La famille, héritage ou avenir ? (2/6)

Dans une société où les codes actuels bousculent souvent les modèles traditionnels de l’homme et de la femme, les différences qui les caractérisent tendent à devenir floues. C’est sur cette évolution de la perception des genres qu’Olivier Rey, philosophe, et le P. Frédéric Louzeau, professeur de théologie et de philosophie, s’interrogeront lors de la 2e conférence de carême qui aura lieu dimanche 20 mars à 16h30, à N.-D.de Paris.

Olivier Rey – L’écrivain anglais Gilbert Keith Chesterton (XXe). disait : « Le monde moderne est plein de vieilles vertus chrétiennes devenues folles. » Cette volonté d’effacer la différence sexuelle peut être vue comme l’une d’entre elles. On trouve dans saint Paul cette phrase : « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous vous ne faites qu’un dans Jésus Christ » (Ga 3, 28). Selon cette parole, il y a une union de l’homme et de la femme dans le Christ. Mais si on oublie ce dernier, le sens est perdu. L’égalité des âmes devant Dieu se transforme alors en une revendication d’égalité absolue. Ce retournement est venu avec la modernité. Nous avons entrepris de transformer le monde de fond en comble, avec l’idée d’en faire un séjour plus agréable à l’humain. Mais à force d’envisager l’ensemble de ce qui est dans l’optique de la transformation, nous avons de plus en plus de mal à supporter ce qui résiste à notre emprise : entre autres la différence sexuelle, qui est un élément donné, que l’on ne décide pas et qui nous définit.

P.N.-D. – A quoi sert la différence entre les genres ?

O. R. – Quand on est en relation avec l’autre, pour que ce dernier soit « autre » il faut qu’il ait une part d’opacité. Celle-ci permet aux êtres humains de ne pas s’imaginer qu’ils connaissent tout les uns des autres. L’altérité sexuelle est une gardienne de cette opacité, le rappel que le prochain garde toujours un côté mystérieux. C’est pour cela qu’elle n’est pas une différence parmi d’autres, mais la différence à partir de laquelle on peut comprendre toutes les autres. Si l’homme et la femme peuvent vivre ensemble, c’est la preuve que l’altérité, au lieu de s’opposer à une vie en commun, est ce qui peut la fonder. Sans cela, on ne voudrait être qu’avec ceux qui nous ressemblent le plus, et on aboutirait à une société d’intense ségrégation.

P.N.-D. – Pouvons-nous ne faire qu’un dans le Christ ?

O. R. – Nous pouvons trouver une unité dans le Christ, mais cela n’est en aucun cas une fusion ! Saint Jean de la Croix a dit que s’unir à Dieu, ce n’est pas se résorber en lui. Au contraire : l’union à Dieu passe par la reconnaissance de tout ce qui nous en distingue. De même, ne faire « qu’un en Christ » ne veut pas dire que les différences entre humains doivent s’abolir en Dieu, mais qu’au lieu de séparer elles servent l’alliance. L’altérité engendre des difficultés, mais elle est aussi une grâce, qui nous permet d’être avec l’autre. • Propos recueillis par Sophie Lebrun

L’ÉCLAIRAGE DU… P. Frédéric Louzeau, Professeur de théologie et de philosophie

« Aujourd’hui, les époux chrétiens ont un témoignage particulièrement important à rendre concernant la bonté de la différence homme-femme. Ils ont, comme leurs concitoyens, à assumer toutes sortes de contraintes liées au travail, à la vie quotidienne, à l’éducation. Mais ils cherchent à les aborder en puisant dans le Christ l’énergie pour dialoguer et trouver les manières justes de les porter ensemble, chacun selon ses forces et ses dons. Ainsi, les disciples du Christ Jésus ont à montrer que l’altérité homme-femme ne se traduit pas nécessairement dans des relations inégales, mais dans des rapports de respect et de service réciproques. Mieux encore, le dialogue conjugal est un lieu de discernement où l’un et l’autre s’aident mutuellement à chercher puis à accomplir la volonté de Dieu. » • Propos recueillis par S. L.

TÉMOIGNAGES

Paul, 26 ans, de St-Pierre de Montrouge (14e).

« Adolescent, l’univers féminin m’était inconnu ; à cet âge où l’estime de soi n’est pas évidente, ce fossé qui sépare les sexes fait peur. Avec comme seul bagage une éducation plus tournée vers l’affectivité que vers la sexualité, difficile de comprendre ce désir qui pousse autant à se donner à l’autre qu’à s’en saisir ! Devenir adulte nécessitait de changer mon rapport à l’autre, particulièrement à l’autre sexe, d’ajuster mon regard. Le déséquilibre du rapport homme-femme n’est pas une fatalité : je crois nécessaire de reconstruire une véritable masculinité, hors du rapport de domination. »

Anne, 50 ans, de St-Pierre de Chaillot (16e).

« Au bout de vingt-sept ans de mariage, et après avoir élevé trois fils, j’éprouve aujourd’hui une grande fierté d’être entourée de mes quatre hommes. Au sein de la famille, nos différences homme-femme ont été une heureuse complémentarité enrichissante. Bien sûr, nos conceptions et nos goûts n’étaient pas toujours les mêmes, mais chacun a évolué en faisant attention à l’autre et en le respectant, avec sa diversité justement. Ce n’est pas arrivé par hasard : c’est un équilibre que nous avons trouvé avec mon mari, dans la concertation et le dialogue. »

REPÈRES

- 31 385 millions, c’est le nombre de femmes en France en 2005, pour 29 659 millions d’hommes, soit respectivement 51,4 % et 48,6 % de la population.

- 80 % des femmes françaises assurent toujours ou le plus souvent le repassage. Selon des chiffres de 2005, dans la répartition des tâches ménagères, elles sont 70 % à préparer le repas et la moitié à passer l’aspirateur. Mais 60 % d’entre elles laissent la vaisselle à leur conjoint.

- En 2010, les différences salariales persistent : les femmes touchent en moyenne 27 % de moins que les hommes dans le privé. Note : données Insee).


- Les textes des conférences sont publiés chez Parole et Silence le 17 avril 2011. - Horaires et détails pratiques sur les Conférences de Carême.

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