« L’évêque est un contemplatif »

Après avoir été douze ans évêque auxiliaire de Paris, Mgr Jérôme Beau, nouvel archevêque de Bourges (Cher), sera installé le 23 septembre. Il revient, pour Paris Notre-Dame, sur le diocèse où il est né et qu’il a servi, comme prêtre, pendant trente ans.

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Mgr Jérôme Beau, nouvel archevêque de Bourges (Cher).
© Yannick Boschat

Paris Notre-Dame – Prêtre pendant 30 ans et évêque auxiliaire pendant douze ans… Vous devez avoir une image assez juste du diocèse de Paris. Quelle est-elle ?

Mgr Jérôme Beau – C’est un diocèse très varié mais où chacun peut exprimer sa personnalité. J’ai ainsi été témoin de la création du Séminaire de Paris, de la Faculté Notre-Dame, du Collège des Bernardins et de l’Association pour l’amitié (APA). J’ai vu combien prêtres, diacres et laïcs ont su, avec leurs conseils, développer un esprit missionnaire. On est passé d’une Église qui accueille à une Église qui annonce. Les communautés ont peu à peu appris à aller vers les autres. Cela s’est concrétisé par des temps forts de mission comme Toussaint 2004, Avent 2014 ou par la création d’associations comme l’APA.

P. N.- D. – Vous parlez d’un diocèse « très varié ». On peut avoir la sensation, à Paris, d’une communauté scindée en deux.

J. B. – La question centrale n’est pas de penser que l’ouest de Paris serait composé de grandes paroisses, et l’est, de petites. Je pense que chaque paroisse, dans son quartier, est appelée à s’interroger sur la place qu’elle donne au pauvre, à celui qui ne demande plus rien. Si cette attitude domine, alors l’unité du diocèse continuera à se construire. C’est toujours par la charité que l’unité se fait.

P.N.- D. – Vous avez été à la tête de l’Œuvre des Vocations et directeur, puis supérieur du Séminaire de Paris. Avez-vous noté une évolution dans la formation des séminaristes ?

J. B. – Oui, notamment dans l’exigence de la fraternité et la collaboration avec les laïcs. À travers la vie en maisons situées en paroisse, les séminaristes sont amenés, aujourd’hui, à admirer ce que font les laïcs. Et donc à mieux comprendre leur ministère de prêtre, à savoir : servir la communauté qui leur est confiée. Les laïcs ne sont pas les exécutifs du prêtre. Ils doivent discerner, avec les prêtres, sur la vie et l’avenir de la communauté ecclésiale. C’est tout l’objet du travail mené avec le cardinal André Vingt-Trois autour des conseils pastoraux.
Je pense qu’une partie du cléricalisme, critiqué aujourd’hui par le pape, vient de la tentation identitaire de notre époque. Dans l’Église, on peut parfois être tenté de se donner sa place dans la communauté au lieu de la recevoir.

P. N.-D. – Comment pourriez-vous résumer votre ministère de prêtre à Paris ?

J. B. – Je ne pense pas avoir été un « entraîneur ». J’ai essayé, je crois, de donner à chacun de pouvoir se réaliser dans sa vie personnelle et sa relation au Christ. L’évêque a la chance d’être un contemplatif. Il voit, d’une manière privilégiée – notamment par la lecture des lettres des confirmands, mais aussi dans la réalisation de projets comme La Maison de Marthe et Marie [1] – la manière dont l’Esprit Saint agit chez les autres et dans l’Église. Cela a été une vraie joie pour moi.
Je me dis aujourd’hui qu’il est temps de passer la « maison » à la génération suivante. Il faut lui donner la possibilité de continuer en faisant autrement. Généreuse, guidée par son amour de la paix et son sens de l’autre, elle a beaucoup à apporter.

Propos recueillis par Isabelle Demangeat

[1Colocation solidaire pour femmes enceintes en difficulté.

Article extrait de Paris Notre-Dame du 5 septembre 2018

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