La Bagagerie d’Antigel Une « bouée de sauvetage » pour ses usagers

Créée à l’initiative de paroissiens de St Jean Baptiste de Grenelle, la Bagagerie d’Antigel vient de fêter ses trois ans. Comment fonctionne-t-elle ? Qu’en disent les usagers ? Découvrez un bel exemple de bénévolat

6h45 rue Lecourbe. Agnès, 70 ans et Jean-François, 47 ans arrivent dans le local de la Bagagerie pour la permanence qu’ils assurent tous les jeudis matin. Ils préparent le café, disposent pain, beurre, fruits et confiture sur les tables basses de l’accueil. A 7h00 pile, Rémy, chapeau mou et barbe de prophète, se présente : « Agnès, tu peux ranger mon duvet, s’il te plait ? Et je voudrais mon gros sac bleu ».
Agnès passe dans le local attenant, accessible aux seuls bénévoles, et extrait du casier de Rémy son gros bagage. Installé dans l’une des cabines, Rémy peut alors tranquillement trier ses affaires, se changer, prendre ce dont il aura besoin pour la journée.
D’autres usagers arrivent bientôt. Entre le va-et-vient des bagages, la consultation d’internet pour certains, le café, une toilette, on prend des nouvelles, on se parle, on apprend doucement à se connaître.
Ils ont dormi, souvent mal, dans le métro, dans les bus de nuit, dans un square, une encoignure d’immeuble. Beaucoup préfèrent la rue à la promiscuité souvent glauque des hébergements d’urgence – d’ailleurs saturés. Certains ont un toit, toujours provisoire. Quelques uns parviennent à s’extraire durablement de la rue. Souvent grâce au soutien qu’ils ont trouvé ici.

« Il y a toujours un bénévole pour nous aider »

Jan Henrik est l’un d’entre eux. « La Bagagerie, proclame-t-il, c’est notre bouée de sauvetage ! D’abord - et c’est le point capital - nos affaires sont en sécurité et la disposition d’un casier nous redonne une liberté de mouvement. Mais en plus, il y a toujours un bénévole prêt à nous aider : pour rédiger un cv, remplir des papiers administratifs, entreprendre des démarches … Si j’ai trouvé du travail, fut-ce en intérim, si je ne dors plus dehors, c’est grâce à l’aide que j’ai trouvée ici. Je ne suis pas sûr que les gens qui ont créé la Bagagerie étaient conscients, alors de l’ampleur des services qu’ils nous rendraient ! ».

De fait, la Bagagerie, a montré depuis trois ans, qu’elle est bien plus qu’une simple consigne à bagages. « Au fil des permanences, explique Pierre de Laroche, président de l’association, des liens, des solidarités, des amitiés se sont créés. Des activités ont vu le jour : cinéma, concerts de jazz, yoga, cours d’informatique, groupe de partage et prière, visite de musées, footing... De telles initiatives ont permis à des usagers, qui en sont souvent les auteurs, de reprendre contact avec autre chose que la vie de la rue ».

« Ici, on fréquente des gens normaux »

Les relations sont parfois très simples, parfois compliquées avec des personnes pour lesquelles l’isolement a souvent constitué une défense. Mais la « resocialisation » des usagers est un souci permanent pour les quelque 80 bénévoles qui assurent les permanences. Il répond à une demande exprimée en priorité par les cinq usagers ou anciens usagers qui siègent maintenant au conseil d’administration. « La rue est dure, rappellent-ils, elle isole, elle met en danger. Certains ne parlent à personne de la journée. Ici, on se remet à fréquenter des gens « normaux » que l’on retrouve au fil des semaines, des mois … »

Pour autant, la remise en mouvement n’est pas évidente pour les plus déstructurés. « Ils ont perdu leurs repères, note Daniel, qui lui aussi a connu cette vie. Ils sont figés dans ce qu’est devenu leur petit univers : coin de trottoir, vestiaire, restaurant social, accueil de jour dans telle ou telle association ou paroisse, alcool ... S’en extraire, entreprendre des démarches, demande du courage, mais aussi un suivi, le soutien d’un travailleur social, une aide médicale ».

Patience, perspicacité, générosité …

Pour favoriser cette remise en mouvement, la Bagagerie accueille des personnes envoyées par l’une de ses cinq associations partenaires, des personnes qui ont déjà fait la démarche d’une domiciliation postale et qui sont suivis par un travailleur social.
Tout cela demande rigueur et délicatesse. Les usagers membres du conseil d’administration, en donnent un bel exemple. « Leur expérience de la rue nous apporte une très précieuse expertise, souligne Guillaume, secrétaire de l’association. Y compris dans les moments difficiles. Ainsi, nous devons parfois exclure un usager dont le comportement compromet le fonctionnement de la Bagagerie qui se veut être un lieu de calme, de repos, de relations paisibles ».

S’ils se réjouissent de toute « sortie de la galère », les fondateurs de la Bagagerie se sont interdit une culture du résultat. Ils savent trop que les plus défavorisés ont besoin de beaucoup de temps pour retrouver confiance en eux-mêmes et en les autres.
« Il y faut de la patience, de la perspicacité et de la générosité. mais quand un usager repart dans la vie, ou déjà sort de la solitude et reprend espoir, on se dit que cela en vaut la peine ! »

Vous pouvez soutenir la Bagagerie

En devenant bénévole
Pour assurer des permanences, au minimum deux fois par mois le matin de 7h à 9h ou le soir de 20h à 22h. Il n’y faut que du goût du contact et un respect absolu pour tous.
Prendre contact avec la Bagagerie en envoyant un mail à :
bagageriedantigel@yahoo.fr

En l’aidant financièrement
La Bagagerie doit faire face à des charges non négligeables : loyer, entretien, nourriture, assurance…
Vous pouvez l’aider en envoyant votre participation par chèque à l’ordre de La Bagagerie d’Antigel, 230 rue Lecourbe, 75015 Paris.
Ces dons sont déductibles de vos revenus (vous recevrez un reçu fiscal)

La bagagerie en chiffres
48 casiers utilisés par 48 usagers de 20 à 70 ans

 80 bénévoles à leur service
 7 jours sur 7,
la Bagagerie accueille ses hôtes lors de deux permanences : de 7h à 9h et de 20 h à 22 h 

130 m² d’espace

90 000 euros de budget annuel, associant fonds privés, publics et religieux.

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