L’histoire des divisions et la marche vers l’unité : les conciles de Constance et de Bâle (Père Jérôme Bascoul)

Sur le concile de Florence nous vous proposons une présentation historique de la période qui précède Florence depuis le grand schisme d’Occident qui aboutit à l’élection de trois papes concurrents et qui sera résolu par le concile de Constance (1414-1418). Ceci a mené au concile de Florence où le pape pourra faire prévaloir son autorité sur le concile, fort qu’il est d’avoir pu sceller une union d’Églises avec les Grecs qui durera une dizaine d’année, jusqu’à la chute de Constantinople en 1453. Cette histoire nous fait comprendre comment la Réforme initiée par Luther n’arrive pas comme un orage dans un ciel bleu.

Comme nous avons la conviction que l’élaboration d’un récit commun de l’histoire de nos divisions chrétiennes est indispensable pour avancer vers l’estime mutuelle, débarrassés des jugements tirés de l’histoire, nous proposons une présentation des conciles de Constance (1414-1418) et de Bâle (1431). Il n’y a pas d’histoire vraie ou fausse, mais la manière dont nous la présentons peut être instrumentalisée pour fortifier une position contre l’autre ; elle peut aussi servir à établir des ponts et permettre un examen plus serein des différences dogmatiques. Dans le cas des conciles de Constances et de Pise, nous y voyons pour notre Église occidentale les réponses possibles à la crise du lien entre la cité et l’Église, au moment ou les tensions de ce rapport, dans le cadre médiéval, se transforment. Nous faisons là allusion au régime de la féodalité et à la montée des États-nations. À Constance et à Bâle deux principes de légitimité en viennent à s’opposer : la primauté du pontife romain et la conciliarité dans le cadre du bon gouvernement de l’Église. Il nous apparaît aujourd’hui après le concile Vatican II, que les deux principes s’appellent et s’équilibrent, mais nous parlons après les séparations qui se sont faites avec la Réformation protestante. Mise en cause d’une part de la monarchie pontificale et contestation de la conciliarité comme négation du principe hiérarchique appartenant au dépôt de la foi d’autre part, nous nous souvenons que l’Église est bien à la jonction du don divin de la grâce et des conditions de sa réception dans le monde. La société parfaite qu’est l’Église doit comprendre que sa perfection réside dans les moyens de salut que Dieu lui confie, mais que c’est le régime de la perfectibilité, d’une sainteté toujours à recevoir par les pécheurs qui font la marche de l’histoire. C’est dans cet esprit que nous vous proposons cette présentation des concile de Constance et de Bâle et que nous poursuivrons ensuite par le concile de Florence de 1439.

Le grand schisme (1378-1417)
L’avènement de deux, puis de trois papes concurrents a pour cause la divergence des intérêts nationaux entre l’Empire et la France et le contrôle des moyens financiers de l’Église. Qui peut disposer des biens d’Église dans une nation donnée ? Le souverain ou le pape ? Et donc qui peut nommer aux offices auxquels sont attachés des revenus ? Cette question touche à la liberté de l’Église et à l’autonomie des nations. Le problème se complique puisque l’Église est aussi une puissance en ses États. Les États sont en concurrence entre eux et les jeux d’alliances qui se font et se défont ne permettent pas à l’Église de se situer au-dessus. L’Église est même au centre de ce jeu, ce qui n’aidera pas à distinguer son gouvernement spirituel de ses intérêts de puissance mondaine. Mais a contrario les empereurs germaniques, byzantins ou les rois assument aussi comme laïcs leurs responsabilités ecclésiales : convoquer ou participer aux conciles sans voter, réprimer l’hérésie au titre de bras séculier… L’Empire et les nations contestent l’absolutisme pontifical. Le collège des cardinaux va se diviser selon les origines nationales et les alliances politiques. À la mort de Grégoire XI, il y a six cardinaux français à Avignon et seize à Rome (onze français, quatre italiens et un espagnol). L’élection d’Urbain VI à Rome emporte dans un premier temps le consentement de tous, mais son intransigeance va susciter le remords du collège qui l’a élu et qui va désigner Robert de Genève qui prend le nom de Clément VII ; l’Europe occidentale se partage entre les deux obédiences et la création de cardinaux s’emballe.

Le règlement du schisme aux dépens du pouvoir du pape
Qui peut déposer un pape hérétique, ou criminel ? Un concile, mais, dans ce cas, qui peut le convoquer ? Est-ce le pape associé au corps des cardinaux qui détient le pouvoir suprême dans l’Église ? Face à la concurrence d’obédiences pontificales, le concile général peut alors être vu comme ayant l’autorité suprême dans l’Église. À l’occasion de cette crise de la chrétienté occidentale, l’idée va faire son chemin que c’est l’ensemble des fidèles corps du Christ qui est représentée par l’assemblée conciliaire. Le pape est une tête secondaire, la preuve en est que quand le siège de Pierre est vacant, l’Église continue d’exister. L’université de Paris pose alors la question : qui peut convoquer le concile puisque ce pouvoir appartient au seul pape ? Face à une situation d’exception, on applique le principe de d’épikie, c’est-à-dire l’interprétation de la loi à la lumière des circonstances extraordinaires pour viser l’ordre de justice. Selon le docteur en Sorbonne, Henri de Langenstein : « Un concile général doit être célébré sans l’autorité du pape (…) pour traiter du bien commun du corps entier de l’Église » .

Le concile de Pise
En 1409, des cardinaux d’Avignon de l’obédience de Pierre de Luna (Benoît XIII) et ceux d’Ange Correr (le futur Grégoire XII) veulent tenter de résoudre la crise par voie de discussion puisque la voie de fait, l’élimination d’un des prétendants par l’autre, a échoué. C’est l’Université de Paris qui promeut la tenue d’un concile général, et elle qui proposait aussi la voie de cession, consistant à obtenir l’abdication simultannée et un nouveau conclave. Les deux papes refusèrent cette assemblée qui les déclarait schismatiques et se considérait comme dépositaire de leur autorité. L’assemblée établit le fait que tout chrétien peut convoquer un concile, comme le font les empereurs et que les cardinaux, électeurs du pape, ne se substituent pas au concile.

La voie conciliariste à Pise
Comment déposer Benoît XIII en Avignon et Grégoire XII de Rome, régulièrement élus par leurs collèges de cardinaux qui étaient d’accord pour leur imposer le renoncement à la tiare ? On leur coupe les finances. On peut les déclarer hérétiques et schismatiques pour les déposer d’autorité. Qu’ils soient présent ou pas, on pouvait se passer de les entendre et les déclarer contumaces. Les deux collèges cardinalices concurrents s’étaient discrédités pour juger les pontifes, alors, selon les idées de deux théologiens de l’Université de Paris, Henri de Langestein et Conrad de Gelnhausen, c’était donc le concile général qui pouvait réduire le scandale.

Le concile représentant l’ensemble des fidèles s’était réuni sur la promesse préalable que les papes voulaient mettre fin au schisme, et s’y engageaient. Il n’y avait donc pas de soustraction d’obédience à l’un ou l’autre pape, puisque l’assemblée voulait ce que voulaient les papes. Après avoir formellement déposé les deux papes, le concile confia aux cardinaux le soin de procéder à l’élection du nouveau qui reçut les deux tiers des voix des deux obédiences. Ce fut Pierre Vilargès, dit Pierre de Candie, qui prit le nom d’Alexandre V en Avignon. Il pacifia la situation et la confusion, il avait pris l’engagement de procéder à la réforme de l’Église, notamment par la convocation d’un nouveau concile. Jean XXIII (Balthazar Cossa) succède à Alexandre V qui meurt en 1410.

Mise en cause de l’absolutisme pontifical
Le cardinal François Zarabella, créé par Jean XXIII, canoniste, expose dans son ouvrage Du schisme, les idées conciliaristes. L’Église est « l’universitas fidelium en qui réside le pouvoir suprême détenu par le pape comme ministre principal » . Cela signifie que ce pouvoir n’est pas absolu et discrétionnaire. Le pouvoir s’exerce au bénéfice des fidèles qui peuvent s’ériger en juge au moyen de la convocation d’un concile. Les papes sont aussi les dispensateurs des bénéfices et non leurs propriétaires, sinon ils tombent sous le coup de la simonie. C’est d’ailleurs toujours ce que signifiera l’accusation portée contre eux, mais, dans ce domaine, les conciles de Pise, Constance et Bâle voudront toujours exercer à leur profit le droit (collation des bénéfices et perception des annates) qu’ils dénient au pape.

Le concile de Constance
C’est l’empereur Sigismond de Hongrie ou de Bohème qui fut moteur dans la convocation du concile de Constance. Jean XXIII se place sous la protection de l’empereur Sigismond, son ancien adversaire politique. En échange de sa reconnaissance comme pape légitime, il doit accéder au souhait impérial de convoquer un concile général en terre d’empire. Le schisme n’était pas résorbé, puisque les deux papes déposés à Pise gardaient leurs soutiens politiques. Une partie de l’assemblée veut la démission de Jean XXIII, qui s’échappe du concile en mars 1415, déguisé en religieux, et va entraîner sa mise en accusation par l’assemblée. Le concile négocie avec les partisans des deux papes déposés et procède à l’élection de Martin V (Colonna).

Le plus célèbre antipape
Jean XXIII est considéré comme antipape. En 1958 le cardinal Roncalli en assumant ce nom prend position par rapport à Balthazar Cossa et au concile de Constance.

L’objectif du concile
Constance s’assigne comme objectif de « réformer l’Église dans sa tête et dans ses membres ». Selon l’expression usuelle, le concile poursuivait trois voies : la cessation du schisme, l’extirpation de l’hérésie et la réforme de l’Église. Dans ces trois voies, le concile va affirmer sa supériorité sur le pape, mais il ne le fait pas contre lui, puisqu’il s’agit de sortir d’une situation inextricable, dont la papauté ne peut se sortir par elle-même.

Le modus operendi du concile
Le concile de Constance n’est pas une machine à approuver les décisions pontificales comme aux temps des grands conciles généraux d’Occident. Le règlement du concile institute des comités qui coordonnent le travail des nations, ils font des propositions qu’ils soumettent au plenum qui est l’assemblée des nations. Le comité de présidence, dont le rôle consiste à vérifier la cohérence des décisions prises par les nations, pouvait leur adresser des propositions, il y a aussi le comité pour la réforme et le comité pour les questions de foi. Le lieu de discussion et de décision est la nation, celle-ci est composée de prélats, de théologiens, chanoines capitulaires et de curés. Les décisions sont votées par nations et non par tête. Il y a la nation française, allemande (pays germaniques, Pologne, Hongrie, Bohême, Moravie…), espagnole et anglaise. C’est là une des innovations de Constance qui permet aux yeux des pères de ne pas permettre la vénalité des votes. Le concile n’est pas un concile d’évêques, il faut compter les cardinaux issus de collèges concurrents, les évêques, les prêtres et religieux. Souvent c’est leur qualité d’universitaires qui les accrédite. Les laïcs en sont exclus, mais l’évêque Guillaume Fillâtre, représentant la Bourgogne, est partisan de leur accorder un droit de vote. À Constance l’assemblée plénière n’est que le lieu de communication des décisions qui procèdent du vote des différentes nations.

L’affirmation de la supériorité du concile sur le pape
Les premières sessions n’ont pas d’enjeu particulier, la 1ère est ouverte par Jean XXIII qui s’inscrit dans la suite du concile de Pise et dans la volonté du défunt pape Alexandre V. À la 2e session Jean XXIII offre sa démission au concile. L’arrivée des participants s’étale dans le temps, celle de l’empereur permet le véritable démarrage qui provoquera la fuite de Jean XXIII, le 20 mars 1415, déguisé en moine, et qui, de Schaffhouse, va s’employer à faire dissoudre le concile. Lors de la 3e session du 26 mars, le concile, avec le soutien de l’empereur, maintient l’assemblée malgré l’absence du pape, car il tient son pouvoir du Christ. Il peut donc dans les trois domaines, du schisme, de l’hérésie et de la réforme, agir, même contre le pape, avec l’autorité du Christ. Il le confirme dans 5e session du 6 avril 1415 où il affirme : « En vue de rechercher plus facilement, plus sûrement, plus abondamment et plus librement l’union et la réforme de l’Église de Dieu. Tout d’abord ce même synode, légitimement assemblé dans l’Esprit Saint, existant comme concile général et représentant l’Église catholique militant, tient son pouvoir immédiatement du Christ, tous (…) (de dignité) fut elle papale, sont tenus de lui obéir. » La 5e session du 6 avril 1415 affirme que l’autorité de l’Église ne repose ni sur le pape ni sur le collège des cardinaux mais sur l’aggregatio fidelium dont les Nations sont l’expression .

Condamnation des articles de John Wycliff
John Wycliff (1331-1384) est un théologien de l’Université d’Oxford. Le concile le décrète hérétique et ordonne son exhumation et sa crémation à l’issue de la 8e session du 4 mai 1415. Le concile de Constance condamne quarante-cinq de ses propositions. Ses condamnations sont reprises par des bulles pontificales. Wycliff, et par suite Jean Hus, sont de véritables précurseurs des idées que Luther saura faire aboutir en un mouvement durable, le Protestantisme. Ainsi Wycliff développe sa conception d’une Église de prédestinés que Dieu connaît, mais que l’Église institutionnelle ne représente pas. Celle-ci ne peut que manifester la grâce mais non la donner ; il nie la transsubstantiation : pour lui, les matières du pain et du vin subsistent dans le sacrement. Le pouvoir des clefs est illusoire, seule la conversion du pécheur opère la grâce. Il réprouve la fondation des ordres religieux et la pratique des vœux. L’Église ne peut légitiment posséder, mais le prince peut réglementer ses affaires et limiter ses prérogatives, il s’oppose autant à l’aumône qu’aux dotations faites à l’Église. Il est à l’origine du mouvement des Lollards, pauvres prêtres, qui vont populariser ses idées. Ses idées étaient déjà condamnées de son vivant par les autorités ecclésiastiques d’Angleterre.

La déposition de Jean XXIII
Lors des 9e et 12e sessions des 12, 13 et 29 mai 1415, le pape Jean XXIII est mis en procès où il est chargé, entre autres, de l’assassinat de son prédécesseur, d’avoir abusé de religieuses, et d’avoir détourné des fonds. Toutefois, le concile, même parmi ses membres les plus conciliaristes, n’entend pas supprimer la papauté. Cependant le concile affirme qu’à l’avenir aucune éléction papale ne « peut se faire sans la délibération et le consentement du concile ». Quant à Jean XXIII, après avoir été retenu sur les bords du Rhin, il acceptera la sentence et pourra se retirer à Florence comme cardinal archevêque de Tusculum.

Lors de la 13e session le concile se prononce pour la condamnation de la pratique bohémienne de la communion au calice pour les fidèles. Lors de la 14e session, Grégoire XII abdique volontairement. Le concile est témoin de la réunion des obédiences (les deux collèges de cardinaux) de Jean XXIII et de Grégoire XII. Le concile prévoit les conditions de son maintien contre les manœuvres des cardinaux et affirme son droit à faire l’élection du futur pontife. De la 15e à la 41e session, Grégoire XII avait démissionné et Martin V n’était pas élu, mais les trois obédiences concurrentes sont représentées. Ce qui n’empèche pas le concile de poursuivre son action.

Le procès de Jean Hus
Après la condamnation des propositions de Wycliff, le concile instruit le procès de Jean Hus. Il comparait directement et sera condamné. Il est exécuté, par abandon au bras séculier qui le fera périr sur le bûcher durant la 15e session. Cet événement déclenchera une révolte de la Bohême, autant religieuse, cristallisée sur la revendication du calice pour les fidèles, que nationale, qui donnera lieu à deux croisades répressives et vaines.

L’empereur en Espagne : traité de Narbonne et procès de Benoit XIII
Les 16e et 17 e sessions s’occupent de négocier le ralliement de l’Espagne au concile et son abandon de Benoit XIII, qui sera sera ratifié par le traité de Narbonne du 15 octobre 1416 signé entre Sigismond et le roi d’Aragon Alphonse V. De la 22e à la 37e session c’est le procès de Pedro de Luna qui a perdu le soutien de son prince. Il est définitivement condamné comme schismatique et hérétique le 26 juillet 1417. La 38e session admet les légats espagnols qui rallient dés lors le concile.

Procès et condamnation de Jérôme de Prague
Organe de gouvernement de l’Église, le concile traite alternativement d’affaires dont les objets sont trés différents. La 18e session porte sur des questions de procédures conciliaires et la 19e session sur l’obtention de la rétractation de Jérôme de Prague, venu soutenir Jean Hus, ainsi que sur diverses questions concernant les procès en matière d’hérésies. La 20e session du 21 novembre 1415 condamne les ambitions du duc d’Autriche sur l’évêque de Trente. Après cette session il y aura six mois sans sessions plénières du concile, avant que les 27e et 28e sessions règlent le différend aux dépens du duc d’Autriche. C’est lors de sa 21e session du 30 mai 1416, que le concile condamne Jérôme de Prague ; il sera livré au bûcher le même jour car il est considéré comme relaps.

L’institution de la périodicité des conciles
Le décret Frequens est promulgué le 9 octobre 1417 lors de la 39e session qui instaure une périodicité pour la convocation des futurs conciles.

Préparation de l’élection du pontife romain
La 40e session établit la feuille de route que devra suivre le futur pape pour la réforme de l’Église, il définit les règles de l’élection pour cette circonstance : le collège électoral devra compter les cardinaux, sauf ceux de Pedro de Luna, et des prélats au moins prêtres, mais non les cardinaux représentant les nations présentes au concile. La 41e session porte sur les modalités pratiques du conclave. La 42e session rend sa liberté à l’ex pape Jean XXIII.

L’élection de Martin V
Le cardinal Oddo Colonna est élu par le conclave le 11 novembre 1417, moyennant la promesse de continuer le concile. Bien que cardinal, il n’était pas prêtre au moment de son élection.

Les dernières sessions du concile
Les sessions 42 à 45 sont postérieures à l’élection de Martin V elles abordent des questions de réformes, notamment sur les bénéfices et la distanciation entre bénéfice et office pour lesquels les bénéfices sont institués. Martin V s’exprime sur le concile. Il affirme qu’ « il voulait tenir et observer inviolablement toutes et chacune des choses qui avaient été conciliairement définies, conclues et décrétées en matière de foi par le présent concile… » . Martin V approuve donc, selon Joseph Gill, les seules décisions où la liberté de parole était effective et les droits du pape non limités c’est-à-dire probablement seulement ce qui fut délibéré à la 14e session. Martin V comme Eugène IV à Florence n’auront de cesse d’affirmer que l’on ne peut appeler d’un concile contre un pape. Constance ne va pas aider la papauté à accepter un gouvernement synodal. C’est au contraire une marche vers l’affirmation de plus d’absolutisme. Cependant ce débat interne à l’Église catholique pourra préparer les esprits pour le concile de Florence, comme le concile de Bâle, qui continue celui de Constance, contribue à influencer les esprits du camp pontifical et du camp conciliariste qui ne peuvent s’ignorer. À Florence, les Églises d’Orient et d’Occident sont toutes les deux sous pressions externes ce qui va les obliger à composer.

La question du tyrannicide
Lors de la 15e session, Jean Petit, maître de l’Université de Paris, a justifié dans un opuscule le meurtre du duc d’Orléans, frère de Charles VI, par son cousin le duc de Bourgogne le 23 novembre 1407 à Paris. Jean Gerson l’avait condamné, mais un appel fut interjeté au concile qui dû s’en saisir. Cette question sera encore d’actualité au temps des guerres de religion. Elle montre aussi comment la sacralité des pouvoirs temporels et spirituels est attaquée en Occident. Le dominicain Jean de Falkenberg soutiendra que les chevaliers teutoniques pourraient légitimement tuer le roi de Pologne. Le Prince de Nicolas Machiavel (1469-1527) est publié en 1532, Pierre Manent fait remarquer que sa philosophie politique ne se fonde pas sur le bien « le bien n’est, n’advient et n’est maintenu que par le mal » ce qui signifie que la cité de Machiavel borne son horizon à l’ordre terrestre qui peut se dispenser de l’au-delà pour parvenir à sa fin . Or le Prince comme l’Église avaient fondé leur autorité sur l’origine divine du pouvoir et la transcendance du bien.

Ambitions réalisées du concile de Constance
Concernant la paix de l’Église entre les nations chrétiennes l’ambition ne fut pas réalisée, puisque les nations se divisent : l’Empire et la France, la France et l’Angleterre… Pour la réforme de l’Église cela se résume à la diminution des revenus pontificaux. Les papes d’Avignon avaient su créer un système fiscal efficace qui fut la cause d’une opposition grandissante parmi les nations qui répugnaient à voir diminuer ce qu’elles estimaient être de leur ressort, même sur les biens d’Église. La possibilité pour le pape de pouvoir octroyer lui-même dans toute la chrétienté les bénéfices pouvait aussi paraître abusive. Le concile dans ce domaine ne fera qu’orienter à son avantage la fiscalité de l’Église , reprenant la pratique pontificale et renonçant à ses prétentions réformatrices. La crise financière est le corollaire de l’accroissement de l’efficacité administrative et politique de la papauté, sans parler du financement des croisades et autres campagnes militaires, par le moyen de l’indulgence, inhérente à tous pouvoirs temporels. Depuis toujours, les princes de la chrétienté ont regimbé à voir partir vers Rome les revenus des bénéfices institués sur leurs possessions, et les besoins de la curie dépassent les limites des États de l’Église.

Reconnaissance de l’œcuménicité du concile de Constance
Du point de vue catholique moderne, Constance s’inscrit dans la suite des conciles régulièrement convoqués et légitimes. Mais la question est disputée, contrairement à Pise unanimement rejeté, à Constance, les trois papes sont d’accord pour que le concile règle la situation. Jean XXIII et Benoit XIII espèrent que le concile sera en leur faveur. En dépit de sa convocation obtenue sous la contrainte impériale, Jean XXIII, pape n’est reconnu illégitime qu’a postériori et les décisions concernant les antipapes sont des appréciations laissées à l’histoire et non réglées par le magistère. Constance permet la résolution de la crise, il convient donc de lui reconnaître une légitimité au moins partielle sinon totale. C’est dans ce cadre que l’élection du pape légitime se fait et permet de renouer avec la continuité dans la succession apostolique. La crise de la papauté et de l’empire assurera le triomphe de l’état moderne, le caractère démocratique de Constance ne doit pas tromper sur le fait que cette assemblée appartient à l’ordre ancien. Personne ne veut la suppression de la papauté. Et le concile montre bien qu’il assume toutes les charges de l’Église en cas de défaillance pontificale.

La question de l’union avec les Grecs à Constance
C’est de Constantinople que vient l’initiative, la première ambassade date d’octobre 1414 . Selon des sources indirectes, l’empereur byzantin semble prêt à aller jusqu’à l’adoption de l’expression de la foi et de la discipline des Latins. Après des entretiens avec Jean XXIII, celui-ci nomme le cardinal Dominici comme légat à Constantinople le 1er février 1418 dans la perspective d’y présider un concile d’union. En attendant le pape autorisa les mariages entre Latins et Grecs, ce qui permettait des alliances politiques. Ainsi le futur Jean VIII Paléologue (1391-1448) put épouser Sophie Monteferrata en janvier 1421.

Au concile de Constance il y avait des contacts suivis entre Grecs et Latins par le moyen d’ambassades grecques, présentes depuis 1416 au concile, et qui étaient dans l’expectative du recouvrement de l’unité de l’Église latine, pour envisager une union dans la foi préalable à une solidarité militaire face au péril ottoman. Parmi les grecs on peut mentionner André Chrysobergès, En 1422, Martin V (1417-1431), envoie Frère Antoine de Massa (futur évêque de Massa en Toscane) comme nonce du pape en Orient, chargé de demander à la cour de Constantinople si l’empereur Jean VIII Paléologue et le patriarche Joseph II sont prêts à accepter la foi catholique et la discipline latine comme s’y étaient engagés leurs envoyés à Constance, et propose un projet de concile d’union . On pourra remarquer que, si les empereurs veulent une union politique, le clergé byzantin n’en veut pas au prix d’une simple souscription aux thèses latines. Nous avons même la remarque surprenante de Jean Cantacuzène en 1371 au légat Paul que le joug musulman pourrait donner à l’Église byzantine la liberté qui lui fait défaut dans l’empire chrétien ! . Le concile de Lyon a laissé un mauvais souvenir aux Grecs, où Michel VIII Paléologue avait pour eux sacrifié la foi aux intérêts politiques. Les Grecs veulent donc un concile d’union où les opinions puissent se confronter aux autorités (Écritures, conciles, Pères). Le danger turc empêchait le concile d’union de se tenir à Constantinople et d’être convoqué par l’empereur. Celui-ci demandait donc au pape de le faire et de choisir le lieu en Occident tout en prenant en charge les frais de séjour et de transport de la délégation orientale comprenant la suite impériale, les quatre patriarches d’Orient et leur suite, les métropolites et enfin l’envoi d’un corps de défense à Constantinople pour la défendre. Le projet ne pourra aboutir à cause de la mort de Martin V et se réalisera seulement en 1437. Entre temps, l’empire byzantin se réduisait à Constantinople et à la côte occidentale de l’Asie.

Le concile de Bâle
Le concile de Bâle qui s’étend de 1431 à 1449 est le plus long de l’histoire. Si Bâle ne fait pas partie des conciles œcuméniques de l’Église catholique, en fait, il est agrégé à Ferrare–Florence du début jusqu’à la 25e session du 14 avril 1436. Dans la logique du décret Frequens, le concile aurait dû être célébré à Pavie en 1423. La guerre franco-anglaise, l’hostilité d’Alphonse d’Aragon à qui Martin V a préféré Louis d’Anjou pour le royaume de Naples et la peste poussèrent les présidents nommés par le pape à se replier sur Sienne. Le concile s’autodissout le 26 février 1424 faute de répondants des nations chrétiennes. L’empereur Sigismond était aux prises avec les hussites. Martin, avant de mourir, convoqua le concile dans la ville de Bâle et en nomma président, avec pouvoir de le transférer selon les nécessités, Julien Césarini (1398-1444). Il le créa cardinal alors que Césarini était déjà légat pour toute l’Allemagne. Ce lui permettra entre autre de présider à la croisade contre les hussites. Le concile est présidé par Césarini jusqu’en 1432 où il se démet de sa fonction car il ne veut pas transférer le concile à Bologne comme le lui demande le nouveau pape Eugène IV.

Le modus operandi du concile de Bâle
Comme pour le concile de Constance il importe aux participants de garantir « l’idéal de la libre formation des opinions et de l’unanimité à atteindre chaque fois que possible » . Bâle adopte un règlement, qui formalise les pratiques déjà mise en œuvre, lors de sa 17e session qui vient d’accueillir les légats du pape. Le principe de Constance du vote par nations est abandonné. Selon Jean de Ségovie les personnes dans le cadre des nations sont trop soumises aux pressions politiques. Pour revaloriser l’idéal du plenum conciliaire on crée quatre députations : « pour la foi », « pour la réforme », « pour la paix » et « pour les affaires générales ». Les députations ont une composition mixte afin de ne pas représenter une nation ou une obédience cardinalice. Un comité central de direction composé de douze clercs coordonne les députations et l’assemblée plénière. À Bâle le vote se fait donc en session plénière à la majorité qualifiée des deux tiers, les votants sont tous ecclésiastiques. De ce point de vue le concile de Bâle développe une ecclésiologie pneumatologique et Jean de Ségovie rappelle la nécessité pour chacun de s’élever de ses intérêts particuliers à celui du bien de l’Église dans son ensemble.

Conflit permanent entre le concile et le pape Eugène IV
Pour Bâle le pape est le ministre et non le maître de l’Église, et le concile représente l’assemblée universelle de l’Église catholique . De la 1ère session du 14 décembre 1431 à la 15e session, le 26 novembre 1433 le « sacrosaint synode de Bâle représentant l’Église universelle, légitimement réuni dans l’Esprit Saint » sous la présidence de Julien Césarini, légat émancipé par rapport à Eugène IV, bien que ce fut ce pape qui le nomma légat. Le nouveau pape, Gabriel Condulmer, est moins complaisant et redevable envers le concile que son prédécesseur : il est décrit comme volontaire et inflexible, qualité qu’il va mettre en œuvre pour limiter les prérogatives d’un concile qu’il n’a pu empêcher . Le pape est chassé de Rome à cause d’un conflit qui l’oppose à la famille Colonna, celle de son prédécesseur, qui contrôle politiquement la situation depuis le « retour » du pape dans sa cité. Eugène IV tente vainement de dissoudre le concile 12 novembre 1431 et encore en janvier 1432. Le concile de Bâle se réfère au décret Frequens pour asseoir sa légitimité et se prémunir contre toute atteinte par voie de dissolution pontificale ou de transfert. Le pape Eugène IV consent alors à approuver les travaux du concile par la bulle Dudum sacrum en 1433 ou il reconnaît la légitimité du concile convoqué par son prédécesseur. La 16e session du 5 février 1434 prend acte de la bonne volonté du pape à son égard. Césarini reprend la présidence de sa propre initiative. Le concile de Bâle s’était fixé deux objectifs rétablir la paix avec la Bohême et avec les Grecs. La convocation par Eugène IV du concile à Ferrare en 1438 n’est formellement qu’un transfert de Bâle, Césarini est du côté de la minorité du concile de Bâle. Le 7 mai 1437 la 25e session dispos que : « la ville de Florence ou d’Udine dans le pays de Frioul doit être mise à la disposition du concile, ou tout autre lieu indiqué par décret, commode pour le souverain pontife et pour les Grecs, pour être le lieu du concile œcuménique », Césarini quitte alors la ville de Bâle et se rend avec la minorité bâloise à Ferrare, en mars 1438.

Concurrence entre le concile de Bâle et le pape pour accueillir les Grecs
L’invitation du concile de Bâle est faite aux Grecs le 2 janvier 1433. Les négociations avec les Grecs eurent lieu de l’été 1434 au printemps 1435, puis de fin 1436 à mai 1437.

La cause de l’union avec les Grecs fut l’objet de la 19e session du 7 septembre 1434, cause commune avec celle des Bohémiens. Cette cession fait état d’une ambassade de Constantinople et en constitue la réponse. En juillet 1534, une délégation grecque se présente au concile avec le religieux augustin Albert de Crispi qui revient de Constantinople. L’empereur Jean VIII et le patriarche Joseph II proposent un concile d’union soit à Constantinople soit en Occident aux frais des Latins. Le concile de Bâle exclut un concile en deux lieux simultanés et les Grecs ne veulent pas aller en Italie pour ne pas se trouver en territoires pontificaux. Eugène IV négocia via Christophe Garatoni, son légat, un projet de concile à Constantinople. Eugène IV tombe d’accord avec l’ambassadeur Simon Fréron pour laisser le concile de Bâle décider du lieu, tout en faisant valoir les avantages de Constantinople (situation stable en Italie et coût de l’entretien de la délégation alors que les revenus pontificaux étaient grevés par la curie de Bâle). La question du lieu du concile, est conditionnée pour les Grecs à l’accès plus le pratique pour eux. Ils veulent aussi s’assurer la présence du pape ; à ces deux conditions le concile de Bâle ne pouvait satisfaire car il s’occupait de la crise hussite et ne voulait pas se plier aux injonctions pontificales de transfert.

Le 22 janvier 1435, Garatoni et les deux ambassadeurs, les frères Georges et Emmanuel Dishypatus, rejoignirent les trois ambassadeurs déjà présents à Bâle, mais le concile refuse finalement le projet du pape. Le 14 avril 1436, lors de la 24e session, le concile approuve le travail des délégués, donne des sauf-conduits pour les Grecs et proclame une indulgence pour financer les frais d’un concile d’union. Le concile s’engage dans une négociation avec les Grecs en concurrence avec Eugène IV. En décembre, le concile discute du lieu possible pour sceller l’union. Le 14 mai 1435 le concile de Bâle avait dépêché une ambassade à Constantinople avec à sa tête Jean de Raguse, mais aussi un légat qui voulut persuader les Grecs de se rallier proposition du pape. Une partie de l’ambassade dut revenir à Bale pour les négociations.

Divisions du concile de Bâle et ralliement au pape
En mai 1437, deux partis s’affrontent au concile sur la question du lieu du futur concile d’union. Les Grecs quittent Bâle et se rendent auprès du pape qui confirme l’option des présidents de Bâle, dont Césarini, qui tiennent contre la majorité du concile que le lieu du futur concile d’union doit être Florence. Lors de la 25e session de Bâle du 7 mai 1437, qui est la dernière considérée comme légitime par l’Église catholique, Julien Cesarini quitte Bâle. Le 30 mai, Eugène IV confirme l’option de Florence et signe un traité avec les députés grecs. Le 4 septembre, les représentants du pape arrivent à Constantinople. Le 18 septembre, le pape transfère le concile de Bâle à Ferrare. À ce point, Eugène IV reprend la situation en main malgré l’arrivé de la flotte conciliaire à Constantinople, mais c’est avec la flotte pontificale que la délégation grecque se rendra à Ferrare.

La législation contre les juifs
L’antijudaïsme, s’il est congénital à l’expansion du christianisme, a des modalités différentes selon les époques. Pour le concile de Bâle, il faut rappeler le contexte de la peste noire au XIVe siècle qui va faire des communautés juives d’Europe une cause facilement identifiable . Empoisonnement de puits et autres accusations mensongères vont entraîner des mesures de séparation qui s’ajoutent à celles qui ont déjà été utilisées aux siècles précédents. Le décret sur les juifs de la 19e session du 7 septembre 1434 pose le préalable de la nécessité de convertir les « juifs et les autres infidèles à la foi orthodoxe » et donc l’obligation de leur faire entendre une prédication faite par des spécialistes. Les relations entre juifs et chrétiens sont grevées de nombreuses restrictions, interdiction des mariages mixtes, de certaines professions, limitation de la propriété…

La législation contre l’hérésie
Le judaïsme, comme perversion de la foi orthodoxe est une hérésie du point de vue de l’Église médiévale, les mesures du concile ne sont pas originales sauf celles qui concernent les instructions. Lors de la 22e session du 15 octobre 1435 le combat contre l’hérésie se réalise dans la condamnation de Frère Augustin de Rome. Il est l’auteur d’un opuscule qui traite du lien entre le Christ et l’Église et le péché et la sainteté. « Le Christ pèche chaque jour » : derrière cette affirmation paradoxale il y a l’articulation entre l’agir des membres du corps et le Christ tête, l’Église des prédestinés et les moyens de salut. Il traite de la doctrine du châtiment de ceux qui ont péché mortellement, de la licence de prêcher et de la propriété temporelle des clercs. Les sessions 20 à 22 traitent de questions diverses comme celle de la police dans les églises, l’attitude des clercs au chœur, qui relève d’aspects souvent mineurs.

Le concile se penche avec plus de succès que Constance sur la crise hussite qui avait abouti aux deux bûchers de Jean Hus et Jérôme de Prague, et à une situation de guerre civile inextricable avec la province de Bohême. Bâle accède aux demandes des Bohémiens de permettre la communion sous les deux espèces pour les fidèles. Pour finir c’est lors de sa 30e session du 23 décembre 1437 que le concile de Bâle concède l’usage du calice aux Bohémiens, mais le concile a déjà perdu sa légitimité puisqu’il est dissout par Eugène IV depuis le 18 juillet 1437.

La censure pontificale de Bâle
Après la mort le 9 décembre 1437 de l’empereur, qui avait soutenu le concile tout en ménageant le pape pour que le concile ne le mette pas en procès comme il avait projeté de le faire, le pape Eugène est l’objet d’une suspension, le 24 janvier 1438, mais lors de ses sessions 32e et 33e du 24 mars 1438 et du 16 mai 1439, le concile récuse la convocation du concile de Ferrare et affirme les « trois vérités » sur le supériorité du concile sur les autres autorités dans l’Église, l’impossibilité pour le pape d’attenter à l’autorité du concile et enfin qu’est hérétique celui qui transgresse les principes précédents. Eugène IV répond avec le décret Moyses du 4 septembre 1439 . Le concile de Bâle destitue Eugène IV lors de sa 34e session du 25 juin 1439, et procède à la préparation de l’élection lors de sa 35e session, mais c’est la 37e session qui édicte les modalités du conclave. Ceci procède le 5 novembre 1439 à l’élection d’Amédée VII duc de Savoie, déjà veuf et retiré dans une pieuse retraite de la vie politique, qui consent à son élection et prendra le nom de Félix V. Mais le combat est perdu pour l’assemblée dissidente, dans la mesure où à Florence est proclamée la bulle d’union avec les Grecs Laetentur Caeli du 6 juillet 1439. Le concile se transporte à Lausanne puisque la ville de Bâle lui retire son soutien en 1448. Notons que la Pragmatique sanction de Bourges, promulguée par le roi de France Charles VII, s’inspire du travail de réforme de Bâle, notamment sur les points de la nomination des évêques et de la suppression des annates (une année de revenu pour le pape à la vacance d’un bénéfice).

Œuvres mariologiques
La 36e session du concile, le 17 septembre 1437, fut consacrée à trancher la querelle de l’Immaculé conception et à en fixer la fête du 8 décembre ; de même la 43e séance du 1er juillet 1441 adopta la fête de la visitation de Marie. Cette activité dogmatique était aussi une façon d’affirmer l’autorité du concile face au pape, et il est étonnant de constater que ces décisions ne furent jamais démenties.

Épilogue
Le 4 juillet 1448, le concile se transporte à Lausanne et le pape conciliaire Félix V proposa de se démettre le 7 avril 1449. Le successeur d’Eugène IV fut Nicolas V qui, par le concordat de Vienne du 17 février 1448 avec Frédéric III, a permis d’apaiser les relations avec le Saint Empire et d’ouvrir une issue pacifique avec le concile qui décida de se dissoudre lors de sa 5e séance à Lausanne du 25 avril 1449, en réaffirmant sa conviction christologique et traumatologique de l’autorité du Christ dans l’Église, mais en concédant la nécessité du ministère pontifical de l’unité que de toute façon il n’avait jamais renié, la preuve étant l’élévation d‘Amédée au pontificat.

Conclusions
Les expériences des conciles de Constance et de Bâle, sont positives dans le sens où ces conciles ouvrent la voie à une culture du dialogue conciliaire et à des avancées pratiques pour passer d’une discussion à une décision.

Négativement, le concile de Bâle s’érige en parlement quand il en vient à méconnaître gravement le ministère pontifical. Mais ce parlementarisme révèle deux failles. La première est que politiquement il n’obtient pas de résultats, si ce n’est la fin de la révolte des Bohémiens ; et pour la paix dans l’Église il reste prisonnier de ses promoteurs politiques, la France et l’Allemagne notamment. Il s’empare de tous les sujets sous prétexte de la lutte contre l’hérésie et de la promotion de la réforme interne. Concernant l’union de l’Église, il n’est pas moins absolutiste que le pape, face aux Grecs, sur le plan des principes.

Les deux conciles se révèlent incapables de faire aboutir la réforme de l’Église. Ils concentrent leurs efforts et leurs attaques sur le pape mais en conservant à leur profit tous les abus dont ils l’accusent, notamment en matière financière et d’indulgences.

La perte d’influence du concile de Bâle et sa dispersion ne permettra pas à la papauté de se réformer avant la concile de Trente et donc après la Réformation protestante. Cette période de l’histoire de l’Église a rendu populaire l’idée que le concile peut permettre non seulement de résoudre les crises mais aussi d’être un instrument de gouvernement ordinaire de l’Église, comme le décret Frequens du concile de Constance qui décide de la périodicité des assemblée conciliaires. Les papes n’auront de cesse de se libérer de ce qu’ils considèrent comme une limitation de leur autorité.
Père Jérôme Bascoul – Mai 2018

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