un lieu d’aliénation de l’homme – et spirituel, peut paraître compliqué…

É. S. – Lorsque la messe, dans les années 1950, a commencé à être retransmise à la télévision, elle a été critiquée. Certains théologiens considéraient que cette nouvelle possibilité pouvait détourner des fidèles de se rendre à la messe. Peut-être que la tentative du chapelet connecté n’est pas aboutie. Mais si cela ne fonctionne pas, on en tirera les conclusions et on proposera une itération. Je crois qu’il faut arrêter de peaufiner nos produits et nos offres sans fin. À un moment, allons-y : « Go to market ! » La question fondamentale pour moi est de savoir si l’Église doit se tenir, ou non, sur les lieux de fracture, que nous pouvons appeler « frontières ». J’en suis persuadé. Et le numérique est un lieu de fracture.

P. N.-D. – Est-ce possible de se servir de la technologie sans tomber dans l’idolâtrie ?

É. S. – Une façon d’éviter tout asservissement est de retourner son utilisation, de proposer la technologie pour autre chose que ce pour quoi on l’imaginait. Comment les personnes se retirent-elles d’un quotidien violent, une rame de métro bondée par exemple ? Grâce à leur écran. Avec ces applications, ils ont le choix entre un jeu, un magazine ou une proposition spirituelle. Celle-ci envahit alors l’écran et fait « écran » contre toutes les autres tentations souvent chronophages. Nous utilisons donc un réflexe humain pour le profit de l’homme, pas contre lui. Une éducation à la vie numérique doit également être menée. Le téléphone doit et peut rester un outil. Il est toujours possible de « fermer la porte de sa chambre » (Mt 6, 6) en le mettant en mode avion, en désactivant les notifications… Il est important, à mon sens, de ne pas juger trop sévèrement ces initiatives. C’est aussi une question de génération. Nous sommes dans un moment où de plus en plus de jeunes cherchent de nouvelles façons de se constituer des communautés. Le numérique en est un. Ces liens peuvent être forts, faibles, certes. Mais tout ce qui crée du lien a ma bienveillance. Je ne voudrais pas que les catholiques ratent le virage numérique. C’est mon inquiétude.

Propos recueillis par Isabelle Demangeat @LaZaab

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