La fabuleuse histoire de l’iconostase de Saint-Julien-le-Pauvre

Entièrement restaurée en 2012, l’iconostase de l’église grecque-catholique melkite de Paris, St-Julien-le-Pauvre (5e), fait aujourd’hui l’objet d’un beau livre. Retour sur l’histoire d’un élément emblématique de la tradition byzantine.

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L’iconostase de Saint-Julien-le-Pauvre
© Isabelle Demangeat

L’entrée n’est pas forcément très visible. Le bâtiment, pas excessivement grand. Et pourtant, l’église St-Julien-le-Pauvre (5e) est hautement fréquentée par les touristes. L’une des raisons d’un tel succès : son âge. Connue pour être l’une des églises les plus anciennes de Paris, St-Julien-le-Pauvre garde quelques vestiges de sa construction qu’on dit contemporaine à celle de Notre-Dame. Affectée à l’Église grecque-catholique melkite de Paris depuis 1889, elle recèle également en son sein une magnifique iconostase entièrement rénovée en 2012 par des spécialistes. Leur but : rendre sa splendeur initiale à cette grande cloison où sont peintes des icônes qui sépare, dans le rite byzantin, le sanctuaire de la nef. « Dans les années 1950, le recteur de l’époque a pris la décision de couper le haut de l’iconostase, explique aujourd’hui Mgr Charbel Maalouf, exarque patriarcal en France, curé de St-Julien-le- Pauvre. Afin de voir davantage l’abside. » Sauf que la partie coupée représentait une partie des plus importantes de l’iconostase : « le rang » où sont représentés les Apôtres entourant le Christ. Ce rang surmonte les icônes dépeignant les fêtes liturgiques et les portes saintes.

En 2011, un certain Gaby Bitar se manifeste au prédécesseur de Mgr Maalouf. Il désire apporter son aide afin de restaurer l’iconostase selon sa version initiale inaugurée en 1891 et réalisée par… son propre grand-père, Gergi Bitar, ébéniste vivant à Damas (Syrie). Poussé par un « sens de la beauté universelle » et une volonté de « respecter l’artiste et son oeuvre », Gaby Bitar parvient à convaincre les curés successifs. Ceux-là retrouvent onze des treize icônes supprimées dans les années 1950 et font appel à des professionnels – l’ébéniste André Lévêque et la restauratrice Isabelle Pitre – afin de les restaurer, écrire les icônes manquantes et rénover l’ensemble de l’iconostase.

Le résultat est d’une beauté difficilement descriptible. Impossible, en effet, de retranscrire, par des mots, ce que ces icônes écrites provoquent au cœur et à l’âme. Par la chaleur de leur couleur, les expressions si particulières de leurs personnages, une odeur de sacré s’en dégage. Pas étonnant. Pour Mgr Charbel Maalouf, qui signe l’introduction de l’ouvrage sur l’iconostase de sa paroisse paru en mai dernier à l’occasion de sa restauration [1], l’icône est « une image sacrée qui dépasse le domaine de l’art pour rejoindre le domaine de la foi ». « À l’instar du grand mystère du christianisme, l’Incarnation ; elle spiritualise le sensible et rend sensible le spirituel, spiritualise le corporel et rend corporel le spirituel… » « Fenêtre visible sur l’invisible », elle a pour rôle de « transporter l’âme vers ceux qu’elle représente » : un saint, la Vierge Marie, le Christ. Et invite, en filigrane, tout spectateur, à devenir lui-même une icône vivante qui reflète Jésus. C’est-à-dire à transmettre, par son action et son image, le message de l’Évangile.

Isabelle Demangeat

[1L’iconostase de l’église Saint-Julien-le-pauvre, 30€.
Pour se procurer cet ouvrage, s’adresser à St-Julien-le-Pauvre, 1, rue Saint-Julien-le-Pauvre, 5e ; 01 43 54 52 16.

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