L’entretien du cardinal André Vingt-Trois du 29 janvier 2016

Nous avons une responsabilité collective dans la situation dramatique des migrants à Calais. Il faudrait des mesures d’ensemble. Retour sur le rassemblement des 6e et la retraite des prêtres de Paris à Tressaint.

L’entretien du cardinal André Vingt-Trois du 29 janvier 2016

Nous avons une responsabilité collective dans la situation dramatique des migrants à Calais. Il faudrait des mesures d’ensemble. Retour sur le rassemblement des 6e et la retraite des prêtres de Paris à Tressaint.

Extrait sur la situation des migrants à Calais

Radio Notre-Dame : Le premier sujet que vous avez voulu commenter est la violence à Calais. On a pu observer qu’il y avait eu des violences parmi les migrants qui connaissent une situation extrêmement difficile. Est-ce que vous avez quelque chose à dire sur le sujet ? Bernard Cazeneuve a dit que L’État agirait de manière extrêmement ferme…

Cardinal André Vingt-Trois : Il faut d’abord que nous prenions vraiment conscience de la situation dramatique de ces gens qui vivent à plusieurs milliers dans un bourbier. Ils sont soumis non seulement aux difficultés des conditions de vie mais aussi au chantage d’un certain nombre de réseaux qui les rançonnent pour tous les actes de la vie quotidienne. C’est quelque chose d’absolument inhumain et indigne. Ce n’est pas nouveau, cela fait des années que cela dure ; ce n’est pas lié à la crise de Syrie, cela existait déjà avant. Mais avec la crise de Syrie, évidemment, la situation s’est aggravée. On est dans une situation absolument aberrante puisque nous sommes situés dans l’ultime limite de la terre d’Europe, et donc c’est comme un cul de sac. Tous ceux qui veulent aller ailleurs viennent butter sur cette limite. Comme nous sommes pratiquement chargés de faire le contrôle aux frontières pour le compte de la Grande-Bretagne, nous sommes dans une situation impossible. Indépendamment des mesures que Monsieur Cazeneuve annonce concernant la sécurité des personnes et l’ordre public qui relèvent de sa responsabilité, il apparaît une responsabilité plus globale à l’égard des conditions de vie de ces gens qui vivent comme des bêtes.

RND : Comment, Monseigneur, a-t-on pu laisser s’installer une telle situation ? Il y a des hommes politiques qui se sont rendus sur place – je pense à Alain Juppé qui a dénoncé des situations illégales, des trafics, qu’on ne peut plus tolérer, un espace de non-droit – et vous dites : c’est une situation qui dure depuis longtemps. Alors qui est responsable ? Ce sont les politiques français ? Les services sociaux ? L’Union Européenne ? L’Angleterre ?

AVT : Tout le monde est responsable. Quand on vit une situation comme celle-là, on ne peut pas chercher un bouc émissaire sur qui faire peser le poids. On est tous responsables. Je sais qu’il y a des quantités de volontaires français, belges, néerlandais et anglais qui viennent pour se mettre au service de ces gens afin d’essayer d’adoucir un peu leur situation, de la rendre moins insupportable. Mais nous devons prendre conscience de notre responsabilité collective. L’Europe ne peut pas se contenter de dire « on va les répartir à droite et à gauche » et puis, on les retrouve tous dans un cul de sac où nous ne pouvons rien faire, sinon barricader pour éviter qu’ils se « répandent » sur le territoire. Là, je pense que nous avons une responsabilité grave.

RND : Qu’est-ce que vous dites Monseigneur, aux catholiques engagés dans l’action sociale ? Il y a des ONG qui étaient présentes à Calais, qui en sont parties et puis il y a tous ceux qui veulent faire quelque chose, il y a ceux qui font quelque chose sur place pour les migrants… est-ce qu’ils ont des perspectives, est-ce qu’ils peuvent agir d’une manière ou d’une autre ?

AVT : Tout ce qu’ils peuvent faire est toujours un apport appréciable et important. Quand des enfants vivent dans la boue et meurent de faim, si quelqu’un vient et leur apporte seulement un morceau de pain, c’est déjà quelque chose, c’est mieux que rien. Ce dévouement est admirable mais on voit bien qu’il n’est pas à la mesure de la détresse. C’est très bien de le faire mais il faudrait des mesures d’ensemble, plus profondes, plus grandes pour assumer une situation qui ne peut plus durer.

RND : Et là vous faites appel aux politiques ?

AVT : Je fais appel à tout le monde. Je sais que la municipalité de Calais est sur le front depuis des années et pratiquement sans pouvoir changer la situation. Cela demande un plan d’ensemble.

RND : Le fait que Calais soit l’épicentre de la question migratoire en France alors qu’on avait fermé Sangatte cela veut dire que l’on est face à une question… Est-ce qu’on est face à une question en fait insoluble ?

AVT : On est face à une question très difficile parce qu’on ne peut pas demander à des gens qui ont fui leur pays pour trouver la liberté de renoncer à aller où ils veulent. On peut toujours leur dire qu’ils se font des illusions, que la situation n’est pas ce qu’ils croient, tout ce que l’on veut, mais eux, leur idée, c’est celle-là… Alors, il faut arriver à les assumer et à faire quelque chose pour qu’ils puissent au moins être libérés des gangs qui les rançonnent.

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