La crémation, une pratique de plus en plus banalisée

Une fraction des catholiques a adopté ce mode de funérailles longtemps condamné et que l’Église n’a jamais recommandé. Enquête.

Jour de semaine au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Au fond de la chapelle principal, un prêtre célèbre des obsèques pour la trentaine de membres d’une famille en deuil. Dans trois quarts d’heure, le convoi funéraire se dirigera vers le crématorium, à deux cents mètres. Là, la famille sera accueillie pour un dernier adieu au défunt.

Chaque année, 15 000 familles se rendent ainsi dans l’un des cent cinquante crématoriums de France. Très largement minoritaire il y a quinze ans, ce mode de funérailles est devenu un phénomène de société, puisqu’il concernait plus d’1 décès sur 4 en 2010. Cette tendance devrait se confirmer à la hausse, avec 1 décès sur 2 en 2030. Les catholiques n’échappent pas à ce mouvement : à Paris, entre 15 % et 20 % des défunts pris en charge par Ie Service catholique des funérailles sont crématisés.

Des raisons pratiques et budgétaires

Comment expliquer que cette pratique se répande aussi dans les milieux catholiques ? D’abord par la levée de l’interdiction de l’Église (voir encadré). Manière de prendre acte de ce que nombre de crémations ont lieu non pas par rejet de la loi, mais pour des raisons pratiques. Signe aussi que la foi a perdu de son influence.

De fait, les catholiques pratiquants choisissent la crémation notamment « lorsqu’ils n’ont pas la possibilité économique de rapatrier le corps du défunt », indique le Père Jean-Michel Albert, chargé de la pastorale des funérailles pour le diocèse de Paris, En France, cela concerne surtout les communautés étrangères, mais aussi les proches de gens qui ont trouvé la mort lors d’un séjour à l’étranger. Les familles qui n’ont pas de quoi débourser les 15 000€ que coûte un caveau au cimetière choisiront elles aussi, la crémation.

L’enracinement géographique des familles tend à disparaitre

Cela dit, dans certains cas, même les catholiques pourtant attachés à l’ensevelissement et financièrement aisés pourraient hésiter à l’heure du choix pour le mode de leurs propres funérailles. Car de plus en plus, c’est le futur défunt lui-même — et non plus sa famille — qui passe contrat avec les pompes funèbres. Or, justement, comment choisir sa dernière demeure lorsque l’enracinement dans une terre familiale a disparu ? Comment se projeter dans un cimetière lorsque, déjà, les visites de la famille à la maison de retraite sont si rares ?

Enfin, nécessité économique ou option personnelle, le choix de la crémation ne doit pas faire perdre de vue que « les cendres n’ont pas la même valeur symbolique que le corps inhumé » et qu’il est « d’autant plus important de marquer certains rites de passage », comme le précise l’administration publique du crématorium du Père Lachaise elle-même. « Le deuil a besoin de temps et de traces », estimait le psychiatre Michel Hanus, cité par le directeur général des Services funéraires de la Ville de Paris, François Michaud Nérard.

Or, Justement, la crémation réduit le temps de décomposition du corps et fait disparaître les traces lorsque les cendres sont dispersées. En ce sens, ne fait-elle pas violence au deuil ? • Ghilhem Dargnies

Famille Chrétienne n°1816 du 3 au 9 novembre 2012,
Publication avec l’aimable autorisation de Famille Chrétienne

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