La force spirituelle des chrétiens d’Irak

Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, revient sur la crise que traverse l’Irak, agité par la tension américano-iranienne et des mouvements de contestation populaire. Il analyse le rôle unificateur de la minorité chrétienne dans une société en quête de stabilité.

Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l'Œuvre d'Orient, à Erbil (Irak), dans un camp de réfugiés de la ville chrétienne de Qaraqosh, en 2016.
Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, à Erbil (Irak), dans un camp de réfugiés de la ville chrétienne de Qaraqosh, en 2016.
© Œuvre d'Orient

Paris Notre-Dame – En Irak, les manifestations contre le système politique ont repris en intensité en janvier. Le cardinal irakien Louis Raphaël Sako y avait lui-même participé en novembre : pourquoi ?

Mgr Pascal Gollnisch – Les Irakiens manifestent contre la pauvreté et le chômage, mais aussi pour dénoncer le système politique et sa corruption, son absence d’écoute de la population, d’efficacité et de renouvellement. Avec, en fond, la tension américano-iranienne générée entre autre par l’assassinat, à Bagdad, du général iranien Qassem Soleimani, en janvier 2020. Ce qui a fait ressurgir le traumatisme de l’invasion américaine de 2003, et celui de la cruelle guerre Iran- Irak. Lorsque le cardinal Sako, patriarche de l’Église chaldéenne, participe à une de ces manifestations à Bagdad, ou lorsqu’il appelle, en janvier, à une désescalade, il cherche à faire surgir de ce chaos une conscience plus aigüe de la nécessité d’une égalité de droits et de la pleine citoyenneté pour tous. Le patriarche agit pour que des valeurs repères puissent être prises en compte, pour le service de la population : il ne défend pas la seule cause des chrétiens en Irak, mais il défend l’Irak. Les chrétiens (à peine 1% de la population, à majorité chiite) servent ces valeurs, que sont le respect de la personne, le dépassement d’un confessionnalisme étroit et une pleine citoyenneté.

P.- N.-D. – Doit-on craindre à nouveau pour les chrétiens et les minorités irakiennes ?

P. G. – Les minorités du nord de l’Irak (chrétiens, yézidis, kakaïs, mandéens, shabaks, NDLR) sont inquiètes, car l’instabilité favorise les milices incontrôlées ou les groupes violents. L’État islamique a été détruit sur le territoire, mais pas son idéologie ni ses réseaux. Il pourrait ressurgir si l’Irak ne défend pas un fédéralisme équilibré. Dans la plaine de Ninive, la vie se reconstruit sur le plan matériel mais la reconstruction économique et humaine est plus longue. Il y a donc urgence à ce que l’État irakien retrouve sa stabilité, le monopole et l’exercice de la force publique. S’ils n’obtiennent pas de réponses suffisantes, les opposants, et notamment les jeunes adultes, seront poussés à la désespérance et donc à la violence. À leur niveau, les chrétiens ont un levier puissant : leur force spirituelle, qui est loin d’être négligeable et qui est porteuse de vérité à travers leurs engagements. Au sein des écoles, des institutions de santé, auprès des pauvres, ils se rendent crédibles par la cohérence entre leurs actes et l’Évangile. Et cela joue, bien au-delà de leur effectif, qui ne peut pas être l’unique instrument de mesure de leur impact dans la société. Si les chrétiens ne sont pas cohérents, ou sont corrompus, c’est une menace pour la communauté civile.

P.-N.-D. – Le pape pourrait-il se rendre en Irak ?

P. G. – Le pape désire s’y rendre mais c’est sans doute inenvisageable dans les conditions actuelles. De notre côté, lors de notre rencontre à Rome, le 17 janvier, avec les membres de la Réunion des œuvres d’aide aux Églises orientales (ROACO), nous avons travaillé à l’organisation d’une rencontre avec des jeunes orientaux, en juin 2020 au Vatican, afin de mieux comprendre leurs attentes et leur rôle au sein même de leurs communautés.

Propos recueillis par Laurence Faure@LauFaur

Le soutien de la France
À Jérusalem, le président français Emmanuel Macron a souligné la « place importante des chrétiens d’Orient dans cette région bousculée », et a annoncé la création d’un fonds pour accompagner leurs écoles, « qui forment 400 000 jeunes à travers la région ». Une proposition qui fait suite aux 35 préconisations de Charles Personnaz, directeur de l’Institut national du patrimoine, dans un rapport commandé par le président en 2018.

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