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« La paix de Bethléem... »

Le Figaro - 24 décembre 2019

Billet du Père Laurent Stalla-Bourdillon, directeur du Service pour les professionnels de l’Information, sur le « trésor caché » de la crèche.

Voici Noël ! Que l’on soit croyant ou pas, « Noël » sonne l’heure de la joie pour tous. Notre société frémit des préparatifs de la fête. Elle sera le temps des cadeaux, comme autant de signes de l’affection que nous nous portons. Aussi petit soit-il, un cadeau de Noël est illuminé par la naissance de Jésus. C’est lui, le cadeau, même si tous ne le savent pas. Sa naissance éclaire toute naissance - et donc la nôtre - de la douceur d’une bénédiction. Une naissance est en soi une joie, mais cette joie décuple avec l’annonce de la mission de Jésus : il vient pour nous, c’est sa noblesse divine. Il vient pour nous guérir, pour nous relever, pour nous encourager, pour nous nourrir et nous enseigner, pour nous réunir et nous pardonner, pour nous consoler… en somme, il vient nous faire du bien et rendre à notre vie sa véritable saveur ! À Noël, chaque existence reprend un sens inattendu à la lumière de l’amour de Dieu pour elle.

On peine à croire qu’il y a un peu plus de 2000 ans dans la petite ville de Bethléem dont le nom signifie la « maison du pain », la naissance de Jésus signait l’irruption d’un inespéré. Et pourtant, en sa nature humaine, l’enfant cache et contient la puissance divine d’amour qui le conduira jusqu’au don total de lui-même. Rien ne l’arrêtera. Il ne vient pas pour réussir sa vie, mais pour faire réussir celle des autres. Sa liberté « dé-coïncide » avec l’ordre consensuel de son temps, pour reprendre l’expression de François Julien. Ses paroles déconcertent, et les autorités civiles comme religieuses l’élimineront. Ce faisant Jésus réalise cela même qu’il doit accomplir : donner la source de la vie. Ses improbables miracles sont autant de signes pour aider à comprendre et susciter la confiance. Il ne forcera personne.

La tradition a voulu que l’âne et le bœuf figurent dans la crèche, écho au livre du prophète Isaïe « le bœuf connaît son possesseur, et l’âne la mangeoire de son maître, Israël ne connaît pas, mon peuple ne comprend pas » (Isaïe 1,3). Le bœuf symbolise l’obéissance à la volonté de celui qui le conduit au moyen d’un joug. L’âne est celui qui porte le lourd fardeau. Présents à côté de l’Enfant-Jésus, ces animaux désignent celui qui accomplira la volonté de Dieu son Père et qui portera la charge confiée : restaurer la nature humaine et la conduire dans l’éternité d’amour. Une mangeoire lui tient lieu de berceau, qui offre sa proximité comme la vraie nourriture des âmes. Dieu est proche, quiconque se fait proche parle comme Dieu. C’est pourquoi il est l’« Emmanuel », qui se traduit par « Dieu avec nous ». Il comprend les peines et les aspirations au bonheur. Toutes les crèches du monde en sont devenues le signe : Dieu demeure invinciblement présent à l’histoire des peuples, de notre pays, de notre maison, de notre famille et jusque dans cet ami, ce voisin, ce prochain. Soudain à Noël, la puissance divine s’appelle la tendresse.

Mais avouons-le, notre époque ne se pose plus assez les questions qui justifient la fête de Noël. Par paresse, pusillanimité ou simple habitude, nous cessons de chercher la vérité au-delà des calculs, des mesures et des apparences. Nous avons la fête, mais nous manquons les raisons qui la font célébrer. Depuis quand ? Sans doute depuis que la modernité a consenti à la terrible résignation de l’absence de sens à notre vie. Ici se vérifie combien l’oubli de Dieu finit en négation de l’homme. Dans notre société, les fêtes religieuses chrétiennes finissent par être contestées et se maintiennent par une vertigineuse exaltation commerciale. « Nous ne sommes plus les seuls aujourd’hui à produire la culture, ni les premiers, ni les plus écoutés » disait le Pape François en adressant ses vœux à la Curie le 21 décembre dernier. « La foi ne constitue plus un présupposé évident du vivre-ensemble ; pire, elle est souvent même niée, raillée, marginalisée et ridiculisée. »

Nous finissons hélas par disqualifier le trésor pourtant caché dans la crèche. Parviendrons-nous à nous hisser au niveau des vrais enjeux de notre époque ? Car enfin, à qui ferons-nous confiance pour gouverner les peuples avec sagesse ? Qui pourra enseigner sans erreur et à tous, le sens ultime de notre passage sur la terre ? Qui pourra toucher les cœurs et vaincre le mal qui blesse si douloureusement ? Toute séduisante qu’elle soit, la proposition technicienne voulant toujours mieux contrôler l’homme est déjà une impasse, et nous savons ses effets sur nos libertés. La naissance de Jésus est une réponse possible à ces trois questions décisives.

Nous sommes joyeux des paroles qui nous font vivre, bien plus que des moyens - souvent illusoires - qui nous empêcheraient de mourir. Avec l’enfant de Bethléem, l’avenir pacifique vient de l’écoute intérieure de chacun, recevant la promesse d’être aimé et appelé à aimer. Tous les aspects de notre vie, même les plus anodins, deviennent précieux puisque l’amour va désormais s’y exprimer.

Laurent Stalla-Bourdillon
Directeur du Service pour les Professionnels de l’Information

- Lire aussi la Lettre apostolique du pape François :“le merveilleux signe de la crèche”

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