« La mort est toujours un scandale ! »

Entretien avec Marie, infirmière.

Votre métier vous amène à côtoyer souvent la mort ?

Ce n’est pas la mort que je côtoie, mais des personnes en fin de vie. Mettre ma blouse blanche m’engage à une relation avec des personnes vivantes, pour les accompagner jusqu’au bout, jusqu’à leur passage sur l’autre rive. La mort est bien là, et il est parfois très dur de voir mourir ceux que nous soignons. Mais chaque patient est un témoin unique, et je ne veux pas que la réalité de la mort ou de la souffrance me voile la
beauté de celui ou celle qui les traverse. Les regards croisés des membres de l’équipe m’y aident beaucoup.

N’êtes vous pas pourtant sans cesse confrontée à l’échec ?

Les personnes âgées nous renvoient à nos propres peurs et notre propre mort. La mort en elle-même n’est pas belle, certes, ni les marques qu’elle trace, en s’approchant, dans des corps blessés. La mort est toujours un scandale. Mais un homme porte avec lui toute une histoire, tout un monde. En soignant les malades, je reçois d’eux la vie dans une large mesure, cette vie dont ils sont porteurs. Gommer les « vieux » de notre monde, risque de nous faire gommer aussi le sens de notre histoire et celui de nos vies. Pour moi, je retrouve le sens de ma vie chrétienne en rencontrant la beauté de la création de Dieu dans mes patients. On parle toujours de la beauté de la création pour des enfants ou des champs de coquelicots : mais dans les champs de coquelicots, il y en a aussi de plus fripés. Leur beauté est nécessaire à celle du champ !

Votre foi chrétienne change-t-elle quelque chose pour vous ?

Oui. Lorsque les questions m’envahissent et me heurtent sur le sens de ces drames humains, je ne peux les poser qu’au Christ. Je sais qu’il a lui-même vécu notre humanité dans sa souffrance et dans sa mort. Je sais qu’il connaît tout cela, et qu’il est vivant. Depuis que j’ai rencontré le Christ, je peux voir la mort autrement qu’une fatalité. Les personnes âgées malades sont des visages du Christ souffrant. Mais dans les moments de joie et d’amour gratuit partagés avec eux, je découvre le visage du Christ souriant, et l’amour ne meurt pas. L’approche de la mort fait souvent tomber les masques pour révéler la personne dans sa vérité, et de vrais visages de sainteté se révèlent ainsi parfois. Au cœur même de l’épreuve, les rides deviennent belles, si belles !

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