La charité n’est pas optionnelle

Un article de Jean-Guilhem Xerri, président d’honneur de l’association Aux Captifs la libération.

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Jean-Guilhem Xerri, président de « Aux captifs la libération ». Photo D.R.

Les maladies, la violence, les ruptures, le déracinement, l’errance, l’isolement, la mort… : voici quelques-unes des réalités que vivent les personnes de la rue. Toutes ces situations conduisent à l’expérience de la grande souffrance, à la fois corporelle, psychique et spirituelle. Au cœur de cette souffrance il y a un cri, souvent silencieux, qui appelle la charité.
Jésus l’évoque souvent par parabole. Il en parle aussi directement en rappelant aux pharisiens que les deux commandements d’aimer Dieu de tout son être et son prochain comme soi-même ne font qu’un. De façon plus personnelle, il invite ses disciples à aimer comme Il les a aimés, comme si le point de départ de la charité est sa propre relation avec Lui.

Pour un chrétien, la charité n’est pas optionnelle
Le christianisme est un humanisme qui vit consciemment et explicitement de la source de l’amour, et qui porte le désir de la révéler et d’en montrer le visage. Pour un chrétien, la charité n’est pas optionnelle : elle est inscrite dans ses gènes par la grâce du baptême. En effet, ce sacrement, par sa nature pascale, fait entrer celui qui l’accueille dans une expérience d’espérance et de miséricorde, à partager tout particulièrement avec les plus pauvres.
La charité se déploie dans une rencontre de personne à personne. Elle nécessite de poser des actes concrets, habités, et d’être présent à l’autre. Sa dynamique pourrait être ainsi formulée : donner, agir, poser des actes ; à travers ce geste, donner de soi ; et à travers ce don de soi, laisser Dieu se donner. Ce mouvement à trois temps est un peu celui de Dieu qui vient vers nous dans l’Incarnation de son Fils ou encore aujourd’hui dans l’Eucharistie. La charité est donc de l’ordre du don et, fondamentalement, du don d’une présence.

Le service des pauvres se vit avec d’autres
Le service des pauvres appelle une implication personnelle et, en même temps, se vit avec d’autre : en paroisse, en association, en communauté. Pour des raisons pratiques et psychologiques évidentes, mais aussi spirituelles : le Christ nous invite à faire Eglise avec les plus pauvres. L’un des signes du Royaume n’est-il pas que « les pauvres seront évangélisés » (Lc 7, 22) ? La charité, ce n’est pas faire du social, c’est accompagner vers la vie une personne dans tout son être, parfois jusqu’à la mort. Les pauvres aussi ont une âme ! Se sentent-ils chez eux dans nos communautés ? Nous avons besoin les uns des autres pour répondre…

Une expérience transformante
L’exercice de la charité est une expérience transformante. Les plus fragiles interrogent l’homme ou la femme qui les rencontre, et en lui le citoyen, l’adulte, le professionnel, le chré­tien. Servir bouscule, altère, et à coup sûr est une source profonde de joie et d’humanisation. C’est une plongée à la fois dans le mystère de Dieu et le mystère de l’homme.


L’attention aux pauvres : cœur de l’évangélisation

La charité est de l’ordre de l’amour, elle est donc gratuite et ne saurait être prosélyte. Elle est pourtant intimement liée à l’évangélisation. Son objectif n’est pas de convertir l’autre ou de faire la promotion de valeurs, ni même d’une religion. Sa fin est de favoriser une rencontre avec le Seigneur de la vie, d’être des témoins vivants de Celui qui nous fait vivre et nous appelle à la conversion, d’affirmer humblement que le salut est pour tous.
Il existe plusieurs modalités d’évangélisation ; l’attention aux pauvres, plus largement à la fragilité dans nos vies ou nos communautés, n’en est pas une parmi d’autres, elle en est le cœur.

Jean-Guilhem Xerri est l’auteur de A la rencontre des personnes
de la rue
, préfacé par le cardinal Jean-Marie Lustiger (Ed. Nouvelle Cité).

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