Le Baroque des Lumières : des églises parisiennes au Petit Palais

Plus de 200 chefs-d’œuvre, commandés en plein XVIIIe siècle pour le décor d’édifices religieux, sont présentés au Petit Palais jusqu’au 16 juillet. Le musée a, pour l’occasion, imaginé une scénographie singulière : une promenade dans une église. • Par Anne-Louise Sautreuil

Pierre Peyron, La Résurrection du Christ, 1784. Huile sur toile. Paris, St-Louis-en-L'île (COARC).
Pierre Peyron, La Résurrection du Christ, 1784. Huile sur toile. Paris, St-Louis-en-L’île (COARC).
© Ville de Paris – COARC – Jean-Marc Moser

Deux nefs, un baptistère, des voûtes et des arcades. En ces premiers jours de printemps, une église s’est glissée entre les murs du Petit Palais. C’est avec cette scénographie spectaculaire, évoquant une promenade dans une église, que le musée accueille du 21 mars au 16 juillet l’exposition Le Baroque des Lumières – chefs-d’œuvre des églises parisiennes.

Ce sont plus de 200 chefs-d’œuvre, qui entraînent les visiteurs au cœur du XVIIIe siècle, à une époque où les musées n’avaient pas encore vu le jour et où les artistes se pressaient pour exposer leurs travaux dans les édifices religieux. Imaginez donc être transporté deux cent cinquante ans en arrière, cheminant à St-Médard (5e) ou à St-Roch (1er), vous y retrouveriez certes vos repères, mais plus encore, des amateurs d’art en pleine flânerie et des toiles de maîtres, bien souvent confisquées ou éparpillées par les soubresauts révolutionnaires.

Trompe l’œil et parcours in situ

Ce panorama, aujourd’hui restitué au public, est donc le fruit d’un incroyable travail de fourmi autour de ces œuvres, exécutées entre la Régence et la Révolution. Et au-delà du témoignage historique, la rencontre artistique est éblouissante. Une grande campagne de restauration a été orchestrée, permettant de faire rejaillir l’éclat originel de ces toiles. S’éveille alors un nouveau regard sur l’art au siècle des Lumières, dont on n’a bien souvent retenu que le raffinement des portraits et des fêtes galantes.

Retables imposants, petites toiles liées à la dévotion, décors peints, jeux de perspectives et trompe-l’œil… Les huit sections de l’exposition permettent d’apprécier la diversité des styles d’un Jean Restout, d’un Noël Hallé ou encore d’un David dont un grand Christ en croix vient clore le parcours. Et pour donner au spectateur le goût d’aller à la rencontre d’ensembles peints, conservés sur place, tels que ceux de St- Sulpice (4e) ou de Ste-Marguerite (11e), les organisateurs ont imaginé des parcours in situ. Comme autant de balades dans un Paris oublié, où de portail en portail, se croisaient les plus grands artistes contemporains.

Questions à… Marie Montfort

Marie Montfort, responsable de la Conservation des œuvres d’art religieuses et civiles de la Ville de Paris, revient sur les coulisses de cette exposition, à laquelle son service a participé.

Paris Notre-Dame – Pourquoi mettre à l’honneur l’art religieux au siècle des Lumières ?

Marie Montfort – Cette exposition prend la suite de celle qui s’est tenue en 2012 au Musée Carnavalet sur la peinture des églises parisiennes au XVIIe. Ces dernières années, nous avons travaillé sur le parcours de ces œuvres, avant et après la Révolution. Il y a eu, en 2010 et 2014, des inventaires des toiles exposées dans les édifices religieux aux XVIIe et XVIIIe siècles. Nous avons également mené une grande campagne de restauration d’œuvres majeures. Il y a un bouillonnement culturel autour de cette époque et cette exposition permet de le restituer au public.

P. N.-D. – Quelles sont les particularités des œuvres présentées ?

M. M. – Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la hiérarchie artistique place au sommet la peinture historique et religieuse, puis en-dessous les portraits, les natures mortes ou les fêtes galantes. À notre époque, nous avons inversé cette hiérarchie et avons un peu oublié les œuvres historiques et religieuses. Au niveau du style, on remarque que les artistes ont commencé à davantage théâtraliser leurs compositions. Il y a un double mouvement, à la fois de libéralisation – les règles s’assouplissent tant dans les cadrages que dans la représentation des saints – et de redécouverte de l’Antiquité avec des éléments qui lui sont empruntés.

P. N.-D. – Quels ont été les principaux défis à relever pour organiser une exposition de cette envergure ?

M. M. – Il y a eu de nombreux défis, particulièrement logistiques ! Nous tenions à ce que les œuvres exposées soient de vrais chefs-d’œuvre, nous avons opéré une sélection drastique. Nous sommes allés chercher des peintures dans des églises parisiennes mais aussi dans des musées et en province. Beaucoup de ces œuvres sont monumentales, ce qui a posé des difficultés en termes de transport. Le Petit Palais a même fait des travaux pour en accueillir certaines ! • A.-L. S.

La Fondation Notre Dame soutient l’exposition

À l’occasion de ses 25 ans, la Fondation Notre Dame et plusieurs de ses fondations sous égide ont choisi de s’investir dans un projet artistique d’envergure mettant en valeur le patrimoine religieux parisien. La Fondation Avenir du Patrimoine à Paris et la Fondation Frédéric de Sainte Opportune, qui a elle-même financé la restauration de plusieurs œuvres, soutiennent aussi l’organisation de cette exposition. • A.-L. S.
www.fondationavenirpatrimoineparis.fr

Suivez le guide ! avec Art, Culture et Foi

Vous avez envie d’approfondir la thématique de cette exposition ? L’association Art, Culture et Foi de Paris a mobilisé ses guides dans les paroisses, afin de faire découvrir certains des chefs-d’oeuvre qui s’y trouvent et les lieux auxquels ils étaient destinés. • A.-L. S.

www.artculturefoi-paris.fr

Contact

Paris Notre-Dame
10 rue du Cloître Notre-Dame
75004 Paris
Tél : 01 78 91 92 04
parisnotredame.fr

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