« La vulnérabilité est notre force »

Après avoir fréquenté le monde du showbizz, la journaliste Frédérique Bedos, auteur d’un livre où elle raconte son enfance tiraillée entre une mère souffrant d’une maladie psychique et une famille d’accueil [1], s’attache à présenter, dans des documentaires, des héros du quotidien. Alors que sort son film sur Jean Vanier, fondateur de l’Arche, l’Office chrétien des personnes handicapées l’invite, le 13 février, à donner une conférence [2].

Paris Notre-Dame – Vous donnez une conférence autour du thème de la maladie psychique. Pourquoi ?

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Frédérique Bedos
© Claude Cruells

Frédérique Bedos – J’observe depuis quelques mois une prise de conscience à propos de la santé mentale. Pour autant, un tabou persiste autour de cette maladie. Comme le dit Jean Vanier dans notre documentaire (Jean Vanier, le sacrement de la tendresse, en salles le 9 janvier), les personnes souffrant de handicap mental, celles que nous considérons comme « folles », sont le rebut de l’humanité, les « humiliées du monde ». Elles recèlent pourtant un secret d’humanité.

Elles ne portent pas de masques et sont dans l’univers de l’authenticité. Cette même authenticité qui nous manque à nous tous qui baignons dans une société fondée sur des exigences de compétitivité. Contrairement à ce que nous pourrions penser, la vulnérabilité n’est pas notre faiblesse. Elle est notre force. Car elle nous fait découvrir la solidarité. C’est parce que je suis vulnérable que j’ai besoin de l’autre. Et c’est fabuleux !
Par ailleurs, plus nous travaillerons le tabou de la santé mentale pour le briser, plus nous pourrons soigner de façon efficace les personnes souffrant de maladie psychique et endiguer, peut-être, l’évolution de leur maladie.

P. N.-D. – Notre société tend de plus en plus à vouloir supprimer toute faiblesse. Et vous, au contraire, vous vous attardez, avec vos documentaires, sur la vulnérabilité. Pourquoi ?

F. B. – Aujourd’hui, l’étranger, l’autre, est craint, rejeté. On érige des murs, au sens physique même du terme, pour ne pas le côtoyer. Or, pour moi, le seul moyen de devenir pleinement humain est de vivre avec celui qui est différent, vulnérable. J’en suis persuadée. Parce que je l’ai vécu. Ma famille adoptive était un « condensé du monde » : nous étions une vingtaine d’enfants, venions de tous les continents, avions des religions et des couleurs de peau différentes… Et nous nous sommes retrouvés sous le même toit.

Alors que tout était réuni pour que nous ayons peur, nous avons appris, par la rencontre, à nous aimer peu à peu. Et c’est cela même qui nous a relevés de nos blessures, qui nous a soignés et guéris. Cela ne veut pas dire que c’est facile bien sûr. Mais le seul moyen de pouvoir nous relever de nos souffrances se situe dans la rencontre avec l’autre. Plus on bâtit des murs pour empêcher la rencontre avec l’autre, plus on s’empêche d’accéder au remède. C’est cela qui est fou !

P. N.-D. – Quel est votre objectif ?

F. B. – Avec les documentaires du Projet Imagine qui rendent hommage aux « héros humbles » du monde entier, j’essaie de combattre tout ce qui pourrait créer des murs et nous séparer. Je le fais en essayant de toucher les coeurs et les tripes. C’est pour moi la seule façon de mener quelqu’un à l’action. J’ai l’habitude de dire que nos films sont comme des brise-glaces. En vivant dans une société assez cruelle, nous avons tendance à nous blinder, à nous construire une carapace pour tenir le coup. Et plus cette carapace est épaisse, moins il est facile d’accéder à ce qui nous habite profondément. Nos films, souvent très touchants, veulent venir briser cette carapace.

Propos recueillis par Isabelle Demangeat

- Trouver une séance ou un Ciné-débat du film « Jean Vanier, le sacrement de la tendresse »

[1La petite fille sur la balançoire, Les Arènes,
2013 ; leprojetimagine.com

[2J’ai grandi avec une mère malade psychique, mercredi 13 février, à 20h30, à la grande crypte de St-Honoré d’Eylau, 69 bis rue Boissière (16e).
Plus d’infos : och.fr ; 01 53 69 44 30.

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